Chanoine ROUYER - 2

 

 

 

TRAVAUX ET BIBLIOGRAPHIE

 

DU CHANOINE ROUYER

 

 

 

Il est bien facile d’imaginer le chanoine Rouyer, en cette journée consacrée à l’hommage qu’ont voulu lui rendre ses amis : depuis ce matin, il est en train de bougonner et de grommeler et de se demander à quoi tout cela peut bien servir : une place Jean Rouyer dans son village natal de Lissey et toutes ces évocations de ses activités, lui qui répugnait à ce genre littéraire qu’est l’hommage, fût-ce pour ses maîtres ou ses amis !... Il n’était pas homme à rechercher les honneurs, même s’il répondait volontiers aux nombreuses invitations qu’on lui adressait, en tant que personnalité verdunoise et meusienne. Il était davantage un homme de bureau et un homme de terrain, un homme de la recherche solitaire et de la découverte à quelques-uns seulement.

 

Professeur de mathématiques et de sciences naturelles au petit séminaire de Glorieux, de 1944 à 1974, il ne s’est jamais contenté de ces seules activités et il a consacré beaucoup de temps à faire des recherches et à accumuler patiemment les fiches et les dossiers. Tout l’intéressait, surtout si cela concernait la Meuse : le patois et la toponymie, la flore, l’histoire des rues de Verdun et des villages meusiens, les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, la liturgie verdunoise, l’histoire des séminaires, le clergé, les chapelles, les confréries, le culte de la Vierge et des saints et tant d’autres sujets sur lesquels il rassembla des documents tout au long de sa vie. Il aimait passionnément les livres, qu’il annotait, corrigeait et mettait en fiches, au fil de ses lectures ; il conservait les coupures de journaux ; les cartes postales et les photographies qu’il classait et ventilait dans tous ses dossiers dont nous sommes beaucoup à avoir profité, aidant à appréhender la vie et l’évolution d’une région, de ses hommes et de son patrimoine.

 

“Rassembleur“ d’une documentation immense, le chanoine Rouyer a pourtant peu publié et ses travaux, qu’il a toujours réservés au Bulletin des Sociétés d’histoire et d’archéologie de la Meuse, reflètent bien ses centres d’intérêt et son goût de la recherche désintéressée, mise au service des autres. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous signalerons ses notes de toponymie meusienne (1964), ses études sur des personnalités religieuses du diocèse de Verdun (Nicolas Psaume, évêque de Verdun au Concile de Trente (1964), Mgr Aimond, historien de Bar et du Barrois (1975), le chanoine Richard de Wassebourg (1984), et ces travaux austères mais tellement utiles que sont la table analytique des matières du Bulletin de la société des Naturalistes et Archéologues du Nord de la Meuse (1967), la bibliographie de Mgr Aimond (1969) et celle du chanoine Souplet (1973) et la bibliographie de Marville établie à l’occasion de la réédition de l’ouvrage du chanoine Aimond, en 1981 ; il y a aussi son évocation de la Société philomatique de Verdun en 1983 et sa participation au Dictionnaire des châteaux de Lorraine publié en 1978, sous la direction de M. l’abbé Jacques Choux. Il convient enfin de rappeler sa collaboration à nos recherches sur les sculpteurs funéraires du Sud meusien et ses notes mariales publiées dans Eglise de Verdun, à la demande de son nouvel évêque, Mgr Herriot, à l’occasion de l’année mariale, en 1988.

S’il a peu publié, le chanoine Rouyer a, en revanche, beaucoup donné et nous sommes très nombreux à avoir frappé à sa porte et profité de ses notes et de ses fichiers, chacun selon nos  centres d’intérêt. Des recherches fondamentales, comme celles menées ces dernières années par Hans-Günther Marshall sur la cathédrale de Verdun ou par le P. Ardura sur Nicolas Psaume, lui doivent beaucoup. Plus modestement, il a fait connaître et apprécier la ville de Verdun, grâce à des conférences prononcées dans le cadre de Verdun-Accueil, et il a guidé bien des visiteurs dans la cathédrale, à l’ombre de laquelle il habitait depuis le décès du chanoine Souplet qui, avant lui, s’était passionné pour ce bel édifice dont on fête cette année le millénaire.

Membre titulaire ou associé de nombreuses sociétés savantes, le chanoine Rouyer a longuement participé aux travaux de la Société philomathique de Verdun et à ceux de la Société des Naturalistes et des Archéologues du Nord de la Meuse, dont il fut le secrétaire de 1970 à 1981.

Quand il prit sa retraite de l’enseignement, en 1974, Mgr Boillon lui confia la charge d’aumônier du Secours catholique et celle d’archiviste diocésain. C’est lui qui, dans cette fonction, a sauvegardé et mis en ordre les archives modernes de l’évêché, celles des XIXème    et début du XXe siècle, à une époque où le clergé était souvent plus enclin à détruire qu’à conserver. C’est lui encore qui fut chargé de recueillir le fonds de Mgr Aimond et celui des chanoines Souplet, Vigneron et Denaix et de conserver les notes de ces prêtres érudits, qui avaient servi à la rédaction de leurs ouvrages.

