Louis FOSSY

 

 

 

L'abbé Louis FOSSY 

 

un prêtre de Lissey et de Bréhéville,  dans la tourmente révolutionnaire. 

 

          Le curé Nicolas Louis FOSSY ( de BREVILLY ), naquit à Verdun, le 25 novembre 1745 ( jour de la St Médard ), au sein d'une famille très honorable: le père, Louis, était avocat au Parlement et sa mère Marie Nicole SAMSON, naturellement sans profession à cette époque. Il était l'aîné de 5 frères et sœurs: Anne " l'aînée", née le 20 décembre 1746, bénédictine à Juvigny; François Joseph (?), né en 1748, fut maire de Marville; Marie, née en 1750, décédée en 1829, épouse Jean-Baptiste JEANTIN. Ils donneront naissance à Jean-François Louis JEANTIN, né le 8 mai 1792, décédé le 6 novembre 1873, à Rossignol en Belgique, président du tribunal de Montmédy et auteur bien connu de nombreux ouvrages d'histoire locale de la région du Nord Meusien; Nicolas, né en 1759, mort en 1808, fut curé de Val et Chatillon, en région parisienne; enfin, Anne "la jeune", née en (?), fut également bénédictine à Juvigny.

          Une grand-tante de J-F JEANTIN, Mère Alexis Marguerite FOSSY, fut également prieure à Juvigny; en 1739  ( Les chroniques de l'Ardenne, t. II, p.144).

          L'abbé FOSSY était donc l'oncle de J.F. JEANTIN, qui en parle en ces termes, dans ses "Chroniques de L'Ardenne et des Woëpvres": << J'ai, étant écolier, et depuis l'âge de dix ans, passé toutes mes vacances chez le curé de ce village (Bréhéville) le vénérable M. FOSSY, mon oncle; et je me rappelle la terreur mystérieuse  qui s'emparait de moi, quand, au travers de la brume, je croyais entrevoir une forme blanchâtre, assise à la lisière, à l'endroit où la source s'échappe du bois. On avait entretenu ma jeune imagination et des superstitions et des peurs de nos villages >>.

          Louis FOSSY fut nommé prêtre, à Châlons, en 1770. Après 4 ans de vicariat, de 1770 à 1774, à Saint Pierre l'Angelé, à Verdun où il fut chapelain de la cathédrale, il est nommé curé de Lissey. Son premier travail fut de rebâtir l'église, située dans l'étroit cimetière. Cette église menaçait ruine. Il acheta pour le compte de la communauté de Lissey (2 juin 1779), l'emplacement du four banal aux chanoines du Chapitre de la cathédrale de Verdun. On commença les travaux dès 1780. Elle fut bénite le 13 octobre 1783, sous le patronage de l'ancien patron Saint Rémy de Reims.

          Outre Messire Nicolas- Louis FOSSY, participèrent à cette bénédiction, les abbés Jean- François CHAPIRON, diacre de la paroisse de Lissey, Pierre DUPUIS, sous diacre de la paroisse de Bréhéville, François RICHARD, maire et Claude  FALLET greffier de la commune.

          L. FOSSY a consigné le souvenir de cette cérémonie, sur les registres , en appelant les bénédictions célestes sur ses paroissiens, dans les termes qui suivent : <<Daigne le Seigneur, qui, en ce jour, a pris possession de son temple , fixer à perpétuité parmi nous la religion catholique apostolique et romaine ; maintenir dans notre paroisse la probité et les bonnes mœurs... qu'il lui plaise de veiller sur les paroissiens présents et à venir...que sa bénédiction  se fasse sentir, de siècle en siècle, sur tous ceux qui l'adoreront en cette église, mise sous la protection de la Sainte Vierge, mère de Dieu et de saint Rémy, patron de ce lieu ; ainsi soit-il>>.

          Vœu pieu, c'est le cas de le dire, car la révolution gronde. Comme la bonne moitié des curés fidèles, il refuse, en 1791, de prêter le serment à la constitution. Sa lutte avec les commissaires, sa défense, restent une des pages héroïques de cette période troublée. Il est chassé de sa cure, part en émigration (inscription sur la liste des émigrés sous le n° 4090, à la date du 5 février 1793). Ses biens furent vendus le 8 septembre 1793.

