La Grande Guerre

         

          1914: Avril 1914 : Inauguration du ‘'Varinot'', de Damvillers à Montmédy.

           3 août 1914 : Déclaration de guerre. Août : la population fuit devant l'avance allemande.

           Marc RICHARD: mes grands parents passeront 4 ans ½ dans le sud de la Meuse. Quelques personnes resteront au village et seront déportées en Allemagne au titre de prisonniers civils. Anecdote : Deux de ces hommes attendant les Allemands, attablés et résignés, entendent soudain frapper à la porte ; s'apercevant qu'il s'agissait d'allemands, l'un des deux prend peur, saute par la fenêtre de sa chambre par derrière et s'enfuit. Des soldats allemands le voient et l'abattent. Son nom figure sur le monument aux morts, au titre des victimes civiles. Nicolas LAMOUREUX, tué le 26 août 1914. Un second déporté civil mourra de maladie en déportation. Seize jeunes hommes mobilisés seront tués au cours des quatre années de guerre.

            25 août 1914 : le 113° RI ayant reçu l'ordre de se porter vers Maison-Rouge en soutien au 313° RI, se déploie sous un violent feu d'artillerie et marche énergiquement à l'attaque, bien que depuis deux jours les hommes n'aient pu être ravitaillés. Il continue ensuite son mouvement de retraite vers Dimbley, Lissey, Ecurey, Haraumont et vient s'établir sur la rive gauche de la Meuse, face à l'E, vers Brieulles où il arrive le 27 août. Il y est rejoint par un renfort de 5 officiers et 1000 hommes qui lui permet de se reconstituer en partie

            Fin août 1914: Le chef de bataillon Guy de Cugnac fait halte à Lissey, en compagnie de ses hommes. Voici ce qu'il dit:

            " ... Je me rendis à la popote du 21ème établie dans une ferme à la sortie Ouest de Lissey. Il était près de 9 heures et le dîner de la veille était loin !

          Jusqu'à ce moment partout où nous avions été cantonnés, malgré de petits frottements inévitables entre la troupe et les habitants, nous avions toujours reçu bon accueil; mais en somme, depuis que la bataille était commencée, c'était la première nuit que nous allions passer chez l'habitant puisque les trois nuits précédentes nous avions couché sur le terrain. Après ces trois jours de retraite nous rencontrâmes un accueil beaucoup moins confiant; épouvantés par les succès allemands, la plupart des habitants avaient fui, et ceux qui restaient se demandaient non sans anxiété quel allait être leur sort; pour eux nous étions des vaincus et déjà leur grosse préoccupation était de conserver leurs provisions et d'éviter de se compromettre.

          A mon arrivée à la ferme occupée par le 21ème , le capitaine me rendit compte que nos hôtes avaient tenu des propos fort désobligeants disant que les Français étaient incapables de résister aux Allemands; qu'il aurait mieux valu ne pas faire la guerre, etc. Je voulus faire comparaître l'auteur de ces propos malsonnants, mais il s'était esquivé et il était visible que toute la maison était de complicité avec lui.

          Je ne pus que rencontrer les femmes qui prononçaient des mots indistincts et je ne pus que leur conseiller de faire attention à elles si elles ne voulaient que je les fisses arrêter et conduire à la prévôté. On se tut mais il était visible qu'on avait grande hâte d'être débarrassés de nous et qu'il ne fallait compter sur aucune obligeance.

          Rien n'est pénible pour un soldat comme de se heurter ainsi à l'hostilité sournoise de ceux pour la défense desquels on est prêt à verser son sang. Il faut beaucoup de patience et de philosophie pour comprendre qu'au fond ces paysans étaient excusables: l'armée a pour mission d'arrêter l'ennemi et de garantir le territoire; si elle n'est pas capable de remplir cette mission elle n'a plus de raison d'être; mais ces pauvres gens ne remontaient pas aux causes de cette infériorité et ils rejetaient sur l'armée une responsabilité qui incombait surtout au gouvernement et aux politiciens qui depuis vingt ans avaient négligé de munir l'armée des moyens d'action les plus indispensables et qui en même temps n'avaient pas voulu prendre garde aux intrigues allemandes dans toute la Lorraine.

