L'occupation allemande de 1940

L'OCCUPATION ALLEMANDE A LISSEY DE 1940 A 1945

de Marc RICHARD

 

             Avant propos.

          Lors de mon précédent récit sur l'exode de 1940, j'avais laissé entendre qu'il y aurait peut-être une suite. Après réflexion, je me suis décidé à raconter les souvenirs les plus marquants qui subsistent encore dans ma mémoire et relatifs à cette époque de la guerre; entre autre la construction sur le plateau de Bréhéville d'une station radar entraînant du même coup une occupation qui devenait plus physique, donc plus pesante. Ne serait-ce que par la vue des uniformes qui apparaissaient de temps à autre dans les rues du village et qui nous rappelaient, s'il en était besoin, que "charbonnier n'était plus maître chez lui ".

         Mon but, n'est pas de faire œuvre d'historien, j'en suis bien incapable; d'autres l'ont fait ou le feront mieux que moi, mais partout il s'est passé des événements dont personne ne parle plus et lorsque les derniers témoins qui restent, auront disparus, tomberont définitivement dans l'oubli. Les ronces ont déjà envahi les derniers vestiges du camp allemand avant qu'elles n'envahissent les mémoires, aussi, je souhaiterais que le témoignage que je porte aujourd'hui ait une utilité si petite soit-elle.

          L'Occupation: 1940 - 1944

          1942: L'Angleterre commence à répliquer aux terribles bombardements que l'aviation allemande a fait subir aux villes anglaises de l'automne 1940 au début 1941. La R.A.F ( aviation anglaise ) constituée surtout de chasseurs a infligé des pertes tellement importantes aux bombardiers allemands que finalement ceux-ci durent renoncer, cependant que l'Angleterre se dotait de nombreux bombardiers durant les années 1941-42. C'est ainsi que les raids nocturnes se firent plus nombreux et plus destructeurs sur les  villes allemandes et surtout sur la Ruhr, région industrielle. Les allemands vont mettre à profit une toute récente découverte ( le radar ) qui va permettre la détection précoce des bombardiers alliés, alerter les chasseurs de nuit qui vont tenter de les intercepter. Une véritable ligne de protection, constituée par des installations allant de l'Allemagne du Nord jusqu'à la frontière suisse et espacées  les unes des autres d'environ 20 kilomètres. Ces stations entrèrent en service au début de 1943. C'est ainsi que le plateau de Bréhéville va être choisi comme site pour l'installation de l'une de celles-ci.

          On peut encore y découvrir aujourd'hui, des vestiges apparents (voir photos) . L'emprise totale s'étendait sur environ 2 hectares. Des bâtiments en briques, à un niveau, une piscine, sont encore visibles. L'alimentation en eau était assurée, grâce au creusement d'un puits de 90 mètres de profondeur et l'installation d'une pompe électrique. Une ligne téléphonique, venait de Bréhéville et une ligne directe reliait le commandant du camp au chef de culture (des fermes de la Bergerie et de la Roche ) qui demeurait à Ecurey. Quatre dispositifs "radar", sorte de grandes paraboles, faites de structures métalliques à claire-voie (vu de loin cela ressemblait à des paniers à salade géants ) assujetties sur des socles en béton. Elles étaient les éléments les plus en vue de ce dispositif. Subsistent encore les quatre dés, en béton, qui supportaient l'ensemble des installations que l'on peut voir de la route champêtre toute proche.

         Un mirador de surveillance sera érigé à quelques dizaines de mètres du relais téléphonique actuel. Pour en avoir fait l'ascension, je me souviens qu'il y avait 82 barreaux à l'échelle, droite, sans protection, ce qui représente une bonne vingtaine de mètres. Entièrement en bois, il disparu assez rapidement après la guerre.

