Lois de séparation de 1905

 

 

 

 

 

 

          Au niveau départemental

          Dans le département de la Meuse, la lutte du ministère COMBES contre les congrégations ne semble pas avoir eu de conséquences trop violentes; en revanche, la suppression des emblèmes religieux dans les lieux publics, ainsi que la réalisation des inventaires dans les églises provoquent une agitation intense.

          Pour les emblèmes accrochés dans les bâtiments judiciaires, le débat a lieu surtout au Conseil général, où M. de BENOIST, élu conservateur <<proteste énergiquement contre l'outrage, je dirais plus, contre l'attentat commis contre nos convictions religieuses {….} dans cette ville de Bar-le-Duc, par l'enlèvement du crucifix le jour du Vendredi Saint>>; mais l'opération se déroule en réalité sans problème majeur. Dans les écoles, les réactions locales sont plus variées et des incidents se produisent dans certaines communes, selon le degré d'influence respectif du curé et de l'instituteur, et les convictions personnelles du maire. Ainsi le maire de Haironville écrit-il au préfet le 11 décembre 1906: << N'attendez pas de moi que je décroche le crucifix de nos écoles communales: ma conscience s'y refuse. Ce ne serait du reste pas de la neutralité de porter atteinte ainsi aux croyances bien connues de toute une population, où il n'y a pas une âme appartenant à un culte dissident juif ou protestant. Je ne connaît pas non plus ici de secte philosophique pouvant être blessée par les emblèmes de la Religion qui a présidé à la naissance et à tous les actes de la vie de mes administrés>>. Celui de Villers-sous-Bonchamps renchérit le 18 décembre : << Les principes de mes électeurs, et ce sont tous les électeurs de ma commune sans exception, sont les miens. Nous voulons notre liberté de conscience et nous n'acceptons pas les lois et décrets dictés par les loges maçonniques, nous les répudions énergiquement et sommes décidés à combattre l'exécution de toutes ces lois qui sont aujourd'hui la perte de la France qui fut jadis une belle patrie>>. Certains maires préfèrent démissionner, comme à Cousancelles en août 1907. A Montsec, Thillombois ou Richecourt, où l'instituteur a appliqué la circulaire et décroché les emblèmes, les maires se chargent eux-mêmes de les replacer. A Emecourt (aujourd'hui Emeville-aux-Bois), un crucifix est scellé pendant les vacances de Pâques 1907 dans le mur de la remise par laquelle les enfants entrent en classe. Une manifestation de la population de Rupt-en-Woëvre en faveur des emblèmes entraîne la suspension du maire pendant un mois. Par souci d'éviter des affrontements, le préfet et l'inspecteur d'académie encouragent toutefois les instituteurs à la diplomatie, en procédant à l'enlèvement lors de travaux de réfection des classes ou pendant les vacances.

          Cependant la réalisation des inventaires au cours du mois de mars 1906 donne lieu à d'autres incidents, relatés par les percepteurs chargés de l'opération. A plusieurs reprises, ils sont accueillis par le desservant entouré du Conseil paroissial et parfois du Conseil municipal. Cette délégation lit une déclaration de protestation et refuse parfois d'ouvrir l'édifice. Dans le canton de Vigneulles, un des plus opposés à la laïcisation, le percepteur reçoit des menaces de mort. A Saint-Maurice-sous-les-Côtes, il est attendu le 8 mars 1906 par 250 manifestants et préfère rebrousser chemin, malgré la présence d'une brigade de gendarmerie.

          L'expulsion à la fin de la même année des petits et grands séminaires et de l'Evêché de Verdun sont également houleuses. Dans les deux séminaires les portes barricadées doivent être enfoncées par les gendarmes le 19 décembre. Le lendemain l'évêque quitte le palais épiscopal accompagné d'un cortège de manifestants qui crient << Vive la liberté! Vive Monseigneur! >> mais se dispersent dans le calme après la messe. En réalité, les difficultés dans l'application des réglementations en faveur de la laïcité restent minoritaires en Meuse, où elles n'entraînent aucun débordement et aucune victime, contrairement à d'autres régions ( notamment Paris, le Massif Central, le Doubs ou le Nord ).

          Les incidents, à propos des cortèges religieux ou des pavoisements (pour les fêtes de Jeanne D'Arc, de Notre-Dame des Vertus à Ligny, etc.) reprennent avec une certaine acuité juste avant la Grande Guerre, mais ne peuvent entraver la progression républicaine, un peu plus affirmée à chaque élection. La violence dans le département apparaît surtout verbale, relayée par une presse virulente (La Croix Meusienne).

 

          Au niveau communal

          Lissey n'échappe pas à l'effervescence générale provoquée par ces lois et leurs conséquences.

          Il n'est que de voir, comme le décrit l'abbé Royer, le ballet incessant des maires autour de 1905, qui passent alternativement du "rouge ou féburien" avec à leur tête un HORNARD, au "blanc ou benoiton" , mené par un RICHARD, et vice versa.

          Ma belle-mère me disait d'ailleurs qu'il y avait à Lissey, les "RICHARD blancs" et les "RICHARD rouges", ce qui se vérifie dans le récit de l'abbé Royer. Elle me disait aussi qu'il y avait des "RICHARD verts", mais je ne me rappelle plus qui était concerné par cette appellation et pourquoi ils étaient taxés de "verts". Peut-être étaient-ce des "écolos" avant l'heure….?

          Les protagonistes en venaient parfois aux mains, mais cela reste sans conséquences fâcheuses

          Marc RICHARD raconte que son grand-père Prosper, qui était maire à l'époque, reçut un jour la visite des gendarmes apportant une circulaire ordonnant au maire d'arrêter le curé en train de dire la messe. Il refusa d'obtempérer.

          Dans la droite ligne de cette anecdote, la même personne s'employa à "taguer" le mur de la mairie, à l'occasion d'une réunion électorale du député "rouge". On pouvait y lire "Ce soir grande représentation de la ménagerie du cirque Lefébure". La peinture étant de bonne qualité les traces de cette inscription persistèrent longtemps, paraît-il.

          Un jour, surgit sur la place du village, de nombreuses personnes, venant des environs, une foule vociférante, portant un mannequin représentant le baron de Benoist, candidat "blanc" à la députation et le brûlèrent, en effigie, au milieu de la place.

          Le débit de boisson, l'ancienne maison de l'abbé ROUYER, près de la mairie, servait de Q.G. aux "rouges" qui se réunissaient en catimini, dès le soir venu. Le tenancier, toujours correct semble-t-il, tenait les adversaires au courant des débats

          Comme on l'a vu un peu plus haut, l'inventaire des biens de l'église fut, également,  exécuté avec doigté de part et d'autre.

 

Inventaire des biens de l'église de Lissey

Georges AUBRY-COUPARD

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