          En somme leurs reproches n'étaient pas sans fondements: le paysan paie des impôts pour assurer son indépendance et sa sécurité, il se soumet au service militaire malgré la gêne que cela lui cause, c'est aux dirigeants à assurer le bon emploi de ces ressources et de ces dévouements." (Souvenirs de la campagne 1914 au Nord et à l'Ouest de Verdun par le chef de bataillon Guy de Cugnac)

          Fin août-début septembre 1914. Madame Putiot, institutrice à Jametz, évacue son village devant l'avance ennemie. A Vilosnes, elle refuse d'aller plus loin et revient vers Jametz en passant par Lissey: "Nous restâmes quelques jours à Vilosnes, puis ayant pu obtenir un laisser-passer pour revenir à Jametz, nous revinmes à pied de Vilosnes à Lissey d'abord et de Lissey à Jametz. Quel voyage ! Sur les routes poussièreuses gisaient des chevaux morts, de gros quartiers de viande de boeuf en putréfaction, etc, etc. Entre Ecurey et Lissey, on voyait des camps où avaient logé les ennemis. Là, ils avaient transporté une partie du mobilier des civils: literie, tables, vaisselles, marmites, étaient épars dans les prés". (Les institeurs meusiens témoins de l'occupation allemande en (1914-1918)

          Novembre 1914 : Vers la fin du mois, les allemands, étant à la chasse, trouvent MM. Antoine ARTHUR, instituteur à ECUREY, Camille HERBILLON, du même lieu, et un avoué de Stenay, qui parlait allemand, dans les caves du bois de LISSEY. Ils s'étaient sauvés après la capitulation  de Montmédy et s'étaient cachés de peur d'être fusillés. Ils y sont restés trois mois. Ils buvaient de l'eau et se nourrissaient de pommes de terre et de haricots qu'ils pouvaient prendre, en cachette, la nuit, dans les champs. ( Raconté par Raymond SOREL de ECUREY).

          Décembre 1914: Du Lager Grafenwohr, Bavière, (Allemagne), Constant SIROT écrit à ses parents: Je suis parti depuis le 19 septembre comme prisonnier civil. Nous sommes sept de Lissey: Vital ROUYER, Leon RICHARD, Théotime PATOCHE, Isaïe RICHARD, Delzédar BON, Léon FALLET, Constant SIROT. ( La vie en Lorraine. Décembre 1914, p. 254. Publié par René MERCIER)

          1915: Mars 1915 : Maman et ma tante vont à LISSEY, avec un laissez-passer, et vont dans une maison où toutes les femmes de LISSEY étaient en pleurs parce que les Saxons leur avaient dit à 10 h du matin qu'elles partiraient de LISSEY. Ma tante faillit tomber évanouie et en revenant avec maman, elles étaient bien suffoquées, croyant que ECUREY serait évacué.( Raymond SOREL).

          18 mars 1915: ( Le Bulletin Meusien du) On nous écrit:

          Mr Richard Théotime de Lissey, canton de Damvillers, réfugié avec sa famille à Salmagne par Nançois-le-Petit (Meuse) nous communique la relation suivante de son beau-père, maire de Lissey, ancien prisonnier en Allemagne, rapatrié en France, à Gonfaron (Var).

             Je suis resté à Lissey du 26 août au 27 septembre avec les Allemands. Vous dire combien de peines et de privations j'ai eu à subir de ces barbares, c'est incroyable.

            Comme maire, ne pouvant leur donner ce qu'ils demandaient, puisqu'il n'y avait rien au pays, ils m'ont pris comme otage.

            Le 27 août, ils ont pillé ma maison complètement, ils me donnaient comme nourriture (et quelle nourriture) ce qu'ils voulaient. Tous les jours j'allais prendre le café chez Octavie Hornard, car je vous dirai que les maisons qui n'étaient pas évacuées, jusqu'à mon départ pour l'Allemagne n'étaient pas trop pillées, mais depuis que reste-t-il, depuis que s'est-il passé, l'avenir nous le dira.

