Le Châtelet

 

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LE CHÂTELET 

 

Derrière les arbres,

L'agger ou rempart partie intégrante du vallum

sur lequel était érigée la palissade de défense

(vue de l'intérieur du Châtelet

        Le village de Lissey, si pimpant au milieu de son vignoble et de ses vergers, s'adosse à l'un des éperons les plus élevés et les plus typiques des Côtes de Meuse; cette proue géante, pointée vers le nord-est, couverte à son sommet de taillis sous futaie porte le nom si répandu de "Châtelet". C'est ainsi que le décrivaient, en son temps (1936) messieurs René CAZIN et Jules DUCHÊNE, deux éminents historiens de la SNANM.

        Il est vrai qu'à cette époque la vigne recouvrait encore une bonne partie du territoire communal, de part et d'autre de la départementale allant de Damvillers à Dun-sur-Meuse. Les vergers entretenus devaient ajouter à l'impression de fraîcheur et de coquetterie du village….. mais ceci est toute autre histoire.

        Pour se rendre au "Châtelet", le chemin le plus court est assurément la ligne droite mais aussi la plus impraticable. Comment gravir cette pente si roide et ces roches coupées à pic? Mieux vaut prendre, à partir de l'église de Lissey, le sentier du Châtelet. Cette voie est d'un accès assez difficile, mais la beauté du site fait quelque peu oublier la fatigue causée par le chemin rocailleux. La grande tranchée de la forêt dans laquelle nous nous engageons, grâce à l'épais feuillage des grands hêtres, atténue en été, les chauds rayons du soleil: de l'ombre sur notre tête et à nos pieds un épais tapis de feuilles mortes.

        Arrivé au sommet, trois possibilités. Soit nous prenons le chemin de droite qui contourne le promontoire et permettait aux chariots d'accéder au site, soit le chemin du milieu, plus court mais plutôt raide, soit le chemin de gauche, plus long, contournant le fossé de défense et donnant accès à la porte donnant sur la Plate voie.

 

        Nous nous trouvons alors sur l'emplacement d'un ancien château, nous disent les uns ou d'un antique camp romain, nous disent les autres.

        En explorant les lieux, nous pouvons voir que ce plateau forme une sorte d'éperon s'avançant au nord-est et dominant le pays vers Montmédy et Longwyon. Il est tout à fait piriforme et mesure, d'après M. F. LIENART, 150 mètres de long sur 120 mètres de large et pour une superficie de 1 h. 40 ares.

        Il est limité au sud par un fossé large d'une dizaine de mètres, précédé d'une levée de terre mesurant de 10 à 12 mètres de hauteur à l'extérieur et de 6 mètres à l'intérieur. Vers la pointe nord se voit une cavité connue sous le nom de puit mesurant 6 à 8 mètres de diamètre.

        Le "Châtelet" occupé par les bois de Lissey et Bréhéville est entièrement boisé, de sorte que son exploration est assez difficile, à cause de la futaie et de la broussaille qui envahit tout. Il faudrait pouvoir venir au moment de l'exploitation d'une coupe ou attendre une tempête encore plus terrible que celles de 1999 - 2000 pour avoir une vue plus claire des lieux.

        De l'extrémité nord de ce point culminant, l'horizon est très étendu et le panorama magnifique: une immense plaine, du moins c'est l'impression que nous avons de cette hauteur, s'étend à nos pieds, arrosée par le Loison, l'Othain, la Chiers et leurs affluents et en partie traversée par la grande forêt de la Woëvre avec, blottis dans les replis du terrain, de nombreux villages: Bréhéville, Brandeville, Jametz, Remoiville, Louppy, Juvigny dont les maisons aux tuiles rouges égayent le paysage.

        Les hauteurs boisées de Han les Juvigny masquent la ville haute de Montmédy. Au second plan se confond avec le gris du ciel l'immense forêt de l'Ardenne belge. Le mont Saint Walfroy et son monastère se détachent nettement sur la gauche.

