Une famille d'Ecurey en 14/18

VIE  D'UNE  FAMILLE

   Restée en pays occupé pendant la guerre franco-allemande en 1914-1918

                      

  par Raymond SOREL d'Ecurey-en-Verdunois

(Reproduit en 1921 par Raymond SOREL, à partir d'un manuscrit rédigé par son père durant la période 1914/1918)

 

Capture raymond sorel1-SIMONIN Auguste; 2-TROUSLARD Vital; 3-ANDRE Lucien; 4-PERIGNON Gabriel; 5-SIMONIN Lucien; 6-RICHARD Paul; 7-GENIN Henri (Lissey); 8-SOREL Raymond (facteur); 9-CAPARD Charles; 10-LAMBERT Lucien; 11-FALET Georges; 12-SAINT-VANNE (garde champêtre); 13-SAINT-VANNE; 14-HENRY Paul; 15-BARBERI Louis; 16-COSTESEC Pierre; 17 ?

          Année 1914

          Ier Août

          Mobilisation partielle de la France. Georges est parti le samedi Ier août à 11 h du matin ainsi que les autres jeunes gens d'Ecurey.

          2 Août

          Mobilisation entière de la France

          5 Août

          Lecture de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France. (Gros pleurs).

          25 Août

          Nous évacuons le village d'Ecurey, le mardi 25 août à 4 heures de l'après-midi. Nous allons à Vilosnes chez mon oncle pour nous mettre à l'abri croyant que la bataille aurait lieu dans notre village et croyant pouvoir nous en retourner ensuite chez nous.

          26 Août

          Les Allemands arrivèrent à Ecurey le 26 au matin. La nuit précédente nous l'avons passé encore tranquille.

          27 Août

          Mon grand'père LEPINE est mort de maladie d'urine dans la petite maison de mon oncle Isidore, le jeudi 27 à 11 h du matin à l'âge de 85 ans, après avoir reçu les derniers sacrements administrés par le curé de Vilosnes. Nous l'avons enterré le lendemain à 11 h du matin avec la dernière messe que le curé de Vilosnes a pu dire avant la bataille. Aussitôt après l'enterrement, après quelques heures, la bataille commençait vers 3 h et demi de l'après-midi. Le bombardement dura 75 h à cause du passage de la Meuse. Nous étions dans les caves du château pour nous mettre à l'abri. La dernière nuit du bombardement nous l'avons passé dans la cuisine de mon oncle. Les mitrailleurs étaient à 2 m de nous (???) se croisaient au-dessus de la maison prête à tomber. Quand nous étions dans la cave de mon oncle, une bombe est tombée et des éclats sont venus frapper la trappe de la cave. Nous avons eu peur. Les dernières bombes tombèrent le troisième jour jusqu'à 10 h du soir quand l'armée allemande passa la Meuse. Aussitôt arrivés les Allemands firent prisonniers tous les hommes de Vilosnes, à la mairie, pendant une nuit, en les menaçant continuellement d'être fusillés. Papa en était du nombre, moi j'ai eu la chance, pour bien dire je ne tenais plus debout, ils m'ont laissé à la maison.

          5 Septembre

          Aussitôt que le plus gros de l'armée allemande fut passée, nous nous sommes arrangés pour tâcher de retourner à Ecurey avec un laissez-passer au nom du général allemand. Alors le 3 septembre, nous repartons avec un laissez-passer dont voici le texte: "J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance pour 3 personnes, SOREL Pierre 64 ans, madame et SOREL Raymond, 14 ans, pour se rendre à Ecurey, lieu de leur domicile. Sont venus à Vilosnes pour les obsèques de leur père décédé le 27 août dernier.

          13 Septembre

          Nous étions heureux de retourner au village, malheureusement endommagé, mais le pillage y était fréquent. Nous allons chez ma tante Willemin qui avait eu la bonne idée de revenir avant nous pour voir ce qu'il en était chez elle et chez nous. Nous mettons notre maison en ordre pour loger un officier afin de la préserver.

          La route de Paris est barrée aux Allemands à la Marne par l'armée française. Leur retraite est forcée.

          Quand la maison a été remise en ordre nous logeâmes un major avec son aide, un lieutenant. Nous avons logé ensuite le capitaine Deguenste du 13 septembre au 18 qui a dû fire place pour un officier de l'Etat-Major du général von Gündell du 5ème corps d'armée qui ont été forcés de quitter Damvillers à cause du violent bombardement.

          Septembre

          L'Etat-Major de Gündell arrive à Ecurey à 6 heures du soir. Le capitaine Deguenste avant de partir avait fait retenir sa chambre pour son ami le baron de Borin qui nous a laissé au village nous deux papa.

          19 Septembre

          Les hommes d'Ecurey (25) sont faits prisonniers civils par ordre du général de Gündell. Ils furent chassés de leur village et furent emmenés en Allemagne. Mes oncles Prosper et Henri partirent malgré leur grand âge. Mais comme les allemands ont laissé papa au village, ils l'ont sommé de remplir les fonctions de maire afin de leur servir d'intermédiaire entre eux et les civils d'Ecurey.

          Décembre

          Incendie terrible à la maison Lemoine. La grange a été totalement détruite. Le corps du logis a été très abîmé.

          Vers la fin du mois de novembre 1914, les Allemands, étant à la chasse ont trouvé MM Antoine ARTUR, instituteur à Ecurey, Camille HERBILLON du même lieu et un avoué de Stenay qui parlaient allemand, dfans les caves du bois de Lissey. Ils s'étaient sauvés après la capitulation de Montmédy et s'étaient cachés de peur d'être fusillés. Ils y sont restés 3 mois. Ils buvaient de l'eau et se nourrissaient de pommes de terre et de haricots qu'ils pouvaient prendre en cachette, la nuit, dans les champs. Quand ils ont été pris par les allemand, ils devaient naturellement être délivrés.

          Année 1915

          Janvier

          Ma tante Willemin a pris Germain Bar... en pension pour conduire les vaches en pâture.

          3 Février

          Les Allemands sonnèrent pour la première fois nos cloches pour annoncer la nouvelle de 100 000 prisonniers russes capturés par eux.

          Mars

          100 soldats français ont séjourné dans notre église. C'étaient des soldats du 165ème RI, régiment de Georges. Comme les Allemands permettaient d'aller les voir, sa tante est allée pour avoir des nouvelles. Elle a demandé aux soldats après Georges Willemin. Ils lui ont répondu qu'ils ne le connaissaient pas. Un caporal enfin lui dit: " Ne vous faites pas de bile Madame, votre fils est en bonne santé, je lui ait serré la main il y a 3 jours".

          La chère tante est revenue toute émotionnée, pleurant de joie sachant que son fils chéri était toujours en vie et qu'il n'avait pas encore été blessé.

          Mars

          Maman et ma tante vont à Lissey avec un laissez-passer et vont dans une maison où toutes les femmes de Lissey étaient en pleurs parce que les Saxons leurs avaient dit à 10 h du matin qu'elles partiraient de Lissey. Ma tante a failli tomber évanouie et en revenant avec Maman, elles étaient bien suffoquées, croyant qu'Ecurey serait évacué.

