Chanoine Jean ROUYER

 

Sous-rubrique

  • Chanoine ROUYER - 2 (cliquer au bas de la page)

 

 

HOMELIE PRONONCEE AUX OBSEQUES DU

CHANOINE Jean ROUYER

LE 3 AOÛT 1989

A LA CATHEDRALE DE VERDUN

 

Chanoine Jean ROUYER et Marc RICHARD

 

 

 

          Toute vie humaine est don de Dieu, source et fin de toute chose, qu’on le sache, ou qu’on l’oublie ou même qu’on le nie. Toute vie chrétienne est aussi relation à Dieu présent dans l’intime d’un être par son baptême, sa foi, sa participation à la vie de l’Eglise. Mais toute vie sacerdotale est plus encore un ion au Père, au Christ et à l’Esprit saint, signe et témoignage de Jésus-Christ dans le temps   intégration plus profonde encore au don du salut, car le prêtre est serviteur du peuple de Dieu, avec le pouvoir, en vertu du sacrement de l’ordre, de renouveler le sacrifice pascal du Christ et de pardonner en son nom. Ainsi tout prêtre choisit le Seigneur, comme les disciples et les apôtres, pour œuvrer là où l’envoie son évêque, avec tout son être, toutes ses forces, tout son cœur, jusqu’au terme de son existence, dans la totalité même de sa vie.

 

           Monsieur le chanoine Rouyer, le père Rouyer, comme beaucoup l’appelaient, a vécu son sacerdoce dans une fidélité et une disponibilité totale au petit séminaire de Glorieux, et à l’ombre de la cathédrale, comme chanoine titulaire, archiviste et historien du diocèse ; fils intellectuel et spirituel de Mgr Aimond, continuateur de son œuvre, il savait tout de la Meuse ou de la Lorraine dans ce domaine de l’Histoire qui exige compétence et honnêteté intellectuelle. Né à Lissey, près de Damvillers, en 1914, il ne connut pas son père, tué à la fin de la Grande Guerre. Il fut élevé, avec son frère, par une maman courageuse et profondément chrétienne, que j’ai connue. Très jeune, il pense au sacerdoce, entre au petit séminaire de Glorieux, puis poursuit ses études au grand séminaire de Verdun. Il est mobilisé lors de la seconde guerre mondiale ; prisonnier puis libéré, il revient poursuivre ses études interrompues au grand séminaire, est ordonné prêtre en 1941 et envoyé par Mgr Ginisty étudier à l’Institut catholique de Paris, d’où il sortit licencié en sciences naturelles. Il est alors nommé professeur au petit séminaire de Glorieux, mission souvent mésestimée, enseignant les sciences, les mathématiques, mais aussi l’histoire, ce qui fut sa passion tout au long de sa vie et cela pendant plus de 3 ans aidant aussi Mgr Ninet aux heures difficiles de l’enseignement catholique. Il était pour nous ses élèves, le plus jeune de nos professeurs, proche de tous et de chacun, partageant nos récréations et nos jeux. Nombreux son ceux, parmi les anciens de Glorieux, qui lui doivent beaucoup dans l’approfondissement de leur vocation, dans le cheminement vers le sacerdoce ou, pour ceux qui prenait une autre voie, dans la formation de leur personnalité. Sous un abord parfois réservé, il avait un cœur ouvert pour tous ces jeunes qui ont été marqués de son empreinte. Son sourire, son accueil, sa disponibilité attiraient à lui, il rayonnait par là quelque chose de son âme sacerdotale, profondément unie à Jésus-Christ. Mais il était aussi un professeur de qualité, que où, dans nos études, comptaient surtout les lettres. “J’enseigne les matières secondaires“, disait-il non sans humour ; formateur de nos intelligences et de nos cœurs, il était toujours là pour nous comprendre, nous écouter, nous aider. Mais il ne restait pas enfermé dans l’enseignement, il noua de nombreuses amitiés et relations à Verdun, dans la Meuse et au-delà. Par sa connaissance et sa compétence historique, il avait le souci de tous les gens qui s’adressaient à lui et trouvaient, à travers lui, le chemin de Dieu et de la foi. Il appliquait la parole de l’Evangile de Jean :“ Celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors“. Membre le plus ancien de la Société philomatique de Verdun et de la Société des Naturalistes et Archéologues du Nord de la Meuse, il suscitait avec tous les gens rencontrés, croyants ou non, des liens de confiance, d’estime et d’amitié. Il demeurait passionné de “sa Meuse natale“, de son histoire dont il sans doute le meilleur connaisseur. Mais le professorat use et vint pour lui le temps d’une nouvelle mission. Mgr Boillon lui demanda, en 1974, de venir à l’évêché comme chanoine titulaire, archiviste et il poursuivit ses travaux en liaison avec les Beaux-arts, mais aussi comme aumônier du Secours catholique diocésain, où, là encore, il manifesta sa foi et son cœur de prêtre. La maladie viendra l’éprouver, il y a un peu plus de deux ans, après une grave opération qui diminua ses forces. Il vit venir le terme de son existence avec sérénité et confiance, entouré des soins attentifs des Sœurs de Sainte-Catherine, des aumôniers, médecins et personnel hospitalier dont il vantait le dévouement. Je l’ai vu, il y a un peu plus d’une semaine, me dire qu’il souhaiterait que vienne sa fin, lucide sur son état, mais confiant dans son avenir auprès de Dieu, remerciant tous ses amis prêtres et laïcs qui le visitaient et tentaient de pallier à sa solitude et à sa souffrance. A présent, nous espérons qu’il a rejoint le Seigneur et qu’il voit enfin le Christ à qui il a voué sa vie toute entière. 

