Les Hollandais à Lissey

Il y a vingt ans …

 

Inauguration de l'église rénovée
 

          Le 13 juillet 1986, un groupe de Hollandais pénétrait dans Lissey. Je revois encore leur entrée: en avant garde, deux cyclistes suivis du reste de la troupe, motorisée, tous ayant revêtu un tee-shirt blanc sur lequel on pouvait lire ,en bleu, " Les amis de  Lissey et Eindhoven".

          A ce moment, je réalisai avec une certaine angoisse tout ce que nous devions entreprendre. C'était, en effet, toute une organisation qu'il avait fallu mettre en place: 24 personnes devaient être logées et nourries en partie (le soir) par l'habitant ( le but pour ces hollandais était aussi d'apprendre le français ) et nous devions organiser des animations pour occuper tous ces jeunes en soirée et le week-end. De plus, si la peinture était fournie par nos hôtes, ils nous avaient donné une liste de matériels à réunir avant leur arrivée.

          Je dois dire, que dans le feu de l'action, l'appréhension disparut rapidement car la plupart des habitants du village m'apporta un soutien sans faille, chacun participant à sa façon: plusieurs familles acceptèrent de loger et nourrir jusqu'à trois ou quatre hollandais (des personnes extérieures au village (ECUREY) proposèrent également leurs services), d'autres prêtèrent leur grange, du matériel: échafaudage par un artisan de Damvillers, madriers, escabeaux, échelles, pelles, tonneaux, bennes, cordes, etc… d'autres alimentèrent une souscription afin de participer aux frais généraux, enfin la quête du dimanche d'inauguration fut affectée aux recettes. De même le comité des Fêtes apporta sa contribution en organisant des jeux de quilles, feu de camp, match de football, soirée disco, etc…

          Tous ces jeunes hollandais, plutôt exubérants, ne furent pas non plus les derniers à mettre de l'animation ( la mirabelle de Lissey aidant quelque peu ) dans le village: j'oublie certainement quelques unes de leurs facéties mais qui ne se souvient du mariage factice dans l'église de Lissey   réunissant pratiquement tous les habitants du village et ceux d'Ecurey; du chien de Monsieur Pierron peint en bleu, blanc, rouge; des faux passages cloutés mis en place, en une nuit, dans le village, ce qui me valut les foudres de la DDE; du chariot de Monsieur Rouyer que celui-ci retrouva, à son grand dam, dans la plaine; des matchs de football gagnés naturellement par Lissey; de la dextérité avec laquelle ils fabriquèrent les trophées que l'on peut encore voir dans la salle des fêtes, etc …

          Plusieurs repas, réunissant une centaine de personnes à chaque fois, furent organisés dans la salle des fêtes et particulièrement l'année suivante où le groupe vint nous présenter le résultat photographique de son passage à Lissey.

          Cette initiative fit des envieux: les maires de BUTGNEVILLE, MARTINCOURT, MOIREY demandèrent l'adresse de ces hollandais afin de leur proposer la restauration de leur église, cependant, à ma connaissance, aucune ne fut retenue. J'eus droit également aux remontrances du Conservateur Régional des Monuments Historiques qui s'inquiétait de la possible dégradation, par des bénévoles, d'objets classés "Monuments historiques". L'abbé ROUYER, heureusement tempéra les ardeurs de l'administration….

          Que reste-t-il de tout cela au bout de vingt ans? Une plaque commémorative et … quelques gouttières à la suite des tempêtes, des traces de mouches qui s'agglutinent au plafond lors de chaque automne et qui ont quelque peu entachées leur travail. Certainement une opération très avantageuse financièrement pour la commune qui permettait de parachever les travaux de couverture entrepris quelques années plus tôt.

          Le plus important, à mon sens, reste le souvenir d'un village qui sut se mobiliser pour la restauration de son église et créer des liens d'amitié inter-nationaux…. ; peut-être aussi d'un moment privilégié, trop court, qui nous a permis d'échapper à nos chicaneries habituelles, en vue d'un but commun, que, malheureusement, il serait bien difficile de renouveler.