            Votre maison a été aussi saccagée. Vos literies que vous aviez mises dans votre cave, ont été piétinées et souillées, pendule, machine à coudre, meubles, vaisselle, tout a été brisé. Je ne pouvais plus aller chez vous sans verser de larmes en pensant à vous, mes chers exilés, et ne sachant où vous étiez réfugiés.

            La maison Richard Richard, ainsi que celle de Duchêne, Richard Féreol, Rouyer Charles, Richard Prosper pour ne citer que celles-là, ont subi le même sort; dans celle de Richard Vital, tout le mobilier a été jeté dehors.

            Quand j'ai quitté le pays, il restait au village la famille Dupuy, Quintalet, Hornard Pierre et sa femme, Hornard Théotime, Juppin, Harque et sa femme, Désaux Eugène, Denef Emile, le vieux Désiré; Lamoureux Nicolas a été tué en voulant se sauver, Bernard Prosperest mort faute de soins. Le 27 septembre au matin, j'ai été emmené au poste qui se trouvait dans la vielle maison de Mr Genin, n'ayant pu dire adieu ou au revoir à mes malheureux concitoyens, et emmené, entre deux soldat, baïonnette au canon, à Ecurey, devant le général qui logeait chez Mr Moignard percepteur: j'étais accusé d'avoir tiré sur les Allemands et condamné a être fusillé, mais ayant reconnus mon innocence, on me dirigea vers Merles, toujours escorté par deux Boches. J'y suis resté deux jours, de là à Saint-Laurent, encore deux jours, et pendant ce temps quelle nourriture ! Ensuite à Longuyon où je suis resté trois semaines, puis à Darmstadt.

            Après une dure captivité, nous sommes rentrés en France, en passant par la Suisse, au son de la Marseillaise. Quelle joie et quel bonheur nous avons ressenti, nous voyant délivré de ces cruels et barbares boches.

          2 novembre 1915 : Visite des troupes, à ECUREY, par le roi des Saxons, à 2 h du soir, à la petite Lissey (R. SOREL)

          6 novembre 1915 : Mort du capitaine..... ? ?, ancien commandant d'ECUREY, à LISSEY, à 7 h du matin ( R. SOREL).

          1916:Juillet 1916 : La maison La DROITTE a reçu une bombe d'aéroplane qui est tombée dans la nuit du 29 au 30 juillet : 2 soldats et un cheval ont été blessés.( R. SOREL)

 

          1917:18 septembre 1917 : Le dépôt de munitions qui se trouvait placé en dessous de LISSEY vient d'exploser à 2h de l'après-midi. Heureusement, malgré la détonation épouvantable, il n'y a pas eu beaucoup de dégâts. Chez nous, le déplacement d'air a enlevé le plâtras haut de la flamande de la cuisine. (R. SOREL).

          1918: 25 janvier 1918 : Les jeunes gens sont forcés d'aller travailler à la culture, à LISSEY, tous les jours : le matin de 8h à 12 h et le soir de 14h à 18h, à partir du 25 janvier.(R. SOREL)

          1er mai 1918 : Reçu de la Kommandantur de LISSEY, la somme de 44 francs pour le paiement du mois d'avril ( R. SOREL).

          1er juin 1918 : Reçu de la Kommandantur de LISSEY, la somme de 47 francs pour le paiement du mois de mai. Reçu à LISSEY à 2h du soir..(R. SOREL)

          2 juin 1918 : Mademoiselle Marie WATELET est obligée de travailler à LISSEY pour quelques jours avec les jeunes gens ainsi que PERIGNON Francine. Elles travailleront les après-midi. ( R. SOREL).

