Don Camillo et Peppone

          DON CAMILLO et PEPPONE à LISSEY ?

 

            Les archives de l'évêché Verdun possèdent plusieurs lettres bien intéressantes. Voici des extraits de deux d'entre elles.

            La première datée du 24 mars 1831 du maire et des conseillers de Lissey à l'Evêque de VERDUN.

            "Depuis 7 ans la paroisse végète malgré les soins de M. MARTINET (curé d'Ecurey desservant Lissey). Nous avons droit à un curé... Il serait bien respecté vu que les habitants sont tous d'un même parti. M. SIMON, membre du Conseil Municipal a exposé oralement nos désirs et vous propose M. PAQUIN de Réville, fort inquiété dans sa paroisse.

           

            Suit alors la description de la "belle maison de cure", la tenue de l'église "une des plus belles de l'arrondissement (sic), la splendeur des ornements neufs, etc...

 

Allemands à Lissey img 0016

 

Photo allemande, du presbytère, pendant la guerre de 14/18

            Et la conclusion:

            Pour recouvrer l'ordre, la tranquillité et la religion....

            Les signataires de cette lettre sont les suivants: SIMON, J.P. LENFANT, Rémy CHARLOT, LAMOUREUX, SIROT, Jean-Baptiste GILLET, MERCIER, Jean Baptiste PERIGNON, Jean RICHARD, DUPUIS (maire) et CHAPIRON (adjoint).

            Cette lettre du mois de mars 1831 étant restée sans réponse, l'abbé MARTINET, d'une part, le 25 juillet suivant, le maire et ses conseillers, d'autre part, renouvellent leur demande à l'Evêque de VERDUN.

            Lettre datée du 25 juillet 1831 de M. MARTINET à l'Evêque de VERDUN (extraits)

            Depuis 6 ans je suis chargé de la paroisse de Lissey. Je ne la néglige pas mais ne puis le dimanche qu'y chanter la messe et y faire une instruction à 8 heures du matin, sans assister aux vêpres si ce n'est le jour des grandes fêtes. La piété des fidèles se refroidit. Le reste de la journée, la présence du pasteur se fait désirer...... Votre Grandeur a promis de leur envoyer un pasteur ( demande du maire avant Pâques et au moment des ordinations).

            Il poursuit sa supplique et parle de la "tristesse, du mécontentement, de l'exaspération a un assez haut point. On se plaint d'avoir été trompé. Le bruit courait certainement que lui, curé d'Ecurey, avait empêché par ses demandes, la nomination d'un curé dans cette paroisse. Il se défend en disant que depuis un an il n'était pas allé à VERDUN voir sa Grandeur ni ne lui a écrit à ce sujet. Pour terminer, il supplie Mgr d'honorer sa démarche pour le bien de tous. M. le Maire, dit-il, est un parfait honnête homme, le presbytère parfait, l'église bien ornée, le jardin excellent.

             Il faut croire que Mgr de VILLENEUVE (1827-1831) fut touché par ces lettres car dès le 6 août suivant, il déplaçait M. PAQUIN de Réville à Lissey.

Ses difficultés à Lissey

            Ce vénérable prêtre resta 39 ans à la cure de Lissey. On ne reste pas si longtemps dans une paroisse sans qu'un jour ne se déclenche une querelle même avec de "bons paroissiens". Il eut tort d'être franc et de vouloir seul diriger sa paroisse malgré l'omnipotent Conseil de fabrique.

            En 1862, la situation était bien tendue à Lissey. En témoigne cette lettre de 7 grandes pages conservées aux archives de l'évêché et signée par M. DUPUY (maire) par M. PECHENARD, président du Conseil de fabrique (notaire à Ecurey) et par les membres du conseil.

            Cette lettre est un véritable réquisitoire en bonne et due forme contre M. PAQUIN.

            On y lit par exemple ceci: "Les gens de Lissey sont lassés de la présence de M.PAQUIN, il égare l'opinion", "Nos relations sont de jour en jour plus difficiles", "Si cela dure nous donnerons notre démission", "M. le curé a accaparé pour lui seul toutes les fonctions. Il est trésorier, président, secrétaire. Il reçoit, puise, place l'argent sans consulter le conseil et sans prévenir. Il tient les 3 clefs du coffre et à la dernière réunion il est allé les chercher dans le tiroir de son secrétaire.