          Il revient en 1797, se cache, mais est dénoncé en 1798. Recherché par la police, il se cache plus d'un an en revenant de temps à autre pour baptiser et dire la messe en cachette. Il fallait être courageux pour vouloir revenir affronter la persécution et risquer la mort après une dénonciation ( le dénonciateur touchait, à l'époque, la somme de 100 f., l'expression: la mort cent francs, n'a pas d'autre origine). Le 11 mai 1799  (22 floréal an VII) il est arrêté, emprisonné à la prison de Bar-le-Duc où il reste 18 mois et enfin condamné à la déportation à l'île d'Oléron (8 décembre 1799). Mgr AIMOND, parle de cette arrestation dans son ouvrage " La Révolution dans la Meuse" : << au mois de mai, ils mirent la main , à Malancourt, sur un prêtre réfractaire, revenu d'émigration: Louis FOSSY, naguère curé de Lissey. FOSSY déclara qu'il n'était à Malancourt que depuis neuf  heures. Dans la maison de l'abbé qui l'hébergeait, la police trouva: un ciboire en verre rayé, de plusieurs couleurs, couvert de son voile en soie, un encensoir, un missel, une sonnette, etc...>>.

          Malade, soutenu par des pétitions pour obtenir sa libération et la radiation de la liste des émigrés, il obtint la faculté de se rendre à l'hospice de Verdun le 27 vendémiaire an IX     ( 12 octobre  1801). Quelques temps après, sous la surveillance de la municipalité il réside rue Montorgueil (ci-devant rue des Prêtres).

          Le 22 germinal an IX (12 avril 1801), le Préfet l'autorise enfin à se rendre à Lissey et Bréhéville.

          Sa radiation de la liste des émigrés ne paraît qu'en 1802 ( 11 pluviôse an X) le 31 janvier, en exécution de l'arrêté des Consuls du 28 vendémiaire an IX. Il toucha, mais beaucoup plus tard, une indemnité de 24 F, 01 de rentes accordées par la loi du 24 août 1824.

          Rentré à Lissey, il reprend son ministère de janvier 1801 à janvier 1803, jusqu'au moment de sa nomination  à la nouvelle paroisse de Bréhéville ( Ier pluviôse an XI).

          Jusqu'alors, Bréhéville n'était qu'une annexe de Lissey desservie par un vicaire de Lissey résident à Bréhéville.

          Il deviendra curé de Bréhéville jusqu'à sa mort, le 11 février 1831. Il avait 86 ans et à son actif: 29 années passées à Lissey, 29 à Bréhéville et 12 ans de luttes et de ministère clandestin. L'abbé FOSSY fut le dernier chanoine nommé avant la Révolution.

          Son neveu, J.L. JEANTIN, dit encore de lui:" C'était un prêtre exemplaire par sa piété douce, sa simplicité de mœurs, son affabilité souriante, sa charité évangélique et la sainteté de sa vie; il est enterré au milieu de quatre générations de ses paroissiens".

 

La tombe de l'abbé Fossy à Bréhéville

          Le corps repose dans le cimetière de Bréhéville. Voici l'inscription que l'on peut lire sur sa tombe et qui décrit bien son caractère: " Sa vie toute entière fut consacrée au service des autres"

          Nous avons retrouvé à la "Foire aux vieux papiers" de Bar-le-duc un fond d'archives qui aurait appartenu, au dire de l'exposant, à MR PIERROT ou ERRARD, deux éminents historiens de Montmédy et dans celui-ci, la "traduction" d'une partie des plaintes de la municipalité de Lissey et des arrêtés du directoire du district de Montmédy, à l'encontre de l'abbé FOSSY. C'est une chance, car après consultation, aux Archives de la Meuse, des dits registres relatant ces événements  , il s'avère que ceux-ci ne sont accessibles qu'à un paléographe des plus averti: ce qui n'est pas notre cas...Nous en retranscrivons intégralement le texte, ci-après:

 

          Plaintes de la municipalité de Lissey contre l'abbé Fossy

  I

          Requête ou délibération pour la municipalité de Lissey contre le Sieur Curé du dit lieu, contenant plainte contre lui parce qu'il refuse de lire au prône le décret de l'assemblée nationale.