          19 Mars

          Madame Guillaume de Fresnes-en-Woëvre et réfugiée à Ecurey a un 3° nouveau-né. C'est un garçon. Il est né en présence du docteur allemand Sasse, de madame Henri et de maman, à Ecurey, à 10 h du matin. Il s'appellera Alfred comme son parrain le docteur et mamann sera sa marraine.

          26 Mars

          Les gens des pays environnants sont évacués de leurs maisons et expédiés en France par la Suisse.

          30 Mars

          La famille BORRE est chassée d'Ecurey à cause qu'elle s'était mise plusieurs fois en état de soulographie, excepté Germain qui reste. Ils sont prisonniers et vont en Allemagne. A Ecurey, les habitants ne seront pas évacués, récompensés par le général Gündell à cause de la population qui s'est montrée très sage envers l'armée allemande.

          Lemême jour, les Allemands ont retrouvé 4 prisonniers russes qui s'étaient évadés de ?? et qui avaient marché à l'abandon dans les bois de Brandeville.

          Avril

          Ma tante Willemin loge chez elle, dans sa chambre donnant sur jardin au Ier, le lieutenant LANT???, faisant partie de la suite du général Gündell.

          23 Avril

          Elle loge également dans la pièce du fond le lieutenant KORP, faisant partie de la suite du général.

          2 Mai

          Les Allemands permettent aux prisonniers militaires d'écrire une fois par mois à leur famille, même en pays envahi. De même, ils permettent à ces familles de leur répondre également une fois par mois et même de leur envoyer de l'argent.

          23 Mai

          Ier ordre de vaccination contre le typhus pour les habitants d'Ecurey (56) le 19 mai 1915 à 2 h.

          Déclaration de guerre de l'Italie à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie le 23 mai 1915.

          24-25 Mai

          Des bombes en masse sur Damvillers et Vilosnes.

          26 Mai

          Deuxième ordre de vaccination contre la fièvre typhoïde le 26 mai 1915 à 2 h du soir.

          2 Juin

          3° ordre de vaccination contre le choléra, le 2 juin à 2 h.

          3 Juin

          Bombardement de Stenay par des aéroplanes. Dégâts très importants. Damvillers a reçu des boulets rouges. Il est tombé des bombes à Réville, situé à 2 km derrière la côte. A Ecurey nous entendions une cannonade très intense.

          6 Juin

          Baptême de GUILLAUME Alfred né le 19 mars dernier par le prêtre catholique allemand à 3 h 1/2 du soir à l'église d'Ecurey.

          12 Juin

          Notes communiquées aux habitants d'Ecurey par les Allemands

          1°) - Les oeufs à vendre doivent être portés au casino à raison de 10 pfennigs l'oeuf, soit 12 centimes.

          2°) - Les chiens seront déclarés au chef de cantonnement et auront une médaille au collier. Tous ceux dépourvus de cette médaille seront abattus sur place sans en chercher le propriétaire.

          3°) - Les habitants sont obligés de saluer le général et son Etat-Mjor.

          4°) - Les habitants porteront un pied de pommes de terre nouvelles tous les matins, au casino des officiers de l'Etat-Major.

          7 Juin

          Enquête faite par les Allemands sur la mort de HENRI Benjamin, notre voisin tué par 2 coups de feu sur le territoire de Haraumont, le 30 août 1914.

          8 Juin

          Mise en pension à la ferme d'Alger de la jument de ma tante Willemin.

          Le prix des oeufs est de 0F 10, du lait de 0F 12 le litre et du beurre de 1F 25 la livre.

          Madame Jubaiville a reçu une carte donnant des nouvelles de son mari et de Victor et Paul Richard. Pour écrire aux prisonniers en Allemagne, les cartes seront déposées chez le maire qui les portera à la Commandanture.

          11 Juillet

          Etat fourni par papa à la Commandanture des prisonniers civils d'Ecurey évacués le 18 septembre 1914:

          HERBILLON Gustave, FRANCOIS Victor, BORRE Alphonse, HAUTUS Marcel, THOYON Adolphe, GRENIER Charles, SAINT-VANNES Julien, LIONNAIS Emmanuel, RICHARD Victor, SIMONIN Onésime, HUCBOURG Camille, MENNIN Théophile, ETIENNE Théophile, LEJEUNE Henri, BORRE Léon, HAUTUS Firmin, ANDRE Fortuné, DIDIER Xavier, JENNESSON Alexis, JUBAINVILLE Eugène, RICHARD Paul, BENARD Charles, ALTH (Alsacien).

          27 Juillet

          Madame Willaume Adèle est alitée. Elle a reçu les derniers sacrements par le prêtre allemand de Réville.

          5 Août

          Les cloches sonnèrent à l'occasion de la prise de Varsovie, capitale de la Pologne, prisonnière par les Allemands, le 5 août 1915.

          12 Août

          Défense aux habitants de vendre des pommes de terre aux soldats.

          18 Août

          Les cloches sonnent pour annoncer la prise d'un gros fort.

          20 Août

          Les cloches annoncent la prise de 80 000 hommes russes, 6 généraux et 700 canons, capturés par les Allemands en Russie. Nous étions désespérés. Chaque coup de cloche était pour nous un coup d'épée dans nos coeurs.

          Septembre

          Visite médicale pour les habitants au lazaret par le médecin pour s'assurer qu'ils ont été vaccinés contre la variole. Les enfants en dessous de 10 ans le seront d'office.

          8 Septembre

          Défense aux habitants de sortir après 8h du soir sous peine d'être enfermé prisonnier au poste.

          6 Octobre

          Tous les habitants valides sont obligés d'arracher

          Octobre

          Le commandant du village oblige tous les civils d'assister à la cérémonie religieuse à l'occasion des funérailles du fils du général Gündell tué aux champ d'honneur.

          12 Octobre

          Nous apprenons tristement la mort de MM. Camille HERBILLON, Fernand AUBRY, et Ernest SAINT-VANES, tous les trois d'Ecurey. Nous recevons les deux premières cartes de mes oncles Henri et Isidore LEJEUNE qui sont prisonniers en Allemagne.

          31 Octobre

          Nous apprenons par un sous-officier que M. ANTOINE, instituteur d'Ecurey est prisonnier de guerre à Breslau et employé comme se crétaire dans un bureau.

          2 Novembre

          Visite des troupes à Ecurey par le roi des Saxons à 2 h du soir à la Petite Lissey.

          6 Novembre

          Mort du capitaine (???) ancien commandant d'Ecurey à Lisset à 7 h du matin.

          29 Novembre

          La nommée Laurence JUBAINVILLE vient de mettre un enfant au monde à 5 h du matin. C'est un enfant du sexe masculin qui est mort 4 h après.

          30 Novembre

          Enterrement de cet enfant d'origine anormale.