        Le "Châtelet" fut-il un camp romain  ou fut-il un ancien château ainsi que le veut la tradition locale?

        Nous allons voir ci-après les arguments des uns et des autres.

 

       LE CAMP ROMAIN

        (Compte rendu d'une visite effectuée par M. HOUZELLE de la SNANM en 1910).

        Que dit le dictionnaire? Châtelet (anciennement petit château), châtel ou plutôt chastel, ancienne forme du mot château et châté dans le patois lorrain sont des synonymes, de là l'idée d'un château sur cette hauteur. Si cette opinion était vraie, on y découvrirait encore quelques traces de murailles et rien n'en fait pressentir l'existence. En outre, l'histoire n'aurait pu oublier cette maison forte de Lissey ou Bréhéville qui aurait pu ou dû jouer un certain rôle politique au moins pendant les sièges de Damvillers ( 1542 par les français, 1552 par Henri II, 1637 par Louis XIII) et Jametz ( 1588 par Charles III ) sans compter les passages de troupes, etc… dans la région; et nulle part, à notre connaissance, il n'en est fait mention.

        D'ailleurs, l'emplacement du Châtelet, tout comme celui du Mont Saint Germain, celui du Châtel (commune de Sassey) et celui du camp romain de Romagne sous les Côtes ne pouvait être mieux choisi soit pour un point de défense, soit pour un poste d'observation. En avant, vers le nord, les côtes abruptes, coupées à pic, rendaient ce castrum inaccessible du côté de la Belgique d'où pouvait venir le danger; de là aussi les conquérants de la Gaule pouvaient surveiller la vallée de la Meuse. En outre, le peu d'éloignement de ces quatre points fortifiés facilitait les communications de l'un avec l'autre. En avant de cette ligne de retranchements se dressaient les camps de Baalon et de la Romanette (commune de Velosnes) et plus loin à l'est celui du Titelberg  ( près de Luxembourg) et à l'ouest le camp antique de Stonne.

        Ce poste militaire, est protégé au nord, à l'est et au sud-est par des pentes abruptes et inaccessibles dont les crêtes ou arêtes sont bordées par une terrasse haute d'un mètre avec banquette de chemin de ronde. A l'extérieur, et sur les bords de cette banquette se dressent d'énormes roches que M. F. Liénart a cru grossièrement taillées; nous n'y avons reconnu aucune trace de la main des hommes: ce sont des roches naturelles qui forment la carcasse de la montagne. Il est défendu au sud-ouest par la levée de terre et le fossé dont nous avons déjà parlé.

        A part la forme carrée qu'affectaient généralement les castra romaines, tout ici rappelle bien le campement ou camp fortifié des légions de César; quant à la forme, on a dû, comme au Châtelet ou comme à Saint Germain, adopter celle toute tracée par la nature et la disposition des lieux. Les côtés accessibles du castrum étaient toujours entourés d'un retranchement (agger). Ce rempart artificiel dont les Romains entouraient leur camp ou les positions qu'ils voulaient occuper un certain temps pendant la guerre, était ordinairement comme ici une levée de terre surmontée de palissade (vallum) et protégée extérieurement  par une tranchée (fossa) qui n'était autre chose que toute l'étendue du terrain creusée pour former l'agger. Lorsque la nature du sol ne permettait pas de faire une levée de terre on avait recours à d'autres matériaux faciles à trouver: l'agger était construit d'une enceinte de troncs d'arbres qu'on remplissait de broussailles, etc …. Le sommet étant couvert par un vallum  ou palissade et une galerie de planches qui devait protéger les soldats. La palissade était formé de jeunes troncs d'arbres avec leurs branches latérales raccourcies et taillées en pointe de manière à former des sortes de chevaux de frise.

          Le puits: la cavité cylindrique indiquée plus haut ne saurait avoir été un puits bien que sa dénomination soit telle: car il aurait fallu creuser à une trop grande profondeur pour trouver une nappe d'eau. C'était plutôt, apparemment, une citerne destinée à recueillir les eaux de pluie pour servir aux besoins des troupes.