           A noter que cette année (2005), nous avons eu la surprise et le plaisir de voir un des étudiants-artistes de Eindhoven venir présenter à sa femme, l'église et le village dont il garde lui-même un excellent souvenir.

          Ci-dessous, article que nous avons fait paraître dans la Dépêche Meusienne et L'Est Républicain du 5 août 1986

 

 

LISSEY, PREMIERE EGLISE DU NORD-MEUSIEN RESTAUREE PAR DES HOLLANDAIS

 

          Les jeunes artistes étudiants des écoles de Boxtel et de Eindhoven, nous ont depuis plusieurs années déjà, familiarisé avec la noble mission qui est la leur: la restauration d'une église par an, en France, durant la période des vacances.

          En Meuse, plusieurs églises de la région de Bar-le-Duc ont retrouvé l'éclat de leurs beaux jours grâce à ces jeunes bénévoles: Givrauval, Menaucourt, Couverpuis, etc.

          L'équipe qui travailla à Lissey, du 13 au 23 juillet, avait opéré en Normandie dans plusieurs églises: Vieux-Rouen, Richemont,etc, mais trouvait les édifices normands beaucoup trop grands.

          L'église Saint Rémi de Lissey, édifiée de 1780 à 1783, sur l'emplacement d'un ancien four banal du chapitre de Verdun, abrite plusieurs pièces de valeur classées "Monuments Historiques": l'autel majeur avec retable à baldaquin en pierre et marbre, une toile représentant le baptême de Clovis par Saint Rémi, une statue de terre cuite, polychrome, représentant la Vierge à l'enfant, un arc triomphal en bois, du 18ème siècle. Par ailleurs, sont en instance de classement, les autels latéraux situés de part et d'autre de la nef, ainsi que les retables du 18ème siècle, une statue de St-Roch située au-dessus du confessionnal.

          Endommagée en 1914-18 puis restaurée, l'église de Lissey, reprenait ces dernières années, le chemin du délabrement: de nombreuses gouttières avaient gravement détérioré l'intérieur, en particulier les autels latéraux, le plafond et la charpente du clocher. Grâce à la détermination et à l'initiative de son maire, M. Aubry-Coupard ainsi que du conseil  municipal, la toiture et une grande partie du clocher étaient restaurés en 1984; la remise en état de l'intérieur parachève ainsi l'action entreprise.

          Autels et statues eurent tôt fait de susciter les premiers soins de ces artistes bénévoles dès leur arrivée. Suivit, la toilette proprement dite du bâtiment jusque dans ses moindres détails. Tâches, trous, plâtres éclatés, peintures abîmées, tout repris l'aspect du neuf en quelques jours: une semaine à peine suffit à recréer le climat et le cadre spirituel de l'église. Une messe solennelle, avec flûtes, cors   et trompettes, où se mêlaient étroitement chants français et hollandais, clôturait, le dimanche, ces travaux.

          Les jeunes hollandais, au nombre de 23, avec l'encadrement, furent logés, selon leur désir, chez l'habitant où l'accueil fut excellent. La direction, M. Martin Heeffer, et les cadres du stage composés des professeurs Cornelis Van Der Velden et Jan Van Hoek dirigèrent de main de maître cette équipe au sein de laquelle régna une discipline de travail pendant toute la durée du séjour.

          Depuis bien longtemps Lissey (120 habitants) n'avait connu une telle effervescence. Si au début l'appréhension régnait un peu chez les habitants, rapidement l'entrain, la gentillesse de ces jeunes, déridèrent les plus réservés et créèrent un climat que le village n'est pas prêt d'oublier.

          Ce furent 10 jours de fêtes continuelles avec en particulier la prestation très appréciée d'un orchestre hollandais faisant partie de l'équipe qui travaille actuellement à Boviolles dans le sud de la Meuse. Des liens se tissèrent, et quand vint le moment du départ beaucoup avaient le cœur serré et la larme à l'œil.

          Un grand merci à ces amoureux de notre patrimoine en espérant vivement leur présence l'an prochain encore dans notre région, où les églises à restaurer ne manquent pas.

 Georges AUBRY-COUPARD

 

 

 

 

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