            La mort d’un prêtre est, sans aucun doute, pour ceux qui l’on connu et aimé – ils sont nombreux et j’en suis – une peine profonde et comme une brisure. Mais elle est aussi chargée d’espérance. La vie d’un prêtre est centrée sur Dieu, sa raison d’être, c’est Jésus Christ, mais aussi l’attention et la disponibilité aux personnes rencontrées, où qu’elles en soient de leur foi ou de leur existence, parce qu’il est signe de communauté et d’Eglise. Selon ses charismes propres, le Père Rouyer l’a vécue intensément. C’est pour nous, frères ici rassemblés, un signe et un appel. Saurons-nous l’accueillir comme tel, nous qui avançons dans la vie, sans mesurer toujours notre temporalité, notre fragilité et la destinée christique qui est la nôtre ? Pour nous, prêtres, c’est aussi une invitation à bien faire l’œuvre de Dieu là où nous sommes placés par la volonté de notre évêque, dont nous sommes les collaborateurs dans cette mission diocésaine où chacun trouve son rôle propre, mais essentiel… Mais je crois que le Père Rouyer nous invite à prier pour qu’il y ait chez nous, en Meuse, des vocations. Il m’a souvent confié ce souci qui était le sien de voir le nombre des prêtres diminuer. Je crois qu’il nous invite à prier pour qu’il y ait des prêtres, des éveilleurs, mais aussi des témoins de la foi et de la charité dans une Eglise vivante. Tâche à laquelle il consacra la plus grande partie de sa vie. 

 

1941: l'abbé Jean Rouyer, qui vient d'être ordonné prêtre, pose pour

le photographe dans le cloître de la cathédrale de Verdun

 

 

 

          Le Père Rouyer a vécu ces dernières années la passion de Jésus Christ “achevant en lui ce qui à la passion pour son corps qui est l’Eglise“, comme disait saint Paul dans la première lecture. Puisse-t-il être à présent dans la pleine lumière de Dieu, en qui il a toujours cru sans l’avoir vu. Puisse-t-il aussi, près du Seigneur, intercéder pour tous ceux qui marchent encore en cette vie, sans toujours penser à leur avenir près de Dieu et à le préparer dès à présent. Puissions-nous tous un jour nous retrouver dans la plénitude de Pâques, dans cette vie éternelle à laquelle, si nous somme fidèles ou le redevenons, nous sommes tous conviés par l’amour infini de Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit. Amen.

 

                                                                                              Abbé Claude BIEBER

 

 

JEAN ROUYER

 

 

            L’enfant turbulent et joyeux de Lissey, le séminariste souriant et enthousiaste, le prêtre et soucieux de transmettre le flambeau, le professeur et le chercheur, le savant, l’homme des livres et de la Tradition… Ai-je oublié l’une des facettes qui faisait du Père Rouyer une personnalité exceptionnelle, chaleureuse et attachante ? Peut-être, sans doute même, mais ce que je voudrais dire de lui, je le dirai avec la fidélité du souvenir de l’enfant devenu adulte, marqué parla présence fraternelle de Jean Rouyer, et avec l’émotion de l’homme déjà “un peu vieux“ qui a vibré avec lui pour la défense de la même cause et du même idéal.