           La porte: Entre le rempart et la terrasse du sud se trouve la porte ou entrée à laquelle aboutissent deux chemins: le chemin du Châtelet descendant à Lissey et la Plate Voie qui traverse le plateau dans le sens de la longueur.

        Habituellement, chacun des quatre côtés d'un camp avait une vaste porte pour l'entrée et la sortie. La plus éloignée de la position de l'ennemi était appelée porta décumana; celle qui faisait immédiatement face à cette position, porta proetoria; les deux autres étaient porta principalis dextra et porta principalis senestra.

        Le Châtelet, d'après la configuration du terrain ne pouvait avoir qu'une seule porte ou deux tout au plus; la seconde, dans le cas ou il y en aurait eu une ne saurait être que celle venant de Lissey.

        La ligne de circonvallation: Ce n'est que vers l'ouest, par le plateau de la montagne, que les troupes du Châtelet pouvaient craindre une surprise de la part de l'ennemi; aussi est-il naturel qu'elles aient de ce côté défendu l'accès du camp, par une ligne de circonvallation établie à 500 mètres au sud-ouest du campement. Cette ligne de circonvallation, qui s'étend sur une longueur d'environ 700 mètres, est formée d'une levée de terre encore haute de plus d'un mètre, à l'extérieur de laquelle il y a un fossé de 5 à 6 mètres de large. Elle traverse tout le plateau de la montagne et présente, dans sa partie centrale, une longue ligne dont les extrémités se courbent, dans la direction du camp, d'une part, au nord, où elle arrive jusqu'au sommet de la crête, vers Bréhéville; d'autre part, au sud, vers le versant qui regarde Lissey.

        Autre témoignage de la présence gallo-romaine

          25 mai 2001 : Découverte, au Châtelet, d’une pierre, comportant des inscriptions.

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        Pour dégager quelques grumes, provenant d’arbres abattus par les tempêtes de 1999-2000, l’entreprise chargée de ces travaux, a raboté une partie de la levée de terre ou rempart, côté Bréhéville, et mis à jour une pierre comportant des inscriptions ainsi qu’une pierre plate d’une largeur d’environ 0.90 mètre et d’une longueur non déterminée (car non dégagée). Cette pierre a été récupérée par Madame JACQUEMOT du Service d’Archéologie de Metz et déposée au musée de Verdun. D'après monsieur HANCEL, du musée de la Princerie, ce serait une pierre tombale, du 2éme, 3éme siècle, après J.C., donc de l'époque romaine (pierre datée d'après les   inscriptions: D M, signifiant, en latin, Dis Manibus…Au dieu Manes).

        LE CHÂTEAU

        Cette thèse est défendue ou plutôt considérée comme évidente par JEANTIN dans son "Histoire de Monmédy et du comté de Chiny"; cependant celui-ci ne dévoile pas ses sources qui sont donc impossibles à vérifier.

        Voici ce qu'il écrit:  Ce castellum du promontoire dominateur de la jonction des Keim treviro-médiomatriciens sur la chaussée austrasienne de Rheims à Metz et qui commandait à la route de Trèves, par Jametz, par Marville, par Longuyon et par Luxembourg - et à la route de Metz par Damvillers, par Etain… Ce repaire de brigandage a été détruit par les ordres de Louis XIII en 1672. Venant de ce Merenwaldi Castellum qui des hauteurs de Lissey (lucius ad leones) planait sur la grande forêt de Wabvre, cette chaussée, de toute nécessité, arrivait sur le manoir de ces redoutables sires de Chaufour, si célèbres dans les méfaits du moyen âge et dont la puissance était telle que le dernier de ce nom put tenir tête aux citains de Metz. Ces châtelains commandaient ainsi : d'une part, au passage par le pont de la Jupsine, de l'Azenne unie au Loison, qu'il fallait franchir à Bohémont pour atteindre la villa de dessous Delut et le manoir des vieux Failly… d'autre part, au passage par le pont de la Franche Saulx, de la Thinte, qu'il fallait franchir , vers Puvillers, pour atteindre Damvillers-sous-Murault, et ramper à l'ancienne station des Romains, ad Romanas. Iunkereium anté Ramamerudis castellum était ainsi le point obligé de communication entre les trois châteaux.