          1° Décembre

          Le gouvernement allemand a reçu l'ordre du gouvernement français de bien vouloir laisser passer les civils des pays envahis qui désireraient retourner en France par la Suisse.

          Décembre

          Vérification de tous les bons de réquisition.

          15 Décembre

          Nous voyons sur la Gazette des Ardennes que POUPLIER Hilaire, neveu de PERIGNON  Francine est prisonnier de guerre en Allemagne au camp de

          21 Décembre

          Nous apprenons que l'Etat-Major va quitter Ecurey pour Marville.

          29 Décembre

          Nous logeons le colonel alsacien Dimmann avec sa cuisine pendant 6 semaines.

          30 Décembre

          Départ du capitaine de Bonin au bout de 15 mois. Il nous a recommandé au colonel ainsi que ma tante WILLEMIN pour qu'il nous soit fait aucune méchanceté par les nouvelles troupes.

          Année 1916

          Janvier

          Un ordre pour tous les habitants de se réunir dans plusieurs maisons pour faire place à la troupe. Mais par ordre du général Gündell, supplié par papa, chacun reste chez soi.

          Janvier

          Le général von Gündell et son Etét-Major quittent Ecurey pour Marville.

          Janvier

          Des artilleurs voulaient prendre le foin de ma tante. Mais par un capitaine à qui on s'était plaint, ma tante garde son foin.

          Janvier

          Nous apprenons la mort de Mlle J (???) André

          Février

          Le colonel Dickman que nous logions nous quitte pour aller au front.

          Février

          Commencement de l'offensive de Verdun par les Allemads à 8 h du matin. A Ecurey nous attendons les gens des pays environnants, la cannonade est terrible sur Verdun, une pièce à longue portée est installée au bois d'Ecurey et a éclaté au bout du 3° coup. En effet, vers 1h de l'après-midi nous recevons une vingtaine d'obus par les Français qui malheureusement reculent devant les Allemads assaillants.

          Février

          Prise du fort de Douaumont par les Allemands. Ils ont pris soi-disant 20 000 hommes, 78 canons et 86 mitrailleuses comme capture.

          Février

          Un nommé Pierre BLAISE, âgé de 80 ans, est amené à Ecurey par les Allemnds. Adjoint étant seul à Champneuville, les Allemands l'ont surpris au lit à minuit. Papa l'a placé chez madame GENNISSON (?).

          La situation est inquiétante pour Verdun. Les Allemands arrivent à Fleury. Ils se battent dans le petit bois à côté de Bras. A Ecurey, nous ne le croyons pas. Nous avons peur que Verdun ne résiste pas, ce qui serait la perte de la France. Mais nous pensons au revirement. Les Français coûte qur coûte maintiendront, mais ils ne passeront pas.

          5 Mars

          300 prisonniers français ont passé à Ecurey. Ils ont fait halte devant la commandanture et ont passé la nuit dans le camp des baraques situé près du village. Ils étaient tristes, les malheureux hommes, selon la situation actuelle.

          11 Mars

          Déclaration de guerre entre le Portugal et l'Allemagne.

          16 Mars

          Un gros dépôts de munitions a sauté en faisant entendre à Ecurey une formidable détonation dans la direction d'Etain.

          22 Mars

          Ecurey a reçu quelques bombes d'aéroplanes sans faire de dégats importants.

          24 Mars

          Les aéroplanes lancent des bombes tous les jours aux alentours.

          6 Avril

          Les habitants reçoivent l'ordre de se réunir nsur la place de l'église à 11 h 30 pour réviser leurs cartes d'identité. Il nous est défendu dévèrement sous peine d'amende de causer aux prisonniers militaires.

          13 avril

          Remise par les Allemands chez nous d'objets religieux (calice, patène, burettes et bassin) trouvés dans la maison Lépine.

          12 Mai

          Le cadastre de la commune d'Ecurey a été trouvé par papa à la mairie étant avec le secrétaire de la commandature.

          18 Mai

          Revue de toutes les vaches d'Ecurey, le lundi 18 mai 1916, à côté du cimetière à 9 h du matin par l'officier de l'agriculture.

          Ordres communiqués aux habitants:

          1°) - Prévenir la famille LANNOIS que la petite THIRIET partira pour Stenay le 20 à 5 h du matin.

          2°) - Prévenir les habitants qu'il est défendu de prendre de la verdure dans les champs.

          3°) - Dire aux habitants de venir chercher du bois remis pour eux devant chez nous.

          4°) - Madame GEORGIN a 5 marks d'amende (6, 2 fr) pour avoir pris un peu de trèfle dans le fondd'un panier pour ses lapins.

          5°) - Madame JUBAINVILLE a 3 marks d'amende (3,75 fr) pour avoir sorti sans laissez-passer.

          6°) - Mademoiselle JUBAINVILLE a 3 marks d'amende pour avoir dit bonjour à un prisonnier français.

          7°) - Réquisition de 34 pots à lait dans le village.

          8°) - Prévenir les habitants qu'il y a tous les fours à 7 h 30 du soir un office religieux pendant le mois de mai en l'église d'E curey.

          25 Mai

          La famille CADET qui est réfugiée près de Commercy, demande par la Croix-Rouge des nouvelles de leur père M. CHARTON, décédé le 18 janvier dernier, inhumé au cimetière d'Ecurey à 9 h du matin.

          27 Mai

          Par ordre du général du cantonnement, il est interdit d'acheter quoi que ce soit aux cantines de la troupe. Maintenant ils doivent accepter en paiement les bons des villes de Roubaix et Tourcoing et pourront s'en servir pour payer les produits venant du Comité Américain.

          12 Juin

          Un cinématographe est installé à la place de la vieille maison de Victor POTUCHE, notre cousin, tombée en ruine.

          21 Juin

          Retrouvailles du cachet de la mairie d'Ecurey, dans un tas d'ordures.

          27 Juin

          Etat fourni par papa des prisonniers civils d'Ecurey avec leur identité.

          1° Juillet

          Les Anglais orennent l'offensive au Nord de la France.

          3 Juillet

          Réquisition de 12 pôules dans le village.

          Juillet

          Nous apprenons tristement la mort de 3 prisonniers civils d'Ecurey: HERBILLON Gustave, GRENIER Charles, ETIENNE Théophile, tous les trois morts en Allemagne.

          Juillet

         Madame VICTOR Henri a reçu la photographie de son petit-fils THOYON Henri, prisonnier militaire en Allemagne.

          Juillet

          Réquisition de tous les veaux et génisses du village.

          Juillet

          La maison LADROITE a reçu une bombe d'aéroplane qui est tombée dans la nuit du 29 au 30 juillet: 2 soldats et un cheval ont été blessés.

          1° Août

          La gare de Montmédy a reçu des bombes d'aéroplanes tombées sur le dépôt général des provisions des Allemands en faisant beaucoup de dégâts. Elles ont tué 16 soldats et en ont blessé 60.

