SIROT Basile

 SIROT Basile

 

 

          Le funeste destin d'un enfant de Lissey

par Marc RICHARD

 

          29 août 1914, depuis plus de trois semaines la France et l'Allemagne sont en guerre et déjà les troupes allemandes ont pénétré profondément à l'intérieur des frontières. En ce jour d'août la plaine de Brandeville fut le théâtre d'une véritable tuerie: l'anéantissement total de la garnison de Montmédy. Celle-ci constituée pour la plupart de réservistes de la région et forte d'un peu plus de deux mille hommes n'était pas en mesure de défendre la place et l'ordre d'évacuation, venu semble-t-il du QG de Verdun, est arrivé trop tard alors que les allemands étaient déjà au pied des côtes de Meuse. Lissey fut occupé dès le 26 août ; la plupart des civils étaient partis, seuls restaient quelques hommes non mobilisables.

          Après avoir détruit les quelques installations militaires la troupe se mit en route le 27 au soir. Première difficulté, le franchissement de la Chiers qui se fit par la passerelle du chemin de fer reliant alors Montmédy à Verdun. Là un temps précieux fut perdu du à l'étroitesse de la passerelle. La troupe devait continuer sur la voie ferrée jusqu'à Han-les-Juvigny , avant le passage du Loison où plusieurs hommes se sont noyés. Puis ce fut la traversée de la forêt de la Woëvre qui prit deux nuits et un jour avant de déboucher sur le territoire de Brandeville, mais hélas les allemands étaient déjà sur place et le combat s'engagea. Les français furent rapidement décimés pas les mitrailleuses, l'affaire fut réglée en quelques heures. Plusieurs centaines de tués jonchaient le sol qui reposent aujourd'hui dans une fosse commune au bord de la route à la sortie du village. Cet événement fait l'objet, tous les ans, d'une commémoration fervente en présence de personnalités officielles. Si des deux cotés les pertes furent sévères ceux qui en réchappèrent cotés français furent faits prisonniers, cependant quelques soldats passèrent à travers les mailles du filet. Dans mon enfance j'ai entendu des récits de certains rescapés, en particulier celui de Gaston Vaudois de Delut qui blessé d'une balle dans la cuisse erra deux jours durant dans les bois avant d'être fait prisonnier.

          Je reviens sur les quelques soldats qui réussirent à s'échapper, en particulier un enfant de Lissey : Basile SIROT, ainsi que deux d'Ecurey, Camille HERBILLON et Arthur ANTOINE et un avoué de Stenay qui parlait allemand. Etaient-ils ensemble ? On peut l'imaginer. Ils gagnèrent les Bois Hauts de Lissey et à la faveur de l'obscurité, Basile pénétra dans la demeure de son frère qui était un de ces hommes restés au village et dont je fais mention plus haut. Après s'être restauré, avoir repris des forces il disparut et poursuivit sa fuite éperdue par monts et par vaux à travers les bois et réussit ainsi à gagner Verdun. Quant aux trois autres ils restèrent cachés dans les bois, s'abritant dans une cavité d'une très ancienne carrière, se nourrissant de légumes pris dans les jardins la nuit et cela dura trois mois. Ils finirent par se faire capturer par les allemands, lors d'une partie de chasse. Pourquoi n'ont-ils pas fui comme Basile SIROT ? Peut-être espéraient-ils une contre attaque française venant les libérer en reprenant le terrain perdu. Vu l'extrême précarité de leur condition leur capture  aurait peut-être été la solution la moins mauvaise. Qu'advint-il d'eux ensuite ? A ma connaissance, il n'y a pas d'archives à ce sujet comme ce qui a trait de près ou de loin  à cette bataille de Brandeville. Le silence embarrassé des autorités, au fil du temps, est devenu de l'indifférence.