24 novembre 1790: soit communiqué au Sieur FOSSY, curé de Lissey, pour y répondre dans 3 jours.

25 novembre 1790: Remis à M. JODIN, sous l'adresse des officiers municipaux de Lissey.

Réponse du Sieur Curé, au bas de la copie à lui notifiée par laquelle il demande l'original et refuse de répondre sur la dite copie

Arrêté du Directoire du district de Montmédy: Arrêté en marge? Vu, etc, le Directoire, a arrêté que la dite requête sera de nouveau notifiée  au Sieur Curé pour y répondre dans 3 jours.

22 décembre 1790: Renvoyé aux dits officiers municipaux.

( Pas de suite indiquée ).

( Archives de la Meuse, L 1670, n° 268, registre ).

 

  II

12 décembre 1790

Requête:

Délibération de la municipalité de Lissey contre le Sieur FOSSY, curé du dit lieu. C'est un procès verbal contre le dit sieur Curé, contenant plainte de ce qu'il a affecté de dire et répété au prône que le Roy était malheureux, etc..

15 décembre 1790

Arrêté du directoire du district de Montmédy.

Le Directoire,

Considérant que l'expression de malheureux (souligné dans le texte) Roy, employée et répétée par le Curé de Lissey dans les prônes qu'il fait dans sa paroisse, décèle une intention dangereuse pour le repos public, le dessein de se soustraire aux lois, et de chercher par des insinuations perfides à égarer le peuple et à le détourner de l'obéissance due aux décrets de l'Assemblée nationale, acceptée par le Roi. Est d'avis qu'il y a lieu d'improuver la conduite dudit Curé de Lissey, de lui faire défense d'employer désormais dans ses prônes aucune expression qui tendra à faire douter de son civisme et de son obéissance aux lois de la constitution du Royaume, de lui enjoindre d'être à l'avenir plus circonspect.

D'ordonner que l'arrêté à intervenir sera enregistré  sur le registre des délibérations de la municipalité de Lissey, signifié audit Curé, et affiché à la porte de l'église dudit lieu, à la diligence du procureur de la commune de Lissey.

28 décembre 1790

L'Assemblée étant formée, le procureur général syndic a dit:

Messieurs,

Il nous a été adressé par le procureur syndic du district de Montmédy, 2 procès verbaux, dressés par la municipalité de Lissey des 10 et 12 de ce mois, desquels il résulte que le dimanche 14 novembre dernier, le curé de Lissey, annonçant à son prône la convocation de l'assemblée générale de la commune pour le renouvellement du corps municipal, se permit d'ajouter à ses paroissiens qu'il n'était pas nécessaire qu'ils prêtassent dans cette assemblée, serment de fidélité à la constitution, parce que cette constitution n'était pas encore faite. Que le 5 décembre suivant, le même curé en invitant ses paroissiens,  suivant le rituel, à prier pour le roy, employa ces expressions: << Prions pour notre bon, auguste et malheureux roy >>. Que le mercredi 8 du même mois, fête de la commune, ce curé dit en prêchant qu'il avait appris qu'on se disposait a lui faire une sommation de lire à son prône, les décrets de l'assemblée nationale, mais qu'il n'obéirait qu'à ses supérieurs ecclésiastiques et  non à d'autres, et que l'assemblée nationale dont on voulait lui faire lire les décrets, avait surpris  la liberté et l'autorité du Roy. Que le dimanche 12 décembre suivant, le même curé, après avoir répété avec affectation: << Prions pour notre bon, auguste et malheureux Roy >>, ajouta qu'il répétait ces expressions à dessein, parce qu'il avait appris qu'on voulait lui faire un crime de les avoir employées le dimanche précédent et que véritablement le Roy était malheureux. C'est ainsi que les ennemis de la constitution veulent faire servir à leurs vues criminelles jusqu'à l' amour du peuple pour un Roy qui ne peut être heureux que de leur bonheur; c'est ainsi qu'en feignant de s'attendrir sur les prétendus malheurs d'un Roi chéri, on les excite à la rébellion contre les lois qu'il a sanctionnées; et ce sont les ministres d'une religion qui recommande par dessus tout l'obéissance aux lois qu'ils veulent nous soulever contre elles. C'est dans le temple du Dieu de paix, c'est de la chaire de vérité qu'on répand parmi les peuples des semences de discorde. Ces trames perfides se sont trop multipliés depuis quelques temps pour ne pas nous faire sentir la nécessité d'en arrêter l'effet et de contenir par quelques exemples de sévérité les séditieux qui s'en rendent journellement coupables. Et puisque le curé de Lissey se signale, entre les autres, par une profession plus ouverte de désobéissance par des insinuations plus dangereuses et par des récidives qui manifestent le dessein formel de séduire le peuple confié à ses soins, nous ne croyons pas, Messieurs, que vous puissiez vous dispenser de provoquer contre lui la sévérité des lois. C'est pourquoi en déposant sur votre bureau les procès verbaux, dressés par la municipalité de Lissey, les 10 et 12 décembre du présent mois et l'arrêté du Directoire du district de Montmédy du 15 du même mois, nous vous demandons de nous autoriser à dénoncer ou faire dénoncer en notre nom par la procureur syndic du district de Montmédy, à l'accusateur public au tribunal du dit district séant à Stenay, le curé de Lissey, comme particulier et prédicateur séditieux, cherchant à inspirer à ses paroissiens le mépris des lois et du corps législatif, à répandre parmi eux de fausses alarmes sur la situation de la liberté du Roy, d'abuser ainsi de l'amour qu'ils lui portent pour les exciter à la sédition et à la révolte, et requérir le dit accusateur public de faire informer incessamment contre le dit curé tant des faits ci-devant énoncés à sa charge que toute autre exhortation ou manœuvre s'être permise depuis, et qui tendraient au même but, et des dits faits, décréter, instruire et juger son procès dans les formes ordinaires.