          6 Août

          A cause du bombardement dernier, si important sur la gare de Montmédy, les Allemands ont pris en terme de représailles 9 hommes comme otages qu'ils ont emmenés en Allemagne (ils ont été choisis parmis les notables de la ville), pendant 6 semaines. Ils ont en plus imposé à la ville de Montmédy une amende de 300 000 marks (375 000 F). Elle a été forcée de mettre en circulation en petite monnaie, des bons-monnaie de 0,50 F - 1 - 2 - 5 - 10 - Francs.

          Août

          1 - Ordonnance défendant aux habitants d'obtenir des marchandises de toute espèce par l'intermédiaire des soldats allemands, sous peine de 5 000 marks d'amende (6 250 F) ou d'un emprisonnement de 3 ans.

          2 - Ordonnance concernant la saisie des bicyclettes, armes à feu, armes militaires, machines agricoles, machines de tous genres, etc... Les habitants doivent déclarer à la commandanture, sous peine de pubition, les objets saisis par la présente circulaire.

          Août

          Tous les objets de ménage et ustensiles de cuivre, nickel, étain sont saisis, exceptés:

          1°) - les objets d'église.

          2°) - les armatures des conduites d'eau et de gaz.

          3°) - Celles du chauffage central, des loquets de portes et de fenêtres, les appareils d'éclairage et les garnitures de meubles montés, les objets de valeur artistique ou historique qui alors demanderons un certificat du commandant de la place. Les objets saisis seront payés en bons de villes aux propriétaires. Les délinquants seront punis d'une amende toujours très évère.

          Août

          Un taureau se trouvant à la Petite Lissey est mis à la disposition des vaches des habitants d'Ecurey.

          Septembre

          Nous voyons sur la Gazette des Ardennes que RICHARD Arthur est prisonnier de guerre en Allemagne.

          Septembre

          Une messe a été dite en l'église à 8 1/2 pour les civils, par M. le curé, l'abbé LESAGE de Louppy.

          Les cuivres dernièrement réquisitionnés ont été payés à la commandantue à midi.

          26 Septembre

          Décès de Mme Vve HENRION, âgée de 87 ans, à 8 h 1/2 du soir, résidant chez madame JUBAINVILLE. Discours prononcé en l'honneur de la défunte par papa.

          Mesdames, Messieurs,

          Par les moments pénibles que nous traversons, je ne peux laisser fermer cette tombe sans vous prier de vous unir à moi dans une même communion d'idées pour adresser à la défunte un su prême et dernier adieu, car son existence a été toute parsemée d'écueils et de misère. Arrivée au déclin de la vie, elle s'est trouvée seule, sans ressources et même à un moment donné, sans abri, d'une santé altérée par l'âge.

          Mais Dieu a voulu qu'une personne charitable et dévouée la reçoive afin de lui prodiguer tous les soins dont elle avait besoin et celà jusqu'à sa dernière heure. Nous ne pouvons donc que de féliciter ce noble coeur pour son noble dévouement à l'égard de la société.

          Ayant reçu les derniers sacrements, osons que Dieu a eu pitié de sa pauvre créature et que les portes du ciel lui ont été largement ouvertes.

          Qu'il en soit ainsi.

          Marie GERARDEAUX, adieu pour l'éternité! Adieu!

          2 Octobre

          Une perquisition a été faite chez les habitants pour réviser ce que chacun possédait d'argent, de vivres, etc...

          7 Octobre

          Ordonnance défendant d'avoir chez soi des uniformes et des effets militaires.

          13 Octobre

          Réunion des vaches d'Ecurey dans la même écurie pour distribuer aux civils la même quantité de lait.

          Distribution du lait à raison de 1 litre par tête, le matin à 7 h 30 et le soir à 8 h, au n° 8 de la rue du Comprinz (sic) (chaussée) chez Théophile AUBRY.

          15 Octobre

          Les habitants devront changer au bureau de change la monnaie, l'argent français et allemand pour des bons de ville. Un bénéfice de tant pour cent sera accordé sur l'or et les billets de banque français.

          16 Octobre

          Réduction du lait à 1/2 litre par personne et par jour et distribution à 8 h du matin.

          17 Octobre

          Tous les garçons et demoiselles seront à la commandanture tous les jours à 1 h 1/2 pour aller cueillir les fruits des épines (ordre du commandant).

          24 Octobre

          Les forts de Douaumont et de Vaux sont repris par les Français.

          1° Novembre

          200 personnes du territoire occupé viennent d'être emmenées dans un camp de prisonniers en Allemagne en terme de représailles à cause que l'armée française a retenu en captivité des familles d'Alsace-Lorraine. Ces 200 personnes ont été choisies parmi les gens aisés.

          15 Novembre

          Le commandant voulait encore réunir les ménages pour loger des officiers. Mais rien ne s'est dérangé cette fois, sauf pour 4 ménages qui sont forcés de faire place, à savoir:

          1°) - Mme PATOCHE va loger chez sa nièce Mme SIMONIN

          2°) - M. HARMAND chez Victor RICHARD.

          3°) - M. WILLAUME François chez Charles VINCENT

          4°) - Mme ANDRE ne quitte pas sa maison,couchera dans sa chambre noire allant aux écuries.

          27 Novembre

          Le lait sera vendu aux habitants 15 pfennigs le litre (0,20 F). Les habitants possédant des chèvres n'y ont pas droit. Dans ce cas, ils auront droit au lait qu'avec un certificat du médecin leur prescrivant l'usage du lait.

          Décès de Mme WILLAUME François, à 1 h 30 de l'après-midi. Inhumation le lendemain 28 à 4 h du soir au cimetière d'Ecurey.

          2 Décembre

          Madame GUILLAUME, ses 4 enfants et sa mère quittent Ecurey, ainsi que M. BLAISE pour rapatrier en France.

          6 Décembre

          Les Allemands ont pris la ville de Bucarest.

          10 Décembre

          Nous voyons sur la Gazette que H? (inf.366) est prisonnier de guerre en Allemagne au camp de ?

          20 Décembre

          Le capitaine Grillo, ancien capitaine de gendarmerie faisant partie de la suite du général Gündell du 5° corps vient loger chez nous en remplacement du capitaine Ebers qui s'en va pour aller au front de la Somme.

          Décès de madame veuve NOËL (?) notre vieille cousine à 3h 1/2 du soir par suite de vieillesse et de refroidissement. Inhumation le lendemain au cimetière à 3 h du soir.

          Année 1917

         8 Janvier

          Revue générale de toutes les cartes d'identité des civils d'Ecurey.

          9 Janvier

          La France fait demander à ses civils des pays envahis ceux qui désirent rentrer dans leur patrie par la Suisse. A Ecurey, personne ne veut partir.

          1° Février

          Commencement du blocus entre l'Allemagne et l'Angleterre. La guerre sous-marine commence.

          6 Février

          Rupture des relations diplomatiques entre l'Amérique et l'Allemagne.

          9 Février

          Madame Francine PERIGNON a emmenagé dans la petite maison de sa tante à cause que son ancienne habitation menaçait de s'écrouler au prochain dégel.