          ( En ce qui concerne Camille HERBILLON nous avons contacté madame Simone DELEANI d'Ecurey, qui est sa petite fille. Celle-ci a bien voulu nous communiquer les renseignements suivants : Sur Camille HERBILLON, il m'est possible de donner quelques informations. Il avait pris pour épouse Julia VINCENT, d'Ecurey, elle aussi. En 1904, ils eurent une fille, Odette, qui épousa en 1927, un Ariégeois, Jean NIGOUL. Je suis leur fille, et donc la petite fille de Camille HERBILLON. Ma mère m'a souvent parlé de son père, qu'elle avait connu durant dix années et dont elle gardait un souvenir émerveillé . Ma grand-mère avait conservé longtemps le courrier qu'elle recevait de son mari depuis Limburg, en Allemagne, où il était prisonnier. Un jour elle décida de brûler toutes les lettres, car elles faisaient pleurer ma mère à chaque fois qu'elle les relisait. Ma mère lui en a beaucoup voulu. Elle a pu toutefois me dire que son père s'y plaignait des conditions difficiles de sa captivité et réclamait l'envoi de victuailles, notamment de tablettes de chocolat. Au cours des mois humides et froids passés dans la carrière des Bois Hauts de Lissey, il avait contracté une maladie pulmonaire qui l'emporta, trois mois après sa capture, en mars 1915 (Simone DELEANI, née NIGOUL)).

          Quant à notre fugitif, je n'ai malheureusement pas d'éléments qui pourraient rendre cette partie du récit plus complète mais probablement il du faire une démarche au quartier général et loin d'être chaleureux, l'accueil dû être particulièrement glacial puisqu'il s'est vu accusé d'abandon de poste devant l'ennemi et emprisonné. C'était sans compter sur la bêtise et l'imbécilité de la hiérarchie militaire qui faisait porter à de pauvres lampistes la responsabilité de l'incurie du haut commandement et au demeurant cette faute pouvait être passible de la peine capitale. Emprisonné combien de temps, je ne sais, toujours est-il qu'il devait décéder le 27 novembre 1914. Les causes ? On peut tout imaginer : la rigueur de la détention, les mauvais traitements, le manque de soins ou tout à la fois. Son nom reste gravé dans le granit du monument aux morts, au côté d'autres enfants du village, morts pour la France. Dans ma jeunesse, ce n'est que par quelques bribes entendues çà et là que j'ai pu reconstituer aujourd'hui approximativement le parcours peu commun de ce garçon. Les anciens combattants faisant peu état du cas de cet homme. Pour autant, pour scandaleux que nous semble être aujourd'hui ce genre d'événement il faut se reporter à l'époque. Nous étions au début de la guerre et la préoccupation première était tout d'abord la défense du territoire et les aventures individuelles prenaient peu de place dans le contexte général. Mourir au combat était plus glorieux que de mourir de maladie en prison...

 

          Voici ce qu'écrit, sur ces événements, le capitaine de réserve JULLIAC de la garnison de Montmédy dans un récit paru en 1925.

          Une vingtaine d'hommes et le médecin-major du 45e  territorial purent seuls franchir les lignes allemandes et arriver à Verdun où le récit de leur marche laissa longtemps parmi les autorités militaires un soupçon d'incrédulité.

          Il y a aussi quelques isolés qui pendant cette même marche ont profité de la nuit pour se séparer de leur unité et tenter isolément la traversée des lignes ennemies. Cette initiative de leur part ne fut peut-être pas entièrement conforme à la discipline militaire mais nous devons les excuser eu égard au but qu'ils se proposaient d'atteindre.

          Quant à ceux qui ont réussi à gagner Verdun après le combat, soit isolément, soit par petits groupes, ils sont peu nombreux, mais se sont des héros qui bravant les fatigues et les privations ont surmonté toutes les difficultés pour rejoindre les unités combattantes. Devant eux nous nous inclinons car leur vaillance ne fut pas appréciée en haut lieu.