Conscient aussi de l’importance des archives paroissiales et des menaces qui pesaient sur elles, au moment du décès d’un curé ou la vente d’un presbytère, il a fait en sorte, quand cela était possible, qu’elles soient déposées aux Archives départementales  de la Meuse ou, pour d’autres fonds, à la Bibliothèque municipale de Verdun.

D’aucuns considèreront ces actions comme modestes et regretterons que le Chanoine Rouyer n’ait pas davantage écrit, en tirant parti de tous ces matériaux accumulés pendant plus d’une cinquantaine d’années. Mais son souci de conserver ce dont il avait la charge, sa générosité pour partager ce qu’il avait et ce qu’il savait, sa modestie intellectuelle, alors qu’il connaissait tant de choses, dans des domaines si variés, ont largement compensé ce handicap.

 

La réalisation du Préinventaire en Meuse constitue un autre volet de son activité intellectuelle, une vingtaine d’année durant.

Créé en 1964 par André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, l’Inventaire général des Monuments et des Richesses artistiques de la France est chargé d’inventorier et de faire connaître le patrimoine artistique à travers toute l’étendue du territoire français. Dès 1966, la Lorraine fut dotée d’une commission régionale et en 1969 de comités départementaux chargés d’assurer la présence de l’Inventaire général dans les départements et d’entreprendre sur le terrain les premiers travaux de repérage du patrimoine. C’est tout naturellement que le chanoine Rouyer fut choisi comme membre du Comité d’Inventaire de la Meuse et il fut l’un de ceux qui, très vite, allaient essayer de mener à bien cette tâche. Il s’attela aussitôt à ce que, par la suite, il appela un “pré-préinventaire“, c’est–à-dire à un repérage rapide des édifices et des objets d’art. Avec son cousin René Cazin, alors conservateur des Antiquités et Objets d’Art et vice-président du Comité départe mental d’Inventaire de la Meuse, mais surtout avec ses élèves de Glorieux, il sillonnait les villages proches de Verdun, jusque dans le canton de Damvillers, notant et photographiant tout ce qui lui paraissait intéressant.

Sa première rencontre sur le terrain avec les chercheurs de l’Inventaire de Lorraine remonte à 1971. La commune de Dommary-Baroncourt s’apprêtait alors à détruire sa vieille église et il voulait savoir si, ensemble, il ne serait pas possible de la sauver. Ce fut le début d’une longue collaboration qui dura jusqu’en 1988 et à laquelle seuls mirent fin les accidents  de santé dont il fut victime. Une collaboration privilégiée puisque, devenu à son tour vice-président en 1971 ou 1972, en remplacement de René Cazin, il allait impulser un nouveau souffle au préinventaire. Les circonstances s’y prêtaient. Il n’avait guère accroché avec les mathématiques “modernes“ et puis, au bout de trente ans d’enseignement, une certaine lassitude s’était installée, aussi , avait-il décidé, à la fin de l’année scolaire 1973-1974, de prendre sa retraite. Sa retraite de professeur, bien sûr, puisque Mgr Boillon lui confia des charges diocésaines, tout en acceptant qu’il consacrât une part importante de son temps à animer le préinventaire en Meuse. Une expérience originale fut alors mise sur pied, dans une collaboration très féconde avec le service régional de l’Inventaire. Sur place, en Meuse, il était chargé d’encadrer les enquêteurs bénévoles, de guider leur travail, leur fournissant la bibliographie indispensable au repérage, surveillant leurs recherches puis rassemblant les dossiers, une fois terminés, et en assurant la gestion. Mais il ne se contenta pas de cette seule activité et fut aussi un enquêteur particulièrement actif, allant sur le terrain, photographiant et mesurant les statues, les croix de chemin, repérant les châteaux, les fermes, les moulins et les lavoirs. Son atout, et notre chance, c’était qu’il alliait la recherche sur le terrain avec une excellente connaissance des travaux bibliographiques, ce dont témoignent bon nombre de dossiers établis par ses soins. Il accompagna dans les villages bien des enquêteurs, mais il faut surtout rappeler sa longue collaboration avec Henri Simon qui, bien qu’habitant Longwy, réalisa en compagnie du chanoine Rouyer tout le préinventaire du Nord meusien. Les images du Patrimoine de Marville et celles d’Avioth, qui sont sorties ces dernières années, doivent beaucoup à leurs recherches en commun sur le terrain et à ces centaines de dossiers, ces milliers de photographies accumulées pendant de longues années de prospection. 

Originaire de Lissey, c’est-à-dire du Nord meusien, il était particulièrement à l’aise dans cette région qu’il avait sillonnée en tous sens. Dans chaque village, il avait des parents et il connaissait bien les familles de ses anciens élèves de Glorieux, dont certains étaient devenus maires ou conseillers municipaux. Il connaissait aussi tous les curés et les desservants des paroisses et cela a grandement facilité sa tâche. Sa présence ou même son seul nom étaient un véritable sésame, les portes des églises et des sacristies s’ouvraient, il était accueilli, dans les fermes et cela nous a permis de découvrir le mobilier régional,  les objets de la vie domestique ou encore les plaques de cheminée conservées en très grand nombre dans cette région, ce que jusque là, on n’avait pas l’habitude d’étudier dans le cadre du préinventaire bénévole.