            Jean Rouyer – “le“ Jean Rouyer - c’était Jean, c’était Jeannot. Puis le grand Rouyer, le grand “Rougi“ au rire éclatant. C’était, pour ceux de Glorieux, le Père Rouyer, ou le père…tout court. C’était l’abbé…, le chanoine. Chacun, à sa façon, lui disait son attachement. Je me rappelle. C’était en 1937, je crois, au mois de septembre, en cette période étonnant de l’année où la nature sait se parer de couleurs et de senteurs indicibles, qui font aimer notre région de l’Est, où tout se mêle pour en faire une terre merveilleuse. Quelques jours avant la rentrée à Glorieux, précisément, Jean Rouyer, séminariste, en soutane, col à peine entrouvert, avait pris la tête d’une expédition à bicyclette à l’abbaye d’Orval. Il y avait Irénée Louis, Gabriel Willaume, Robert Fontaine, mon frère Gabriel et moi-même, et deux ou trois autres garçons du Nord Meusien dont j’ai oublié les noms. C’est là que je l’ai rencontré pour la première fois. L’équipée fut joyeuse et pleine de rires et de cris de gamins heureux de leur liberté, mais plus extraordinaires encore, furent les trois jours de “récollection“ passés dans l’abbaye même, au contact des moines, où alternaient les jeux, la réflexion, la lecture, la prière en commun… ; journées closes le soir, par le chant du Salve Regina, dans l’église abbatiale, devant le grand vitrail de la Vierge qui s’illuminait dans la nuit qui s’en venait, et qui allait engloutir, sous son silence, le “le val d’or“ de la Gaume belge. Jean Rouyer avait réussi à nous communiquer sa vitalité, sa gaieté, sa pitié, son amour des choses de la religion qui trouve son complément et son support dans la pierre sculptée et le verre, qui se mettent à chanter, à l’unisson des psalmodies des heures sacrées.

          1940. je me rappelle. Encore Glorieux – un jour clair de mars – dans la cour. Voici, soudain, surgissant à grandes enjambées, une silhouette de militaire, en tenue kaki, riant, tendant les bras, nous accueillant. Immédiatement, un groupe s’était formé autour d’un caporal. C’était Jean Rouyer “aux armées“, qui nous racontait, hilare, comment l’armée française savait, en pleine guerre – mais n’était-elle pas “drôle“ ? – utiliser les compétences. Lui le “curé“ ou l’“apprenti curé“, promu caporal, était devenu…boucher.

 

 

 

1975:saint-Maurice-sous-les-Côtes: l'abbé Vautrin et le chanoine Rouyer (cliché Préinventaire de Lorraine, collection Jean ROUYER

 

 

          1944. Le père Rouyer est prêtre. Depuis 1941. Il est encore là. “Comment vas-tu?... Que deviens-tu?… “Les routes des uns et des autres se sont mises à diverger. Et cependant, le grand cœur du prêtre, ami plus que jamais, est là pour redire que rien n’est changé, que le chemin reste toujours tracé vers Dieu, un Dieu bon et accueillant à tous. Le père Rouyer est là, tendant les bras, pour vous embrasser, le visage illuminé d’un sourire dont lui seul avait le secret. Une communion d’un neveu à Glorieux, vers les années 68, un mariage d’une nièce ailleurs. De nouveaux liens se nouent grâce à une recherche en sciences humaines dont beaucoup de points sont communs. Le père Rouyer répond à ma sollicitation quand je lui demande de m’aider dans la recherche de témoins pour l’Atlas linguistique et ethnographique de la Lorraine romane qui en est à ses débuts. Il m’ouvre son fichier. Il a rédigé le Lexique du patois de Lissey. Il guide lui-même mes étudiants sur le terrain à Peuvillers, à Etain, dans le Verdunois, dans la Woëvre. Il crée lui-même le contact, devant lui les portes s’ouvrent, il sait forger et tisser des liens qui sont la condition de la bonne enquête. Le père Rouyer en soutane, puis en tenue noire stricte, portant un col dit de “clergyman“, est pour mes étudiants et moi-même le gage d’un travail réussi. Le père Rouyer m’introduit dans sa bibliothèque privée, faite de rayons surchargés d’ouvrages rares. Il sait tout… ; il a une culture extraordinaire ; il possède des renseignements insoupçonnés sur mille et une questions. Il sait qui est … saint Gibrien, de quelle paroisse en Meuse il est patron. C’est auprès de lui que l’on s’informe : la vie de Louis Lavigne, le lieu de sa sépulture… Il connaît les dimensions à donner à une croix que l’on veut remplacer à un carrefour. Il est à côté des gens de Fresnois quand le village a décidé, en août 1983, de remettre dans son socle de pierre une nouvelle “ Croix-Cassée“, au-dessus d’Avioth. 