          10 Février

          Nous apprenons par un soldat allemand que ma tante LEJEUNE et ma cousine Jeanne, sa fille, se portent très bien. Il a aperçu dans la maison une jolie fille;

          25 Février

          Un curé catholique dit une messe à l'église à 8 h pour les civils et les Belges. C'est moi qui l'a servie.

          7 Mars

          Tous les garçons et les jeunes filles du village (au nombre de 11) sont forcés d'aller trier les pommes de terre pour la Commandanture, dans les caves tous les jours à 8 h du matin.

          13 Mars

          Arthur RICHARD nous a envoyé une carte donnant des nouvelles de mon cousin Georges WILLEMIN et de son frère, mon oncle Prosper.

          23 Mars

          Madame SAINT-VANNES a eu 5 marks d'amende pour avoir été impolie envers l'armée. Madame GEORGIN de même.

          Il est ordonné aux habitants de saluer les officiers. Les hommes doivent se découvrir à 5 pas et les dames doivent s'incliner respectueusement. Ceux qui manquerons seront punis d'une amende de 5 marks ou de deux jours de prison, se trouvant dans la maison d'Hilaire DUPUY qui a évacué davant l'invasion en 1914.

          7 Avril

          Les meilleures poules ont été réquisitionnées par ordre du général de corps de Louppy. Les vieilles poules ont été laissées.

          8 Avril

          Déclaration de guerre entre l'Amérique et l'Allemagne.

          10 Avril       

          Nous voyons sur la gazette la mort de Marcel ANDRE tombé au champ d'honneur ainsi que de Jules GASPARD tombés tous les deux du  151° Régiment d'Infanterie.

          12 Avril

          Les personnes qui possèdent des poules doivent en déclarer le nombre sous peine de poursuites. Elles devront porter à la Commandanture un oeuf tous les 2 jours pour chaque poule qui sera payé 10 pfennigs. Si des poules ne pondaient pas parsuite de vieillesse, il est de rigueur de les signaler à la Commandanture.

          Les personnes âgées de 65 ans pourrons avoir un 1/2 litre de lait au prix de 15 pfennigs le litre.

          Les malades et personnes en dessous de 65 ans pour avoir du lait auront un certificat du médecin.

          La distribution du lait se fait par papa tous les jours à 1 h de l'après-midi.

          16 Avril

          Tous les marcs de café devront être réunis ensemble par les civils qui devront les porter pour la commandanture tous les samedis chez papa.

          3 Mai

          Mlle Marie WASELET a été convoquée pour aller travailler avec les jeunes gens tous les jours ainsi que Charles VINCENT. La durée du travail est de 7 h à 11 h 1/2 et de 2 à 6 h. Papa est obligé de desherber le vieux cimetière.

          Madame SAINT-VANNES a eu une punition de 20 marks (25 F) d'amende ou 3 jours de prison pour avoir donné un sac de riz à un prisonnier français malgré l'opposition du poste.

          6 Mai

          La commandanture change de place. Elle va chez madame LEMAIRE.       

          13 Juin

          Monsieur SIMONIN Onésime qui était prisonnier, civil déporté à Messicourt (Ardennes) est renvoyé dans sa famille à Ecurey à cause de sa santé l'empéchant de travailler.

          Madame PARANT, fille de madame SAINT-VANNES avait demandé à la commandanture pour revenir chez sa mère. La commandanture de Damvillers, d'accord avec celle d'Ecurey, l' autorisé à venir chez sa mère avec sa petite Paule âgée de 6 ans.

          18 Juin

          Tous les civils capables de travailler sont obligés de se présenter à la commandanture tous les jours de 4 h à 11 h 1/2 et de 2 h à 7 h. Savoir: tous les garçons et les jeunes filles ont à travailler chaque jour matin et soir. Les personnes journées sur 2 jours. Les personnes au-dessus de 60 ans et qui ont déjà des personnes à travailler, travailleront les après-midi.

          24 juin

          La nommée PERIGNON Germaine, âgée de 25 ans, fille de PERIGNON Francine sa mère, résidant toutes les deux dans leur domicile à Ecurey vient de mettre au monde un enfant du sexe féminin, aujourd'hui 24 juin à 10 h 30 du soir en présence du docteur allemand et de Mme QUERELLE (?). Cet enfant naturel provient d'un soldat allemand faisant partie de l'artillerie 8 parti l'année passée de Ecurey.

          29 Juin

          Quelques ménages ont été forcés de déménager pour quelques jours pour faire place à l'armée.

          1°) - Madame FROGNEUX qui demeure chez madame GEUNESSE.

          2°) - Mme HENRI qui demeure dans son grenier.

          3°) - Ma tante loge avec nous avec BOURE Germaine.

          4°) - Mme HARMAND loge dans sa chambre à foiur.

          5°) - Mme RICHARD qui demeure chez Mme JUBAINVILLE.

          6°) - M et Mme THOMAS logent dans leur cuisine.

          7°) - Mme MOLIN qui demeure chez sa soeur Mme ?

          8°) - Mme MENU qui demeure chez Mme SILONIN.

          5 Août

          Nous recevons les premières nouvelles par la Croix Rouge de notre famille depuis 3 ans, de Georges, de mon oncle Isidore et de mon parrain Prosper qui sont en bonne santé.

          15 Août

          Assomption ! Mort de M. MARTINET Théophile époux de Clémentine BAUCHOT à l'âge de 82 ans à 3 h 30 du soir. Inhumation au cimetière le surlendemain 17 avec un office religieux par un curé catholique à 7 h du matin.

          24 Août

          Bombardement de la gare de Damvillers qui a occasionné la mort de plusieurs soldats allemands.

          25 Août

          Les gens de Damvillers sopnt forcés de fuir à cause du bombardement du village. Les uns vont à Marville. les autres sont dirigés sur Brandeville.

          26 Août

          Bombardement de Réville à 3 h du soir. Des morts et des blessés. Les gens fuient. A Ecurey, la détonation est effrayante. On entend les obus siffler.

          Les civils suivants d'Ecurey: Mme et M WILLAUME; M VINCENT Charles; Mme MARTINET; Mme JENNESSON, tous les 5 vieux et malades ont été expédiés à Mouzon dans un hôpital afin d'y être soigné.

          27 Août

          Le reste des civils de Réville est évacué sur Brandeville.  

          28 Août

          Nous apprenons par le maire de Mouzon que M. WUILLAUME Hubert est mort en arrivant à Mouzon à 4 h du soir. Avant de partir d'Ecurey, il était à l'agonie et malgré papa le commandant l'a évacué.

          18 Septembre

          Le dépôt de munitions qui se trouvait placé en dessous de Lissey vient d'exploser à 2 h le l'après-midi. Heureusement malgré la détonnation épouvantable, il n'y a pas eu beaucoup de dégâts. Chez nous le déplacement d'air a enlevé le platras-haut de la flamande de la cuisine.

          23 Septembre

          Visite d'aéroplanes au-dessus d'Ecurey à 18 h du soir. Une maison a été démolie par une bombe. C'est celle de notre cousin Léon COLLIN. Grande émotion.     