            Le ton est âcre, décidément M. PAQUIN a tous les défauts: "Toutes les familles (c'est beaucoup) ont été blessées par lui à propos de Ière communion, de baptême, de mariage ou d'enterrement. Même M.M. HORNARD, RICHARD, BERNARD et CAPART, "habitants les plus honorables" se plaignent. M. DUPUY "malgré ses cheveux blancs" est un "mauvais père" d'après M. PAQUIN, Madeleine CAPARD est "une couveuse", etc...

M. PAQUIN, continue la lettre - et c'est ce que nous voyons avec le plus de peine - n'a pas su inspirer à la jeunesse, le respect et les égards dus à son âge. Il en est le jouet et la risée. Il fait la police, le soir dans les rues. On se moque de lui.

            Et puis voici les critiques qui doivent décider de son changement immédiat! (il restera encore 8 ans). Il oublie le credo ou le chante 2 fois. Il se perd dans les orémus et on est obligé d'appeler le maitre d'école à son aide. Il fait l'aspersion en chasuble. Il oublie l'offrande à une messe de mariage et prêche pendant une heure et demi devant un auditoire endormi, etc, etc...

            Le 7 juillet suivant Mgr l'Evêque convoque M. PAQUIN à l'Evêché. Nous n'avons pas le texte de la réponse du chef du diocèse, mais voyant certainement dans ces critiques de l'exagération voire un peu de méchanceté. Mgr laissa M. PAQUIN à Lissey jusqu'à sa mort en 1870.

            En 1860, le curé demande à la commune une grille (sans doute la table de communion remplacée par celle visible encore aujourd'hui) et un pavé pour le chœur de l'église. On lui fait des promesses, mais à cette époque la commune est pauvre, elle a même emprunté de l'argent pour l'établissement de la route Bréhéville-Lissey. Le dimanche suivant, en chaire, M. PAQUIN traite "d'infâmes et misérables tous les conseillers municipaux. Quelques uns quittent l'église, d'autres restent pour l'interpeller. Tumulte, murmures. M. le Maire lui dit:" Si vous êtes pressé, faite une avance de fonds, vous êtes riche, la commune vous remettra vos avances sitôt qu'elle aura vendu son quart en réserve".

            La même scène se renouvelle aux vêpres et aux prières. M. le Maire se voit dans la nécessité de rappeler Mr le curé  à la décence et aux convenances. Le soir le conseil se réunit. Le plus grand nombre désirent mettre l'affaire entre les mains du Parquet. M. DUPUY toujours sage et réservé obtient de faire une démarche auprès du Préfet lui-même qui délègue le conseiller général du canton pour faire une enquête. Les esprits se calment et dit la lettre , une réconciliation (de courte durée) fut acceptée.

          Son œuvre à Lissey (selon l'abbé ROUYER).

           Il ne faut pas juger M. PAQUIN sur ces faits. ce fut un prêtre très sévère, bien sûr, mais extrêmement zélé et bon. Quand M. ROYER arriva dans la paroisse (lettre de M. ROYER) le souvenir de M. PAQUIN était loin d'être oublié. C'est qu'il avait fondé 2 messes par mois, une pour sa sœur et l'autre pour lui. Messes dites jusqu'en 1907, date à laquelle l'Etat vola tout ce qui touchait aux fondations. Ces messes avaient ceci de particulier qu'après les prières finales, les assistants venaient s'agenouiller à la Sainte Table et le prêtre leur partageait la somme de 3 F. "Je me munissais donc de petits sous, m'écrit l'abbé ROYER et dans le trajet de l'autel à la Sainte Table, je calcule la somme à donner à chacune suivant le nombre de personnes. Elles recevaient habituellement 8 à 9 sous suivant les jours. Les pauvres seuls se présentaient et il fallait avoir 14 ans.

 

          Sources: Archives diocésaines er notes de l'abbé ROUYER

 

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