 

       Voici ce qu'en dit le docteur Pierre MANGIN, dans son livre " De la Meuse à la Moselle avec l'armée Patton":

        La station allemande de radar de Bréhéville, réunissant un certain nombre de parabole sur une hauteur lieu-dit "La Millière", fut installée dans le courant de 1943. Un nombre important de spécialistes travaillaient sur la base rattachée à la chasse allemande de Saint-Dizier. Quant aux civils, il leur étaient impossible de s'en approcher sauf quelques hommes triés sur le volet qui avaient été embauchés par les Allemands.. Des plans simplifiés purent être dressés par M. Guy Quin de Doulcon, chauffeur d'un camion, qui effectuait des livraisons à la station. La base ne fut jamais bombardée car elle était difficilement repérable au milieu de la forêt mais elle fut constamment neutralisée par des largages de "Windows", fines bandelettes de papier d'étain ou d'aluminium. Derrière ce <<masque>>, les bombardiers pouvaient circuler librement sans être repérés. A la libération, lorsque les Américains approchèrent de Paris, les installations furent démontées et évacuées en catastrophe vers l'Allemagne. Il ne resta alors plus qu'une de soldats du Génie qui firent sauter la plate forme et incendièrent les bâtiments (renseignements communiqués par M. Fontenelle de la ferme d'Alger contiguë à la base).

 

          Les cultivateurs de Bréhéville et d'Ecurey ont continué de cultiver leurs champs à proximité.

          Concernant l'effectif, je n'ai pas de chiffre précis, mais compte tenu de la relative importance de la station, celle-ci pouvait abriter entre 150 et 200 hommes dont l'uniforme gris bleu était celui de la Luftwaffe, l'armée de l'air allemande.

          Revenons sur la guerre aérienne que se livrent les protagonistes.

          1942: début des raids nocturnes des britanniques; les américains sont entrés dans le conflit en 1941, avec une armée non-opérationnelle mais une marine fortement endommagée par les japonais à Pearl Harbor. L'industrie de guerre tourne, cependant, à plein régime et dès 1943, par milliers, les bombardiers, pilonnent pratiquement tous les jours, les villes allemandes et les centres industriels. En France, les nœuds ferroviaires sont particulièrement visés, surtout dès 1944. De nombreux civils paient de leur vie, sans doute plusieurs dizaines de milliers, ce que l'on nomme pudiquement aujourd'hui " les dommages collatéraux", de plus, contrairement aux aviateurs anglais, les américains avaient la fâcheuse réputation de ne pas être très précis. A part la propagande de Vichy, il ne s'était pas élevé de plaintes parmi les gens du peuple: c'était le prix à payer pour recouvrer la liberté. En somme , c'était la résignation.

          L'Allemagne ne connaît pas de répit, toutes les nuits l'aviation anglaise bombarde, les américains prennent le relais le jour: c'est vingt-quatre heures sur vingt-quatre que l'Allemagne se trouve sous les bombes.

          1943: Les allemands réquisitionnent plusieurs femmes de Lissey, comme femmes de ménage, nourries à midi et un peu rémunérées, permettant à ces personnes de survivre. Ce fut également l'année de la déportation pour le S.T.O (service du travail obligatoire ) de la classe 1942, classe dont mon frère faisait partie: requis en juillet, il fut de retour en mai 1945, après deux années passées à Munich.

          Les radars allemands se montrent efficaces, les anglais subissent des pertes. En moyenne, 6% des appareils ne rentrent pas; sur un seul raid c'est une cinquantaine d'unités qui ne rentrent pas abattus par la chasse et la "Flack" (DCA allemande ). Les alliés trouvèrent rapidement la parade: un certain matin, après un raid nocturne, les habitants découvrirent avec étonnement et curiosité des milliers de bandes de papier d'aluminium qui parsemaient la campagne. Que signifiaient "ces machins" ? Les investigations n'allèrent pas plus loin, ces nouvelles inventions n'étaient pas accessibles au niveau de connaissance des gens de l'époque. Tout d'abord, qu'étaient ces " paniers à salade " sur la montagne de Bréhéville? Ce sont d'immenses oreilles  qui écoutent les avions décoller d'Angleterre, disait-on, selon la rumeur du moment. Il fallut attendre la fin de la guerre pour apprendre ce qu'était un radar et d'une façon sommaire comment cela fonctionnait. Et ces papiers d'aluminium? Même mystère. Plus tard, on appris que ces objets brouillaient les signaux radar, rendant ceux-ci inopérants. Les guerres ont toujours poussé les hommes  à inventer de nouvelles parades aux armes existantes.