          1° Novembre

          Toussaint! Malgré la fête de la Toussaint, les Allemands nous forcèrent ainsi que les femmes à travailler à l'arrachage et à la rentrée des betteraves et des choux-navets. Pendant le travail un incendie se déclara dans la maison de Benjamin ANDRE, qui a été complétement détruite. Le feu a été occasionné par l'imprudence des soldats qui avaient établi un fourneau dans la grange et qui a mis le feu à un tas de foin. C'était terrible. La paille et le feu qui alimentaient la fournaise, la poudre et les grenades à main qui explosaient. Enfin, après beaucoup d'efforts le feu a été éteint vers 5 h du soir. Majgré cela, les Allemands après l'incendie nous ont fait rentrer les légumes dans les caves de la commandanture jusqu'à la nuit noire.

          Novembre

          Nous avons reçu des nouvelles de notre famille qui est toujours en bonne santé

          Année 1918

          1° Janvier  

          Nous avons reçu des nouvelles de France de ma tante Augustine de Paris et de toute sa famille qui est en excellente santé.

          25 Janvier

          Les jeunes gens sont forcés d'aller travailler à la culture à Lissey tous les jours: le matin de 8 à 12 h et le soir de 2 à 6 h à partir du 25 janvier.

          9 Février  

          Naissance de PARANT Alberte née le 9 février 1918 à 9h du matin, lille de PARANT Gabriel âgé de 57 ans, évacué en France et de SAINT-VANNES Cécile, son épouse, âgée de 34 ans, résidant actuellement à Ecurey. Née en présence de dame QUENELLE. Baptisée le 26 février par le curé de Louppy.

          26 Février

          Une messe a été dite en l'église d'Ecurey par l'abbé LESAGE, curé de Louppy à 8 h 1/2 pour tous les civils. Baptême de PERIGNON Espérance, née le 24 juin 1917: parrain SORL Raymond et marraine PARANT Paul et de PARANT Alberte: parrain CEORGES J. et marraine PARANT Paule.

          1° Mai

          Reçu de la commandanture de Lissey la somme de 44 francs pour le paiement du mois d'avril.

          24 Mai

          Monsieur Auguste LAUNOIS d'Ecurey revient aujourd'hui 24 mai à 15 h parce qu'il était malade et qu'il était déjà depuis 5 mois à l'hôpital de Sedan. Il a été placé chez Madame HARMAND

          1° Juin

          Reçu de la commandanture de Lissey la somme de 47 F pour le paiement du travail du mois de mai. Reçu à Lissey à 2 h du soir.

          2 Juin

          Mademùoiselle Marie WATELET est obligée de travailler à Lissey pour quelques jours avec les jeunes gens ainsi que PERIGNON Francine. Elles travaillerons les après-midi.

          1° Juillet

          Reçu de la commandanture de Lissey la somme de 56 F pour le paiement du mois de juin 1918. Reçu à Lissey à midi.

          16 Juillet

          Reçu de la commandanture de Lissey la somme de 27 F pour le paiement du travail du mois de la première quinzaine de juillet. Reçu à Lissey à 12 heures.

          26 Juillet  

          Les civils qui avaient demandé pour partir en France ces temps derniers sont avertis de faire apporter leurs bagages à Ecurey afin d'être

          30 juillet

          Les civils qui étaient désignés pour partir en France partent d'Ecurey. Ils vont en quarantaine d'abord en Belgique et ensuite ils seront expédiés sur la France par la Suisse. A Ecurey, madame PARANT et ses deux enfants ainsi que madame MOLIN s'en vont.

          31 Juillet

          Ma tante Marie de Vilosnes et ma cousine Jeanne sont venuespour demeurer à Ecurey. Elles étaient évacuées depuis 1 an et étaient les derniers temps à Blagny, près Carignan dans les Ardennes.

          1° Août

          Reçu de la commandanture de Lissey la somme de 25 F pour le paiement de travail de la 2° quinzaine de juillet.

          20 Août

          Victor RICHARD, évacué comme prisonnier civil a été rapatrié dans son village. Il avait étéen Allemagne avec ses camarades en 1914 et avait été mis les derniers temps à Messicourt (Ardennes). Il est revenu d'après la demande  de sa femme par l'intermédiaire de la commandanture d'Ecurey.

          23 Août

           Mademoiselle Marie WATELET a été mise en prison 7 jours pour avoir été malhonnête envers l'armée. Elle a été enfermée du vendredi soir 8 h au dimanche soir 8h 1/2.

          26 Août

          Nous avopns reçu des nouvelles par la Croix-Rouge de mon oncle Isidore donnant des nouvelles de toute la famille qui est à Boulogne, Georges, Prosper sauf mon oncle Henri dans le Gers.

          1° Septembre

          Reçu de la commandanture de Lissey la somme de 31 F pour le paiement de travail la 2° quinzaine du moid d'août.

          7 Septembre

          Monsieur Auguste LAUNOIS est mort à l'âge de 58 ans par suite d'usure. On l'a trouvé mort le matin en lui portant à manger. Son enterrement a eu lieu le lendemain dimanche 8 septembre à 3 heures de l'après-midi.

          Au cimetière sur la tombe, papa, au nom de la population d'Ecurey a prononcé un petit discours  en mémoire du défunt.

          Mesdames, Messieurs,

          Je ne peux fermer cette tombe sans me faire votre interprète et de vous prier de vous unir à moi dans une même communion d'idée. D'abord pour remercier la commandanture d'avoir fait tout le nécessaire pour l'inhumation de notre défunt et ensuite monsieur l'aumonier militaire.

          Depuis longtemps déjà, il avait une santé bien altérée et ce n'est pas par les moments difficiles que nous traversons qu'on peut se procurer tout ce qui est nécessaire pour atténuer, adoucir et guérir ceux qui sont atteints de maladies graves.

          Affigé d'un mal qui a ét difficile à pronostiquer et qu'on peut néanmoins attribuer à la consomption l'avait fait admettre à l'hôpital de Sedan où il est resté 5 mois. Pris par la nostalgie de son pays, il a demandfé à revenir à Ecurey où il croyait retrouver quelques membres de sa famille afin de recevoir un peu de bien-être. Hélas! Ses espérances ont été bien déçues, il n'a retrouvé que ruines et misères et resque l'abandon. C'est donc dans des circonstances malheureuses que l la mort est venue le surprendre sans avoir reçu le secours de personne.

          Aussi, espérons que Dieu, si miséricordieux, a tenu compte de sa triste situation et qu'il lui a accordé un doux repos pour l'éternité. Qu'il en soit ainsi.

          Auguste LANNOIS, adieu pour tous.

          26 Septembre

          Nous recevons maintenant des obus qui tombent tout autour du village en nous occasionnant une grande frayeur. Nous cragnons d'être évacués.