Décision: Le Directoire du département, voulant user d'indulgence pour cette fois, et sans tirer à conséquence dans l'espérance que le curé de la paroisse de Lissey témoignera à l'avenir son respect pour les décrets de l'assemblée nationale, se borne à improuver (blâmer) la conduite qu'il a tenue le 14 novembre dernier, 5, 8, et 12 décembre du présent mois, lui fait défense d'employer désormais dans son prône aucunes expressions qui tendent non seulement à faire douter de son obéissance aux lois et à la constitution du royaume, mais à exciter à la révolte le peuple qu'il est chargé d'instruire, lui enjoint d'être à l'avenir plus circonspect, à peine d'être dénoncé par le procureur général syndic à l'accusateur public; ordonne que le présent arrêté sera enregistré sur le registre de la municipalité de Lissey et signifié au curé, à la diligence du procureur de la commune du dit lieu.

7 janvier 1791: Envoyé l'arrêté du Directoire du département ci-contre, au procureur de la commune de Lissey.

( Archives de la Meuse, L, 1670, n° 327, registre )

 

  III

Requête

Requête pour le Sieur FOSSY, curé de Lissey, afin de se justifier de l'inculpation faite contre lui par la municipalité sur laquelle est intervenu un arrêté du département de la Meuse le 28 décembre 1790.

10 mars 1791: soit communiqué au procureur général de la commune de Lissey pour répondre sous huitaine et joindre à sa réponse expédition des procès-verbaux dressés par la municipalité de Lissey et mentionnés en la requête.

11 mars 1791: Renvoyé au suppléant

( Aucune suite indiquée ).

( Archives de la Meuse, L 1670, n° 568, registre ).

 

  IV

Requête

Requête de Louis Fossy, ci-devant curé de Bréhéville, par laquelle il prend les qualités de curé de Lissey et Bréhéville, laquelle s'exprime en termes indécents contre les lois, afin de diminution de son don patriotique, à cause de la privation de sa cure.

18 juin 1791: Renvoyé à Louis Fossy, pour s'exprimer avec le respect du aux lois et ne prendre que les qualités qu'elles lui donnent.

18 juin 1791: Remis à Jean Pierre SELLES (?) de Lissey, porteur.

( Aucune suite indiquée )

( Archives de la Meuse, L 1670, n° 810, registre ).

 

 

                                                                                                          G. AUBRY-COUPARD

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