          Ces bandes d'aluminium appelées "windows" par les alliés se déclinaient sous des formes multiples: grandes, elles pouvaient atteindre plusieurs mètres avec une largeur de 5 centimètres; petites, la taille d'un spaghetti. La revue " Historia" mentionne que lors du raid sur Hambourg du 25 juillet 1943, quarante tonnes de " windows " ont été largués.

          A propos de ces raids, j'ai un souvenir particulièrement précis d'une veillée d'hiver pendant laquelle un phénomène assez extraordinaire a révélé la violence des bombardements auxquels étaient soumises les villes allemandes.

          Comme toutes les soirées, après le repas, nous passions la veillée en famille, ma mère tricotant, mon père et moi lisant. Ce soir là, notre attention fut attirée par un petit cliquetis provenant de la porte menant à la cave. Intrigués par ce phénomène insolite, nous nous rendîmes compte rapidement que cela provenait de la petite pièce métallique circulaire, qui cache le trou de la serrure lorsqu'une clé n'y est pas introduite (je crois que cette pièce s'appelle un " rouet "). A l'examen rapproché, on percevait nettement le mouvement vibratoire de la petite rondelle qui frappait la serrure: nous étions en présence d'un sismographe de circonstance. En effet, un grand nombre d'avions étaient passés dans notre ciel quelque temps auparavant. Nul doute que c'était leurs bombes qui avaient provoqué ce mini mini tremblement de terre. Le plus étonnant était à venir, lorsque la T.S.F annonça le lendemain aux informations que NUREMBERG avait été bombardé au cours de la nuit. Si nous prenons une carte et évaluons la distance, environ 400 kms à vol d'oiseau, certes ce n'est qu'une hypothèse, mais la régularité dont faisait preuve les vagues d'avions, la stratégie qui consistait à ne choisir qu'une cible à la fois, l'orientation du vol et le temps entre le passage et le retour, à propos de celui-ci, les avions dont je parle plus haut sont repassés dans la seconde partie de la nuit, soit dit en passant. A force d'habitude on en était arrivé à pronostiquer quelles étaient les villes ou les régions "visitées" avec peu de risque de se tromper. Imaginons l'hypothèse Nuremberg, pure spéculation, la ville allemande la plus proche qui aurait pu être bombardée ce soir-là, se situait au delà de 200 kms, ce qui est déjà considérable, le phénomène de la serrure se reproduisit plusieurs fois au cours de la guerre.

          La garnison du camp allemand hébergeait en son sein, un espion, agent des alliés. Bien entendu, rien ne le distinguait des autres soldats sauf qu'il était canadien de nationalité, sans doute dans l'armée allemande avec de faux papiers, relié à un réseau de résistance français auprès duquel militait un couple de retraités de Lissey: Monsieur et Madame Lamoureux. Qui aurait pu imaginer un instant que ces paisibles retraités pouvaient prendre une part aussi active dans la résistance? Et en particulier un contact avec cet agent des alliés, activité à haut risque; si cela avait été découvert, c'était à coup sur, pour le moins la déportation en Allemagne. Cette remarquable conduite n'a pas eu le retentissement, du moins local, qu'elle aurait mérité à la fin de la guerre. Cela est du à la grande modestie de ces personnes et surtout à la disparition prématurée de Monsieur Lamoureux, décédé juste à la libération.

          Les quelques témoignages qui vont suivre, je les tiens de la bouche même de Madame Lamoureux. Un jour m'a-t-elle dit, à la suite d'un parachutage d'armes, ils avaient caché des mitraillettes, à la cave, dans un tas de pommes de terre. Ils servaient également de relais à des aviateurs alliés qui suivaient une filière d'évasion.