        Voilà les trois repaires dont les hôtes ont, pendant cinq ou six siècles, jeté l'effroi dans la contrée: c'est le berceau de l'antique  maison du Châtelet. Avant d'être Vosgiens, ses membres avaient été Chiniens. Cette maison dont les descendants portaient le titre de Grands Chevaux de Lorraine, avait pour auteur Renaud du Castelet, fils du baron Erard Ier et époux de Jehanne comtesse de Chaufour, près de Quincy. Cette Jehanne était fille et unique héritière de Jehan de Chaufour, époux d'Alix de Deuilly, lequel mourut en 1382.

        A l'époque de la destruction du castellum de la Joncquière, les trois chastiaux étaient occupés par trois frères: Thiéry, Robert et Jacques, qui, dit-on, correspondaient ensemble par des fanaux allumés pendant la nuit.

        Renaud du Châtelet, leur ancêtre, fut le père d'Errard II, lequel épousa Alix, dame de Saint-Ullien, Cirey et Saint-Amand, en Vosges; il fut le grand-père de Pierre, époux de Anne d'Autel-Apremont. Il portait d'or, à la bande de gueules, chargée de trois fleurs de Lys, d'argent.

        Plus loin encore, en 1415: Décès de Alix du Castelet, seigneur le Lucey. La maison du Châtelet-Trichastiaux portait d'or, à la bande de gueules, chargée de trois fleurs de lys , d'argent. On verra ailleurs les rapports terriens de cette baronnie, dans les basses Wabvres, avec le cantonnement des D'Haraucourt de Remoiville, des Castelet de Mirowald, et des sires de Louppy les deux châteaux. Ces grandes maisons de la chevalerie barro-chino-lotharingienne, avaient eu des droits seigneuriaux sur Lucey, dans le principe, ainsi que les anciens Chauffour-Deuilly. Ces droits, acquis et amplifiés par des occupations violentes, elle les perdit, pour la plupart, en 1635, alors que Louis XIII, en répression des actes de résistance des trois châtelains, fit détruire les trois castelets: celui du Castelon de Bréhéville, celui du Merald de Murault et celui de Merowald, autrement dit Arimont ou Miremont, sur la rampe Lion devantDun. Leur portion terrienne, à Lucey, fut apporté dans la maison d'Orne, par Alix du Castelet, lors de son union avec Jehan d'Orne, décédé sans héritier mâle en 1415. De quenouille en quenouille, ces droits passèrent dans les maisons de Lendres-Fontois, d'Hausonville-Nettancourt, puis en 1581 à Eve du Chastelet-Trichaastiaux.

        Quant à Dom CALMET, dans sa "Notice de Lorraine" (p. 259/260) il déclare ceci:

        Vers l'an 1350, il y avait dans cette contrée deux châteaux, l'un nommé MUREAU et l'autre CASTELET, situés tous deux sur une montagne, au-dessus du village de Licey. Les seigneurs de ces deux châteaux, puissants pour lors, se faisaient une guerre perpétuelle, et tyrannisaient les habitants des environs et principalement les religieux bénédictins d'un prieuré fondé dans l'endroit même où est aujourd'hui Damvillers.

        Le prieur de ce monastère, originaire du village de VILLERS, dont il portait le nom, se plaignit de ces désordres au comte de CHINY qui était souverain du pays et qui s'était rendu sur les lieux. Le comte ayant mandé les deux seigneurs leur fit promettre de vivre en paix à l'avenir; mais à peine fut-il parti que leur haine se renouvela avec plus d'aigreur qu'auparavant, et contre leurs vassaux et contre le monastère. Le prieur ne pouvant plus résister à leurs incursions continuelles se rendit secrètement à CHINY et obtint du comte un nouvel emplacement pour l'habitation des religieux. Quelque temps après le comte de CHINY fit bâtir une citadelle à l'endroit où était l'ancien prieuré à laquelle il donna le nom du prieur. Il y mit une forte garnison et contraint par force, les seigneurs de MUREAU et de CASTELET d'abandonner le pays. Il s'empara de leurs biens qu'il réunit à son domaine.