          29 septembre 1918 : Nous avons été travailler à la batterie, l'après-midi, à 14h, à côté de la gare de LISSEY. Vers 16h le bombardement a commencé , en tombant tout autour de nous. Toute la nuit a eu lieu le bombardement. Nous étions dans les caves. Cette fois les bombes tombaient dans le village, à côté de la poste, de la baraque électrique, Soldatheim, chez Mme ANDRE. Chez nous un éclat d'obus a passé par la fenêtre sans faire aucun dégât.(R. SOREL).

          6 Octobre 1918 : Les villages d'ECUREY, LISSEY, BREHEVILLE, BRANDEVILLE, PEUVILLERS, sont évacués à cause des bombardements.( R.SOREL) Par chariot, par train, les habitants de ces villages furent dirigés vers ARLON ( Couvreux), en Belgique

          8 novembre 1918 : Venant de Haraumont, arrivée du XVIIe corps français et ses auxiliaires américains à ECUREY, LISSEY, etc..

          12 novembre 1918 : L'abbé HANCE, natif de Ecurey, curé de FROMEREVILLE, se rend de ce dernier village à ECUREY et DAMVILLERS, en passant par CONSENVOYE, SIVRY, HARAUMONT. Il nous renseigne très bien  sur l'état des lieux juste au lendemain de l'armistice.

          <<Nous gravissons la côte entre les lignes de tranchées : HARAUMONT n'a plus que sa maison commune bien abîmée et son église sans clocher, mais dont l'intérieur intact sert de bureau américain. C'est la dure montée de la côte de Ecurey dans la boue. Le sol est bouleversé par les obus. Des canons ennemis, des mitrailleuses indiquent la fuite précipitée de l'ennemi.

          Ce n'est pas sans émotion que nous apercevons du haut de la Chalade le clocher du pays natal : ECUREY.Les belles forêts sont dépouillées de leur futaies. Les pittoresques roches du vieux chemin ont disparu. Des baraquements remplissent la gorge profonde des Aunes

                                                                                                                     

 
Les rochers de la vieille Chalade à Ecurey   Baraquements allemands dans le ravin des Aunes

                  

          Au village, plus de civils, mais la plupart des maisons sont intactes. ECUREY semble avoir été le siège d'un quartier général ( le presbytère devint un bureau d'Etat Major ). Devant plusieurs maisons des jardinets sont établis.
Les maisons BENJAMIN, AUBRY, TURBA, et voisins Alfred MASSON sont rasées ; d'autres ont été frappées dans la matinée du 11. Telle la maison Gustave HERBILLON, LARDENOIS, Eugène WUILLAUME, JOFFIN et d'autres sans doute. Les maisons PECHENARD et LA DROITTE et le clocher l'ont été plus tôt.

          L'église n'a pas souffert, elle a gardé toute sa décoration. Les écoles et le presbytère sont préservés . En résumé, le village est habitable, mais dégarni de tout meuble.

          Durant la matinée du 11, de 9 h à 11 h, les boches bombardèrent sans interruption le village, labourant une partie du cimetière, brisant le grand vitrail de l'église, mutilant les maisons, mais surtout tuant un aumônier catholique américain et trois soldats français. Les habitants décédés depuis l'occupation ennemie ont leurs tombes surmontées d'une croix avec inscription bien lisible.

          Un train de munitions était resté en gare près de HAYE-MOULIN. Dans la matinée du 11 les boches tentèrent de le faire sauter, vers 10 heures. Les trois soldats tombèrent sous les balles de nos coloniaux. Près de 700 tombes allemandes emplissent le cimetière communal et un autre établi à côté.

          L'église de LISSEY servait de cantonnement. Les couchettes y sont encore, le village paraît en bon état. Trois camps de prisonniers sont établis entre LISSEY et ECUREY. Les boches comptaient bien rester au pays, car trois ou quatre hectares de blé sont ensemencés près de la croix verte en dessous des vignes qui elles, sont toutes incultes.

          Une route monte vers le Crochet à travers le Charmel vers REVILLE..........>>.

( Paru dans le n° 73 du Petit Journal de BRABANT-sur-MEUSE et ses Voisins ).

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