          Prêtre, savant, chercheur, ami. Lors de l’érection de cette croix, il y a huit ans, c’est lui qui accueille sur le site les nombreuses personnes qui s’y pressent ; il fait réciter le chapelet à la foule qui attend l’arrivée de la croix tractée sur un véhicule hippomobile depuis le village. Il concélèbre la messe en plein air avec Irénée Louis, André l’Honoré, le père Bonnet. Emouvante cérémonie en effet que celle-là, suivie d’une rencontre fraternelle dans la cour du château du village. La joie du père Rouyer est grande, il est entouré, fêté et, le lendemain, il a la délicatesse de m’envoyer un mot pour nous féliciter de notre initiative villageoise. Sans lui, devant les réticences, voir l’opposition de certains de ses confrères, notre croix n’aurait pas été replantée. Elle reste fièrement debout, au milieu de notre terroir, où chacun s’ingénie à l’entretenir de son mieux.

          Le père Rouyer, d’emblée, avait tenu à nous signifier que l’expression de la foi ne se sépare pas de la cérémonie qui associe chant, musique et rencontre fraternelle intervillage. Trois ans plus tard, le village de Fresnois, le dimanche 24 août 1986, accueille le ministre de l’Agriculture François Guillaume pour l’inauguration de deux vitraux dans le chœur de l’église. Le dessin en a été soumis au père Rouyer avant son exécution par l’Atelier 54 de Saint-Nicolas-de-Port. C’est le père Rouyer qui prononce le sermon de la messe, c’est lui qui laisse éclater son admiration devant les paroles d’un ministre de la République qui s’exprime en “en chrétien, en Lorrain, et en paysan“. Comment ne pas garder, gravé profondément au fond du cœur, le souvenir de ce grand père Rouyer, déjà atteint par la maladie et qui cependant tient à être présent sur le terrain , à leurs côtés, avec les laïcs qui ont décidé de maintenir la Tradition ? Une Tradition où Foi et Culture s’entremêlent en s’enrichissant mutuellement ? Comment ne pas redire, au-delà de la mort, toute ma reconnaissance, mon affection, mon émotion, à cet homme qui a fait en lui-même la synthèse de ces deux apports constitutifs de notre identité profonde ?

          Alors que bien des choses, humainement parlant, auraient dû l’abattre ou pu l’attrister : la relève en prêtres mal assurée, l’abandon par certains, parmi ses élèves, de leur sacerdoce, la solitude- celle du prêtre- la sienne en particulier, malgré la chaude affection de ceux qui l’entouraient, dans sa “cellule monacale“ de la place Monseigneur Ginisty- qui n’était décemment pas “vivable“ -, une espérance l’habitait, mieux une certitude : la cause qu’il avait servi avec passion n’était pas perdue, elle ne “pouvait“ pas l’être. Sa vie, pour nous tous, est une référence. Son existence constitue à elle seule un message permanent. Si nous sommes ici, à Lissey, nombreux, pour célébrer sa mémoire, c’est bien pour dire que ce message a été entendu.

          Merci, à vous, père Rouyer, d’avoir été ce que vous avez été.              

 

Jean LANHER

 

 

PRETRE ET ERUDIT

  

          Le chanoine Rouyer n’a pas été un isolé. Pour beaucoup d’entre nous, sa vie et son œuvre méritent de figurer dans l’infanterie savante, reine des batailles de l’érudition locale.

          La fréquentation de prêtres historiens, archéologues, ethnologues, etc.., des diocèses champenois et lorrains depuis un demi-siècle, autorise-t-elle quelques généralisations ? A chacun reviendra la tâche d’atténuer ou d’accentuer le dessin et les couleurs d’un portrait que je tente de brosser devant vous : 

          Le prêtre savant est d’abord un héritier. Certes, il s’attaque à des sujets moins vastes que ceux traités par les Bollandistes, les Mauristes et les Vannistes, mais comme Dom Mabillon, Dom Calmet, Dom Bernard de Montfaucon, il a une hantise : la précision dans la vérité. Il faut dix ans de recherche pour mettre au point un article sérieux.