        Autre théorie (plutôt farfelue):

        F. LIENARD, T. III, p 11, Archéologie de la Meuse, déclare la chose suivante:

        "Je ne puis résister au désir de rapporter ici, sans vouloir la commenter, une explication qui m'a été fournie, le 7 juillet 1921, sur le camp de Lissey, par un professeur en retraite, de l'enseignement secondaire: le Châtelet de Bréhéville- Lissey, n'est ni un camp antique, ni un camp romain; c'est un château-fort du moyen âge; tous les villages voisins en étaient les dépendances; leur nom en est la preuve. Le seigneur féodal résidait au château. A Ecurey, étaient les écuries. A Lissey, se trouvait la lice, champ clos pour les tournois et les courses. La basse-cour ( autrefois, la basse cour était la cour de l'enceinte basse du château, où se trouvaient les écuries et les dépendances) et la bergerie étaient à Bréhéville. C'est à Brandeville qu'on faisait le "brandevin", c'est-à-dire l'eau de vie….?"

        Autre partisan du château: En 1909, le 5 août, M. DUCHÊNE, maire de Lissey, adresse la lettre suivante à F. HOUZELLE, président de la Société des Naturalistes et Archéologues du Nord-Meusien:

        Cher Monsieur,

        Nos ouvriers, en creusant un chemin d'accès à l'enceinte du Châtelet, pour la vidange de la coupe affouagère, viennent de mettre à jour une porte d'entrée du château qui s'y trouvait autrefois.

        Ils ont trouvé le seuil de la porte avec des jambages d'un côté munis d'un crapaud en fer supportant un des battant de la porte, tout à côté, un peu à l'intérieur, se trouvait une borne de 1 mètre de hauteur sur 1m 30 de circonférence; on voit des traces de chaînes qui y étaient fixées, se rattachant sans doute à un pont-levis qu'elles soutenaient. On a trouvé en outre, des fragments de tuiles, de briques, de ciment, des cendres, des os de personnes et d'animaux.

        Le sol de cet endroit vient d'être exploité: il est à nu et on peut voir à son aise toute l'enceinte du château, les fossés des fortifications, le puit, etc.

        Si ces antiquités vous paraissent intéressantes, venez les visiter dès que vous serez libre: je me ferai un plaisir de vous y conduire. Veuillez agréer, cher Monsieur Houzelle, l'hommage de mes sentiments dévoués.

        Effectivement, l'année suivante F. Houzelle et plusieurs membres de la SNANM, se rendirent sur les lieux mais les "antiquités" mentionnées ci-dessus, ne semblent pas avoir modifié leurs opinions.

        A noter encore que dans les années 1920, l'Annuaire de la Meuse faisait mention du Châtelet comme étant un ancien château fort détruit par ordre de Richelieu, et à la fois ancien camp romain.

        Certains historiens racontent également que les pierres de la démolition, qui remonterait à 1635, auraient servi à la réparation de la cathédrale de Reims….?

           Enfin, plus probant (je viens d'en faire la découverte ce mois de novembre 2012):

          Deux indices nous confortent dans l'idée qu'il y a, bel et bien eu, jusqu'en 1637 au moins, une fortification sur le site du "Châtelet".

            Dans les "Mémoires de la Ligue", Jean de Scoffier, témoin oculaire du siège de Jametz (1588) écrit ceci:

          p. 608: "Cependant le cardinal de Vaudemont voulant empêcher les courses que l'on faisait sur la terre de Verdun et les vivres de venir à Jametz, mit garnison aux châteaux de Mangiennes, de Ville en la maison du sieur de Vandrehart, à Bréhéville et à Pilon qui sont des lieux voisins de Jametz. Ces garnisons étant logées si près se présentaient souvent à la vue de Jametz, mais se retiraient soudainement, n'exécutaient rien, seulement prirent quelques charrues aux champs.