          29 Septembre

          Nous avons été travailler à la batterie, l'après-midi à 2 h, à côté de la gare de Lissey. Vers 4 h le bombardement a commencé en tombant tout autour de nous. Toute la nuit a eu lieu le bombardement. Nous étions dans  les caves. Cette fois les bombes tombaient dans le village à côté de la poste, baraque électrique, Soldatheim, chez madame ANDRE. Chez nous un éclat d'obus a passé par bla fe nêtre sans faire de dégats.

          Octobre

          Les villages d'Ecurey, Lissey, Bréhéville, Brandeville, Peuvillers sont évacués à cause du bombardement. Nous avons été évacués en Belgique. La veille, la commandanture nous avertit que le village serait évacué et que nous partirions du village le lendemain à 9 h du matin. En effet, à peine la pointe du jour et les voitures de la colonne autrichienne étaient là et nous conduisaient jusqu'à Louppy où nous sommes arrivés à 9 h 30. Là nous avons déchargé nos bagages des voitures pour les mettre sur les wagons plats du petit train qui nous a conduit jusqu'à Montmédy. Nous sommes restés 4 heures assis tous les civils dans les wagons. Nous ressemblions à des wagons de pauvres, mais heureux, allant vers l'inconnu.

          Il était éxactement 1 h 1/2 quand on est sorti de Louppy et nous sommes arrivés à Montmédy à 3 h. Après un court arrêt à Montmédy, les Allemands nous ont dirigés par la grand'ligne sur la Belgique. Nous sommes débarqués à Ethe à 6 h du soir (20 km de Montmédy). Nous y avons passé la nuit. Le maire de la localité nous a très bien reçu en donnant le pain nécessaire et la soupe chaude. Nous sommes repartis le lendemain matin à 10 h après un appel par le commandant allemand. Nous sommes dirigés sur la commune de Dampicourt (village de Couvreux) 5 km de Virton, 9 km de Montmédy, frontière. Papa avec le secrétaire de la commandanture de Dampicourt a fait le cantonnement et nous étions placés chez mademoiselle Berthe CASPARD, personne seule. Là nous étions bien tranquilles, mes parents, ma tante WILLEMAIN et Germaine BORRE. Nous avions la cuisine et 2 lits. Nous étions chez nous. Nous recevions des secours (2 F par jour et par personne. Cette allocation nous permettait de payer un petit ravitaillement qui nous était assuré régulièrement). La commune nous donnait aussi à chacun un portion de bon bois de quartier tous les 15 jours.

          25 Octobre

          Bombardement violent de Montmédy. Une grosse partie des civils évacuent la ville.

          9 Novembre

          Passage des civils évacuant Stenay à cause du bombardement.

          11 Novembre

          L'armistice est signée entre l'Allemagne et la France. La dernière bombe paraît-il aurait tombé à 10 h 45 du matin.

          14 Novembre

          Nous apprenons pour la première fois qu'Ecurey n'est pas trop endommagé par le bombardement et que nous pourrons réintégrer. C'est Georges URBAIN de Lissey qui est allé voir la situation au pays.

          16 Novembre

          Papa faisant fonction de maire avec ses deux notables Mrs. RICHARD et SIMONIN sont partis de Couvreux à 6 h du matin pour se rendre à Ecurey avec la voiture de M. GEORGES. Arrivés à Louppy, ils ont été obligés de faire demi-tour car les patrouilles américaines ne les ont pas laissé passer: peur d'espionnage.

          18 Novembre

          Discours préparé par papa pour l'arrivée des Américains à Couvreux.

          Je me fais l'interprète de notre très humble commune pour souhaiter la bienvenue à nos libérateurs, car vous avez chassé de notre sol un ennemi redoutable et cruel. Notre chère petite patrie qui ne vivait que pour la paix et la liberté par son travail a été traitreusement envahie et a subi toutes les cruautés d'une atroce guerre. Aussi nous remercions DIEU d'avoir mis fin à un tel carnage par la main puissante de tous les alliés; nous adressons donc un témoignage sde reconnaissance aux valheureux (sic) soldats d'Amérique et à leur emminent président et crions avec un élan patrotique qui part du coeur: Vive les Etats-Unis! Vive notre Souverain! Vive la Belgique notre Patrie!

          21 Novembre

          Nous retournons à Ecurey avec des voituriers de Couvreux qui nous amènent nous et nos bagages jusqu'au village. C'est le fils du maire de Couvreux: Edouard GUINCHE qui nous a reconduit, moi et mes parents, ainsi quez madame HUGBOURG? Quand nous sommes arrivés au village Georges était là qui nous attendait avec impatience. Vous pensez quelle surprise! Sa mère, de voir sain et sauf, qui ne lui manquait aucun membre, après une guerre aussi atroce. Il est parti le surlendemain à l'expiration de sa permission de 3 jours et qu'il voulait repasser par Paris pour voir son père.

          25 Novembre

          La brigade de gendarmerie composée de M P??, Brigadier, .??? et A??? est venue à Ecurey à cause qu'elle ne pouvait plus aller à Damvillers. Ils ont demeuré dans la maison de M. ETIENNE et c'est chez nous qu'ils prenaient leur repas.

          3 Décembre

          Par ordre de la Sous-Préfecture de Montmédy, les chevaux crevés doivent être enfouis. Les hommes en ont enterré trois.

          5 Décembre

          Georges est venu à Ecurey avec mon oncle Isidore LEJEUNE qui est venu pour aller rechercher sa femme restée à Couvreux.

          6 Décembre

          Ma tante Marie est revenu de Belgique. Il vont loger tous les trois dans la petite maison du jardin Moignard.

          25 Décembre

          NOËL! Les Américains ont fait un arbre de Noël au-dessus du jardin de ma tante. Ils ont invité les civils à se réunir autour afin de nous distribuer des cadeaux à tous les 3. Le matin nous avions assisté à 10 h en l'église à une cérémonie religieuse présidée par un prêtre américain et composée de           et de chant.

          31 Décembre

          Cette fois les souhaits étaient bien meilleurs que les années précédentes: la guerre était terminée et ayant des nouvelles de toute la famille.

          Année 1919

         1° Janvier

          Le gendarme AIME est venu à Ecurey pour remplacer le gendarmeLECLAIR venant d'être démobilisé et retournant dans son foyer.

          8 Janvier

          Ouverture de la Conférence pour les préliminaires de paix

          14 Janvier

          Georges est venu en permission du 14 au 23.

          23 Janvier

          Le gendarme AIME a pris dans les bois entre Etraye et Réville un sergent allemand qui était prisonnier au camp d'Auberville. Il a été forcé de le reconduire à son camp.

          27 Janvier

          Germain BORRE est parti pour aller retrouver ses parents réfugiés à Aulas, canton du Vigan (Gard).

          28 Janvier

          Madame HOMARD, mère de madame QUINTAL de Lissey est morte à 7 h du soir. Son enterrement a eu lieu le surlendemain à 11 h du matin. En l'absence d'un prêtre Papa a prononcé un petit discours sur la tombe dont voici le texte:

          En l'absence d'un prêtre pour assister la défunte à sa dernière demeure, unissons-nous pour lui adresser un dernier adieu! Elle a succombé sous le poids de ses nombreuses années. Mais par les moments pénibles que nous traversons encore, il n'a pas été possible de lui procurer ce dont lle avait besoin pour adoucir ses souffrances.