          Le prêtre savant, par sa famille, ses études, ses ministères, a une connaissance expérimentale de l’humanité des villages et des bourgs. Il a vérifié que si l’on peut douter de l’existence de Dieu, on ne peut pas douter de l’existence du péché originel (succession, remembrements, élections au conseil municipal). On ne trouve pas chez le prêtre savant des draperies sonores comme chez Rousseau, Lamartine, Romain Rolland, Sartre ou encore comme chez tant de théologiens séculiers ou réguliers. Le prêtre est du côté de Bossuet : “ L’illusion que les choses sont ce que l’on veut qu’elles soient est le pire dérèglement de l’esprit“. Dans chaque homme, sans broncher, sans se lamenter, il faut être prêt à rencontrer un Judas et un François d’Assise, et encore un Jérôme Paturot, un Bouvard, un Pécuchet, un Tartarin… 

          Le prêtre savant est fier de sa modestie. Le plus souvent, il a vaincu la tarentule de la publication. Il sait qu’il pécherait en exagérant l’importance de ses découvertes, en passant du local à l’universel. A l’inverse, ne lui demandez pas d’écrire le contraire de ce qu’il a découvert. Lorsqu’il doute, il préfère se taire. Les modes l’atteignent peu. 

 

          Dans tout prêtre savant, on trouve un peu du caractère de l’abbé Thiers (1636-1703). Dans ses recherches, il se veut totalement libre à l’égard des autorités religieuses du moment. Les évêques passent. Seule la vérité demeure.

 

 

 

 

4 octobre 1967: le chanoine Rouyer, secrétaire de la Société des Naturalistes et Archéologues du Nord de la Meuse et capitaine de "l'équipe gagnante du "Lion-Ailé, jeu concours culturel organisé par Télé-Luxembourg, reçoit le trophée du vainqueur.

 

 

          Le prêtre est l’homme de la longue durée. L’histoire immédiate-cette escroquerie des temps médiatiques- n’est pas son lot. Les siècles s’enchevêtrent, les hommes viennent de plus loin qu’ils ne le croient. Le “sans précédent“ est presque toujours du vieux neuf.

          Le prêtre savant est seul dans sa recherche. Il a souffert-mais finit par ne plus souffrir -d’être critiqué par ses confrères, l’évêché et même par le gros des laïcs. Les paroissiens aimeraient que Monsieur le Curé s’occupe davantage des vivants que des archives ; ils ne se doutent pas que l’histoire d’hier, enfin mieux connue, sera plus utile à leur progéniture que tant de bonnes œuvres up to date diffusées en province (avec retard) par des centrales diocésaines. Les politiques pastorales sont toujours grosses de promesses électorales.

          Le prêtre savant jadis adversaire du maître sans Dieu, fraternise, aujourd’hui, avec l’instituteur laïque ou le professeur d’histoire du collège voisin. Vers la fin de sa vie, il finit par être connu et honoré par un professeur d’université, lui aussi souvent désolé d’être isolé dans sa spécialité.

          Le prêtre savant reçoit de temps en temps, les catalogues des libraires de livres d’occasion. Il peut lire dans un catalogue du printemps 1990 : JOIGNON (Abbé C.P.), Aux confins du Barrois et du Verdunois. Rembercourt-aux-Pots (Meuse), sa curieuse église (XVe et XVIe siècles) ; La bataille de la Vaux-Marie (8,9 et 10 septembre 1914), etc… Bar-le-Duc, 1938, in-_, 528 pp., br., couverture illustrée. L’abbé Joignon cote davantage, en ces temps de bicentenaire, que Seignobos, Aulard, Mathiez, Soboul et les autres. Il “cote“ davantage que Michelet. On note encore que les livres de Thiers (pas le curé, l’homme politique) ne sont plus achetés que pour leur reliure.

          L’œuvre de l’abbé Rouyer (chanoine et historien, dit la plaque de la place qui porte son nom) va continuer de vivre. Votre présence d’amitié a valeur d’engagement : travailler sans relâche à mieux comprendre, donc à mieux aimer les hommes de son terroir, pour apprendre à aimer en vérité les hommes de tous temps et de tous pays.

 

                                                                                  Père Serge BONNET, o.p.

  Directeur de recherches au CNR

 

 

          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous-pages :

Ajouter un commentaire