            Or combien qu'ils eussent mis garnison tout à l'entour de Jametz, si est-ce qu'on ne laissait point de faire des courses sur leurs terres, prenant plusieurs prisonniers et faisant des grands butins. Cela fut cause que craignant que leurs garnisons ne fussent trop faibles, ils retirèrent celle de Bréhéville pour la joindre à celle de Mangiennes. Ceux de Jametz, voyant qu'elle était fort nuisible, principalement à cause des vivres qu'elles empêchaient de venir: le 18 mars, ils brûlèrent le fort qui y était. Cela fait, les vivres y venaient plus librement et avec cela , ils couraient sur la terre de leurs ennemis et avec moins de danger".

          p. 612:Cette journée apporta un tel effondrement à l'ennemi que deslors il commensa à transporter ailleurs ce qu'il avait retiré de dans les forts. Les voyants ainsi etonnez et en fuite le sieur de Schelandre fit charger les vivres et mis hors du château quelques petites pièces pour ruiner tous ces forts ,comme on avait fait celui de Bréhéville....

 Ce texte laisse donc penser qu'il y aurait eu quelques petites pièces d'artillerie.

            - Dans  sa relation du siège de Jametz, E. BIGUET, p. 65, ayant visiblement  connaissance du document ci-dessus, mentionne également Bréhéville:

            "Les châteaux-forts de Bréhéville (18 mars 1588), Ville, Pillon, Mangiennes, le fort de Brabant-sur-Meuse, tombèrent l'un après l'autre; les soldats de Shélandre firent main basse sur tous les bestiaux, graines et vins de Brabant"

            Il ne pouvait, à notre avis, y avoir un château à Lissey, un autre à Bréhéville, seul le  Châtelet existait. Selon les affinités des chroniqueurs avec tel ou tel village, c'était Lissey ou Bréhéville qui l'emportait. Vu de Jametz....

          Et encore

          Dans le Journal de Pierre VUARIN (p.56), garde-note à Etain,  nous lisons: "Le roy auroit fait advancer une armée au duché de Luxembourg, conduite par le maréchal de Chatillon, laquelle d'abord auroit pris quelques châteaux en Lorraine, comme Villoyne (Vilosnes), Lucy, Morvault (Murvaux), la ville de Chavency (Chauvency-le-château) et assiégé Yvoy (Carignan) après avoir ruiné les dits châteaux. Lucy pourrait être Lissey.

          Signalons aussi, à titre aneedotique, que l'emplacement du "Châtelet" a failli abriter une abbaye ou un couvent: c'est ce qu'affirme Jeantin dans son Histoire de Montmédy et des localités meusiennes.

 

          1135: Adalbéron de Chiny, évêque de Verdun de 1131 à 1156 fut un grand prélat. Tant de ses patrimoniaux que de la dotation primitive de son église, Adalbéron possédait avec beaucoup d'autres indivisionnaires, l'immense forêt de Mangiennes; cette forêt qui couvrait alors tout le bassin des basses Wapvres, entre l'Ornois et le Dormois. Une idée autant humanitaire que religieuse, lui vint un jour à l'esprit: c'était d'étancher ce sol couvert de marécages et d'assainir ces déserts, terrae assae, que des miasmes pestilentiels vouaient à une froide solitude et à l'infertilité. Pour ce faire, il s'adressa, d'abord aux abbés de Trois Fontaines et de la Chalade, et il leur demanda des pionniers. Ce fut sous le Castlon de Bréhéville, du lieu dit aujourd'hui le Châtelet de Lissey, qu'il essaya de les installer, le premier établissement fut même commencé, paraît-il en 1135.

 

           Mais les religieux de la Chalade n'ayant pas pu répondre à son désir, Adalberon, s'adressa à Trêves, d'où étaient partis anciennement les premiers défricheurs des terrains fangeux d'Etain, de Dampvillers, de Marville.... et Rodolphe, abbé du claustrum d'Himmerode, lui procura des ouvriers.