         Après autant d'années, ne serait-il pas venu le temps de réhabiliter la mémoire de ces soldats disparus dans l'anonymat voir l'ingratitude de la nation.

 

          Pour le prolongement de mon récit et dans le même ordre d'idée, ci-après la reproduction de deux actes de décès de deux officiers français fusillés pour l'exemple, pour abandon de poste devant l'ennemi,  le 11 juin 1916 à Fleury et finalement réhabilités : une plaque commémorative à été inaugurée récemment (article ER du 5 novembre 2009).

 

                                                                                                                                                                Marc RICHARD

 

 

Sirot basile img 29 10 2006 Paul basile sirot
SIROT Basile, GONTIER Marcelline Faubourg Pavé-Verdun Paul Basile SIROT

 

« Quelques dates dans la courte vie de Paul Basile SIROT :

           Né à Lissey le 3 janvier 1879, dans une famille de vignerons, fils de Jules Rémy Hubert SIROT ( 1839 – 1883 ) et de Marie Constance BERNARD ( 1846 – 1931 ), il avait 6 frères et sœurs dont il était l’avant-dernier et 4 demi-frères et demi-sœurs ( famille ASCELEPIADE ).

          Vigneron, il épouse à Lissey, le 29-11-1905, Marcelline GONTIER ( 1888 – 1942 ), fille de Aimé Joseph Corneille GONTIER, tuilier à la Bergerie et de Marguerite LATARSE ( 1857 - ? ) originaire de Bréheville .

           Ils auront un fils Pierre René, né en 1912 à Joeuf (54) . Basile est alors ouvrier aux Forges de Wendel de Joeuf ainsi que ses frères Arsène Sirot et Lucien Ascélépiade ( témoins sur l’acte de naissance de Pierre René )

          Quand «  il meurt pour La France » le 27 novembre 1914 à Verdun, il a 35 ans et laisse une veuve et un petit garçon de 2 ans , pupille de la Nation.

          Dans la famille on disait que Basile était décédé d’une maladie contractée en service commandé et consécutive à la traversée d’une rivière ?

          S’il avait survécu le destin de sa descendance eut été bien différent !

          Paix à son âme .

          Sa petite fille: Michèle SIROT

 

 

 

 

Commentaires (2)

1. Rouyer Bernard 01/11/2011

En parcourant un forum de discussions au sujet des Monuments Aux Morts, je trouve ceci :

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Posté le 19-11-2008 à 2249 profilanswer
Bonsoir
Sauf erreur de ma part, la commune d'Avioth, dans la Meuse, n'a pas de monument aux morts.
Un seul de ses habitants est mort à la guerre mais comme les habitants ont considéré que c'était en fuyant (il faisait partie de la garnison de la citadelle de Montmédy qui a évacué celle-ci sur ordre et a été décimée puis prisonnière, mais ce combat n'a été connu que bien après la guerre), il n'a pas eu de monument.
Ce n'est qu'il y a deux ans qu'une plaque à son nom a été placée.
Bonne soirée
José
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Je comprends alors que tous les fantasmes, tous les ricanements, toutes les hypothèses et même les pires y soient allées de bon train à l'époque. Mais qu'on se le dise, Basile Sirot est décédé de maladie contractée en service commandé (fièvre typhoïde) à l'hôpital temporaire de Verdun. Le statut de "Mort pour la France" lui a été accordé immédiatement... ce qui n'est peut-être pas le cas de ceux qui ont disparu à Brandeville.

2. Mousset 11/06/2013

Pas certain, mais il me semble d'après qqs recherches généalogiques que ce Basile décédé en 1914 soit le frère de mon arrière grand père, Nicolas Arsène Sirot, né en 1872, également enfant de Lissey. Dommage que le récit de Marc Richard ne soit pas complet car je constate qu'il a été hebergé chez l'un de ses freres resté au village et cité "plus haut" dans son récit ... lequel, cela reste un mystère.

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