La cathédrale de Verdun fut aussi l’objet de tous ses soins. “ En voisin“, quand il avait un peu de temps disponible, il allait y faire des dossiers et des photographies qui, au fil des années, se sont accumulés, constituant une documentation irremplaçable sur cet édifice et son mobilier et sur les œuvres d’art conservées dans le Musée Notre-Dame, dont on peut seulement regretter qu’elle n’ait pas servi pour la préparation de l’exposition du millénaire.

Cet immense travail réalisé depuis plus de vingt ans à travers toute la Meuse même si c’est le Nord meusien qui a été privilégié par les recherches personnelles du chanoine Rouyer, celles conduites en collaboration avec lui ou suscitées par ses soins, place ce département en tête pour la Lorraine. C’est ici que le préinventaire bénévole est le plus avancé et qu’il touche à son achèvement. Depuis plusieurs années maintenant, tous ces travaux sont repris par les chercheurs et les photographes de l’Inventaire, complétés et informatisés. Les cantons de Charny, Damvillers ? Étain, Fresnes-en-Woëvre, Montmédy, outre celui de Gondrecourt-le-Château, où le travail a été mené à bien par les services de l’Inventaire régional, sont désormais archivés et microfichés. Un travail semblable d’archivage vient de commencer dans le canton de Vaucouleurs et, en 1992 ou 1993, il devrait se poursuivre dans celui de Saint-Mihiel. Mais d’ores et déjà, une documentation très importante est rassemblée à Nancy et conservée au siège du service de l’Inventaire, 29, rue du Haut-Bourgeois, où elle est facilement consultable.

 

La connaissance du patrimoine, qu’avait acquise le chanoine Rouyer en collaborant au préinventaire de la Meuse, a conduit la Direction régionale des Affaires culturelles en Lorraine à lui confier, de 1979 à 1985, la conservation des Antiquités et Objet d’art de ce département. Travail complémentaire, puisque l’étude débouchait sur le classement et la préservation des plus belles œuvres d’art des cantons meusiens et, le cas échéant, sur leur restauration. Comme dans chacune de ses activités, le chanoine se montra particulièrement efficace et proposa en quelques années un très grand nombre d’objets au classement ou à l’inventaire supplémentaire, laissant de nombreux dossiers ouverts à son successeur, M. François Janvier. Pour mener à bien cette politique d’envergure et dans un souci d’efficacité, il utilisa les dossiers par tous les enquêteurs bénévoles qui, depuis près de vingt ans, travaillent en Meuse et qu’il convient d’associer au chanoine Rouyer : le docteur et Mme André, M. Henri Bataille, Eric Bonnet, René Cazin, Jean et Noëlle Cazin, M. Gilbert Detrez, M. l’abbé Gabriel Dumont, M. l’abbé André Gaillemin, Anne Gamez , Georges Génot, Mlle Madeleine de Germay, Jacques Grison, M. François Jannin, M. François Janvier, Mlle Yvonne Lanhers, M. l’abbé Pierre Laurent, M. l’abbé Etienne Léoutre, Michel Maigret, M. Julien Mantout, M. labbé Mellier, M. Maurice Muel, Mme Prévoteau, Bernard Prudhomme, le colonel Rousseaux, Mme Claudie Santt, Henri Simon, M. Gilbert Wagué, sans oublier ceux qui ont repris le flambeau : Mme Madeleine Juin, M. Michel Mazerand, M. Jacques Mielle, M. Jean-Claude Monin, M. et Mme Jean Soncourt. Une collaboration fructueuse dont on aimerait qu’elle se poursuivît aujourd’hui…

 

Quel beau bilan au soir d’une vie ! Le travail d’un homme honnête et généreux, au service de tous. Ce n’est pas le bilan prestigieux que certains auraient pu attendre, car il n’y a rien de glorieux à accumuler les documents et à compléter des dossiers, dans l’ombre d’un bureau. Mais nous savons tous qu’on ne s’adressait jamais en vain à lui et que, même s’il bougonnait un peu, il donnerait tout ce qu’il avait et ce qu’il savait. Et quel plus bel hommage pourrions nous lui rendre, passées les cérémonies d’aujourd’hui, que de reconnaître ce qu’il nous a apporté et de ne jamais oublier ce que nous lui devons… Ses notes accumulées, ses livres annotés, ses collections de cartes et de photographies, comme il serait bien aussi que tout cela restât regroupé et fût accessible au plus grand nombre ! Ce serait sans doute la meilleure façon de conserver vivant le souvenir du chanoine Rouyer. Et peut-être nous manquerait-il un peu moins…

                                                                                  Marie-France JACOPS

                                                                       conservateur de l’Inventaire général

                                                                   Société des Naturalistes et Archéologues

                                                                                   du Nord de la Meuse

 

 

                                                                      

 

 

 

 

 

 

 

 

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