 

          Les dames de Saint Maur, investies de la dotation du couvent verdunois de Saint Médard et de celle de l'oratoire de Saint Jean Baptiste, où le second évêque des Claves avait été enterré, avaient à Pilon, une petite église sous l'invocation du saint évêque de Noyon. Elles avaient aussi les autels de Billy, de Villers, de Romagne, d'Orne, de Louvemont, d'Affléville, de Gondrecourt, etc.. Cette circonstance dût déterminer le prélat à transporter son oeuvre du bassin de la Tinte dans le bassin du Loison. ( Jeantin, Histoire de Montmédy et des localités meusiennes, p.1618).

 

        Alors, camp romain ou château ?

        Le meilleur moyen de le savoir serait de faire des fouilles sur place: c'est ce qui fut entrepris en 1936, par Mrs René CAZIN et Jules DUCHÊNE.

        Voici le compte rendu de leurs recherches, paru dans le bulletin de la Société des Archéologues et Naturalistes du Nord-Meusien.

        Le Châtelet: on y trouve les traces évidentes d'une installation humaine: la plus sensible est une levée de terre, haute de 10 mètres au centre, qui présente la forme d'un croissant; ce retranchement ferme l'accès de l'éperon  du côté du plateau et crée ainsi en s'appuyant sur les pentes abruptes, une vaste enceinte fortifiée. Un intéressant problème archéologique se pose donc qui a préoccupé souvent les membres de nos sociétés d'histoire locale.

        Trois solutions ont été présentées ;

        La tradition locale, s'appuyant, semble-t-il, sur le nom de " Châtelet ", qui paraît en dire long, veut qu'un château-fort ait, au temps de la féodalité, projeté son ombre redoutable sur le pays des Côtes de la Woëvre. A cela M. HOUZELLE répond qu'on ne trouve aucune trace probante du château, ni de la seigneurie de Lissey. Des recherches d'archives seraient nécessaires.

        Le Châtelet était un camp romain. Le savant archéologue Liénard, qui a visité et décrit le site, appuie cette thèse de toute son autorité et M. HOUZELLE a fait sienne cette opinion. Le mot châtelet dérive du mot latin Castellum et maint lieu de ce nom s'est révélé être un poste romain lorsqu'on y fit des fouilles. Le plus récent exemple, tout proche, est celui du Châtelet de Saint-Laurent, fouillé en 1929-1930, par MM. Delangle et Chenet. Ajoutons que l'on trouve à Lissey des débris de tuiles romaines.

        Mais peut-on négliger les néolithiques et les populations de l'âge de bronze qui, avec les Celtes, ont tant contribué à former le paysage rural français? << A chacun de nos pas écrit M. Gaston Roupnel, nous heurtons les ruines d'une campagne primitive >>.

        M. Robert Parisot, l'éminent historien de la Lorraine, nous dit: << Les prétendus camps romains que l'on rencontre en grand nombre dans la région lorraine datent en réalité des temps préhistoriques, sans que d'ailleurs on puisse toujours déterminer l'époque de leur construction … Le type le plus commun est celui de l'éperon barré >>. Parmi les nombreuses enceintes connues, M. Parisot cite celle du Châtelet de Bonneval ( Thuillères ) dans les Faucilles. L'existence de plusieurs "rideaux" parallèles, c'est-à-dire de talus de terre, sur les pentes du Châtelet, confirmerait un défrichement très ancien.

        Nous aurions donc, dans le Châtelet de Lissey, l'un des plus beaux éperons barrés de Lorraine.

        MM. Liénard et Houzelle, dans leur prudence, ont observé qu'il était nécessaire d'entreprendre des fouilles, chose difficile en raison de la présence de la forêt. Cette année, le Châtelet a été précisément dégagé par les bûcherons; le moment était donc venu d'effectuer quelques sondages et c'est le résultat de ces recherches, malheureusement trop rapides, que nous exposons ici, afin de prendre date surtout.