          Elle a supporté l'évacuation avec courage et résignation, car c'est bien triste à son âge de quitter son foyer pour aller vivre à l'aventure. Heureusement elle a eu la satisfaction d'y revenir pour s'éteindre entourée de celles qui lui étaient si chères. Malgré tout cette mort fait un vide dans la maison et le vide ne fait que d'en agrandir un autre.

          Souhaitons donc bon courage aux douces affligées,espérant que Dieu si bon et si juste accordera le bonheur aux vivants et le repos éternel à Octavie DUPUY à qui je dis adieu pour tous.

          Le conseiller remplissant les fonctions de maire: SOREL

          1° Février

          L'abbé SIMON, notre curé est venu visiter sa pauvre église. Il a célébré la messe au milieu de ses ruines en encourageant nous les pauvres sinistrés. Il reviendra définitivement dans quelques semaines quand il sera libéré.

          Février

          Pierre MOIGNARD étant venu en permission nous voir est allé se promener avec mon oncle Prosper dans sa forêt sise montagne d'Ecurey. Arrivé dans les bois, il a trouvé un fusil américain avec lequel il a voulu tirer. Malheureusement le fusil étant mauvais, la culasse a éclaté et lui acrevé l'oeiol droit. Les Américains l'ont emmené dans une camionnette à l'hôpital de Glorieux (?) près de Verdun où ils l'ont soigné convenablement.

          8 Février

          Enterrement de madame veuve QUINTALET décédée la veille à 3 h du matin . Inhumation au cimetière de Lissey à 9 h du matin.

          Février

          Deux batteries françaises ont passé la nuit dans le village. Ils venaient de Stenay et allaient se faire démobiliser.

          5 Mars

          Les Américains ont invité les jeunes gens du village à venir passer une soirée récréative à Bréhéville à cause qu'ils allaient quitter la France. Ils nous ont emmenés en camion à 6 h 1/2 et ils nous ont ramenés à 10 h du soir.

          Mars

          Passage de troupes françaises dans la nuit du 9 au 10 mars. Ils venaient de Verdun et allaient à Montmédy.

          Mars

          1°) - Le gendarme ALLIBERT étant en tournée du côté de Damvillers a fait prisonnière une vagabonde d'origine luxembourgeoise. Elle a été remise à la gendarmerie de Montmédy.

          2°) - Mon oncle Isidore et ma tante qui étaient depuis 3 mois à Paris sont venus réintégrer leur domicile à Ecurey.

          3°) - Notre curé est revenu définitivement dans sa paroisse. Il était démobilisé depuis deux jours et sa mère est revenue quelques jours après avec leur mobilier.

          23 Mars

          Monsieur HURELLE, percepteur vient de venir à Ecurey. Il a logé chez madame HERBILLON et prenait ses repas avec nous.

          Monsieur RIPIPI, garde-forestier d'Ecurey est revenu à son poste.

          15 Avril

          Monsieur HURELLE est parti à Damvillers. Un autre percepteur le remplacera sans doute. Mon cousin Georges est cette fois libéré. Il est revenu définitivement dans ses foyers.

          16 Avril

          Un nommé LAVALLEE Constant de Lissey, âgé de 44 ans, s'est suicidé en se tirant un coup de fusil dans la gorge, le dimanche 27 avril à midi. Son enterrement a eu lieu au cimetière, le lendemain à 10 h 1/2.

          29 Avril

          Monsieur ANTOINE est revenu reprendre son poste d'instituteur à Ecurey.

          8 Mai

          Nos conditions de paix sont remises aux Allemands.

          20 Mai

          Des prisonniers allemands ont été envoyés à Ecurey pour le dblaiement du village.

          27 Mai         

          Deux prisonniers allemands ont été convoqués pour le relèvement de notre canal souterrain passant dans la cour.

          28 Mai

          Monsieur SIMONIN Séverin s'est suicidé en se tirant un coup de fusil l'atteignant en pleine tête le 28 mai à midi. Son enterrement a eu lieu au cimetière le surlendemain à 11 h.

          1° Juin

          Nous sommes allés, moi et mes parents, ma tante, visiter le front à Crépion, Savogneux, en voiture avec Henri de CHARDON et sa dame. Nous avons visité les tranchées où Georges s'est battu, au-dessus de la ferme de Bormont. Chose très intéressante. Nous avons cassé la croûte à midi au milieu du champ de bataille: réseau de fils barbelés, obus, etc... Et en plus, nous avons assisté à de nombreuses inhumations militaires faites par les soldats noirs, afin  de réunir tous les corps dans des cimetières. La chose était lugubre et malsaine, la chaleur était suffocante. Nous sommes revenus avec une impression considérable de ce que la durée de la guerre a été de misères pour les soldats et de ruines pour un pays.

          2 Juin

          Le Sacrement de Confirmation m'a été donné le dimanche 22 juin 1919 (octave de la Fête Dieu) par sa grandeur Monseigneur Charles GINISTY, évêque de Verdun actuel, en l'église de Bréhéville à 3 h de l'après-midi.

          8 Juin

          La paix du droit est signée à la Galerie des Glaces à Versailles le 28 juin1919 à 15 h. Cette fois les Allemands ont signé, ils sont vaincus car ils le méritent, avoir déchaîné et être la cause d'une guerre aussi terrible. Ce n'est pu (sic) les Allemands de 1870! Ce sont les vaincus de 1918! Grâce à Dieu, car ils ne devaient pas se tirer de cette effroyable catastrophe vainqueur et c'est ce que Dieu a voulu. Il a eu pitié des pauvres Français meurtris encore une fois de plus dans l'histoire mondiale!

          CONCLUSION

          Que toutes les personnes qui auront sous les yeux ce témoignage, voyent et jugent ce que c'est que de vivre en pays envahi pendant 5 ans, surtout ceux qui ont été obligés soit par la maladie, la surprise, le blocus, etc... Elles verront les souffrances, morales et physiques, les privations, les frayeurs, en plus les exigences d'un ennemi redoutable et cruel, supportées par ces pauvres civils de tous les pays envahis.

          Ils peuvent maintenant qu'ils sont libres et débarassés, remercier Dieu et ils peuvent chanter d'un grand coeur le Te Deum de la paix, de la délivrance et du remerciement.

 

Reproduit d'après une copie, par moi Raymond SOREL, demeurant à

Ecurey, canton de Damvillers - Meuse; le 1° décembre 1921

Signé. R. SOREL

         
         

                 

Lissey 1919 img 0001 Lissey 1919 img 0002

The United States financed the war by selling $16,978,356,250 worth of Liberty Bond during the war.

The "Victoty Loan" was an issue of $4,500,000,000, sold after the Armistice was signed. The unused

ammunition is now being blown up by Reclamation and Demolition Department, 1st Army. Jan. 13,1919

                              

                                                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      

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