        Où fallait-il chercher? Liénard nous incitait à creuser sous les énormes roches, grossièrement taillées, qui forment la pointe extérieure de la côte. Nous avons pensé qu'il était préférable de sonder l'intérieur même du camp. De mémoire d'homme, on attire toujours l'attention sur deux excavations ou entonnoirs, de forme circulaire, disposées dans l'axe Est-Ouest de l'éperon. La cuvette la plus profonde, située près de la pointe, serait selon la tradition locale, l'orifice du puits de l'ancien château, l'autre cavité moins nette, est creusée à 60 mètres environ du rempart. Nous ne croyons pas qu'il s'agisse de dépressions naturelles, trait caractéristique du relief calcaire. L'espoir de découvrir la margelle d'un puits ou le fond d'une cabane néolithique nous a décidé à travailler de ce côté.

        A- Dépression de l'Ouest. Elle mesure 15 m. de diamètre et 1 m. 50 de profondeur; la pente est donc très faible. La fouille que nous avons faite, à l'époque de Pâques 1935, nous a montré, sous la couche superficielle, parcourue par un lacis de racines, un lit de pierres assez régulières, de la taille de moellons qui semble se développer tout autour de la cuvette, à 0m. 60 de la surface. Peut-être s'agit-il d'un pavage. Nous n'avons dégagé que de rare débris de tuiles épaisses.

        B- Dépression de l'Est. Elle est également à peu près circulaire; son plus grand diamètre est de 12m. 90, son plus petit 11m. 90. La profondeur maxima atteint 2m; 55. Cette cavité est bordée, à l'Est, au Sud-Est et à l'Ouest, de gros blocs de pierres, inclinés parfois légèrement vers le centre et placés sans doute par l'homme

        Les sondages ont été effectués au début de septembre 1936, en trois points:

        Sur le bord de l'Est. Très près de la surface, sous une couche de feuilles et de terreau, étaient  amoncelés des débris de tuiles, plates, larges, à rebord, épaisses de 27 à 30 millimètres, probablement d'origine romaine. Sous cet amas, nous avons découvert, à 40 centimètres, de grosse pierres.

        b)  Sur le bord Sud-Est; Nous avons dégagé une sorte de palier, de forme semi-circulaire, au sol constitué de larges roches et bordé de gros blocs; l'un de ceux-ci mesure 1m. 35 de long sur 0m. 55 d'épaisseur.

        Au fond de l'excavation. La fouille a été poussée à 1m. 10 de profondeur et son diamètre est de 0m 85. On distingue d'abord une couche de terre noirâtre, maintenue par de multiples racines: épaisse de 0m. 35, elle contenait de petites pierres calcaires, de rares débris de poterie et de tuiles et quelques os.

       Ensuite vient un lit de pierres, épais de 0m 20, fait de moellons de forme variée; quelques-unes de ces pierres, au grain très fin, présentent des angles arrondis et ont certainement été travaillées.

        Enfin à 0m 55, on atteint un gros bloc équarri grossièrement, de 0m 35 d'épaisseur, qui plonge vers le Nord-Est et repose sur un autre bloc, très puissant également. Notre impression très nette est que nous n'avons pas à faire à de la roche en place.

        Conclusion: Les recherches que nous avons commencées n'ont donc données que de faibles résultats. Nous n'avons dégagé aucune pièce susceptible de confirmer ou d'infirmer les opinions émises jusqu'à présent.

        Les observations que nous avons pu faire nous encouragent cependant à entreprendre davantage :

        En fin de compte, nous ne sommes pas plus avancés! Il est vrai que remuer la terre au moyen d'un pic, d'une pelle et d'une brouette n'est pas chose facile et limite de ce fait les investigations.

        Personnellement, je pense, et cela n'engage que moi, que le "Châtelet" fut, à la fois, un camp celte, un oppidum gallo-romain et un château-fort.

        Pour le camp celte et romain, en témoignent les restes de poteries, de tuiles romaines, ainsi qu'une pointe de flèche, trouvées sur le site par Monsieur CAZIN.

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