          L'agent qui correspondait avec les différents relais de son réseau, à l'aide d'un petit émetteur, venait régulièrement prendre contact pour organiser ces diverses opérations en prenant mille et une précautions, avec la crainte de se faire découvrir un jour ou l'autre. Il avait promis à ces braves gens de revenir une fois la guerre terminée si toutefois tout se passait bien pour lui.. Il n'a jamais plus donné signe de vie ce qui a causé les plus vives inquiétudes et sombres pressentiments à Madame Lamoureux, laquelle devait décédée en 1966.

          Après deux mois de combats très durs en Normandie l'armée allemande finit par lâcher prise sous les coups de boutoir des alliés. Ceux-ci ne vont pas tarder à se répandre à travers la France lui rendant sa liberté après plus de quatre ans d'occupation.

          Après la libération de Paris, nous pouvions désormais compter les jours attendant avec impatience les informations à la radio annonçant au jour le jour la progression des alliés. Le passage, de temps à autre, d'une unité militaire, battant en retraite, nous indiquait que ce jour n'était plus éloigné.

          Depuis 1941, l'occupant avait instauré un système de prélèvement qui n'était, en somme, qu'une forme de pillage déguisé: chaque cultivateur se devait de livrer une partie de ses récoltes, chaque semaine suivant la nature des denrées; par exemple, une semaine: journée du foin. Une grosse presse fixe était installée sur la place, en face du marché couvert (aujourd'hui salle des fêtes de Damvillers) mue par la poulie d'un gros tracteur. Chaque cultivateur de toutes les communes du canton, à tour de rôle, venait livrer son foin (en vrac). Après pesage sur la bascule communale, la presse avale sa livraison et engrange les balles dans le marché couvert (salle des fêtes actuelle). Je l'ai vu bourrée jusqu'à la toiture. La semaine suivante ce pouvait être les animaux: vaches, porcs, etc., une autre semaine: céréales (avoine, pommes de terre, etc.) Un contrôleur, issu de l'administration française passait régulièrement dans chaque commune pour fixer la répartition de l'imposition au prorata de chacun. Une commission de quatre membres, personnalités cantonales très connues, surveillait, à chaque livraison, la bonne marche des opérations. Muni d'un bon, les fournisseurs allaient se faire dédommager à la perception, sur le budget de la France, bien entendu! Il est à remarquer la diabolique subtilité de l'occupant qui faisait piller la France à son profit, par les Français euxmêmes. Un après-midi, que je situerais au printemps 1943, mon frère s'en revenait de Damvillers où il était allé livrer un chargement de céréales, à la réquisition. A peine avait-il quitté le chef lieu de canton qu'il rencontra deux soldats allemands qui tentaient de regagner le camp de Bréhéville en s'appuyant sur leurs bicyclettes qui, dans ce cas là, leurs permettaient de conserver un équilibre des plus précaire, après, sans doute, avoir apprécié, avec exagération, la finesse des alcools français. Arrivés à hauteur du chariot, ils manifestèrent le désir de monter dans celui-ci; mon frère s'exécuta de bonne grâce et embarqua, vélos et bonshommes. Bercés par le bruit des roues sur l'asphalte, ils ne tardèrent pas à s'endormir, du sommeil du juste, allongés de tout leur long. Survint un habitant de Bréhéville, à bicyclette, qui jugeant immédiatement la situation, en parvenant à hauteur de l'attelage, et lançant un clin d'œil complice à mon frère lui dit, en patois:" Te moune au fié don " (Tu conduis au fumier donc ), incompréhensible pour une oreille non initiée. Arrivant à Ecurey, il se délesta de son chargement, le sommeil réparateur ayant dégrisé en partie les deux ivrognes qui probablement regagnèrent leur cantonnement par leurs propres moyens.

          Autre anecdote: ce jour là, si ma mémoire est bonne, nous devions être le 30 août 1944, mon père fut astreint à livrer une vache à viande à la commission de ravitaillement du canton de Damvillers -, après le repas de midi pris rapidement, un cheval est attelé au tombereau, la vache attachée derrière, mon père tenant les guides du cheval, moi suivant tranquillement le tout et en route pour Damvillers. L'animal particulièrement placide ne manifestait aucune rétivité. Tout au long du parcours, nous sommes doublés par des véhicules militaires, camouflés par des branchages, un soldat sur chaque aile, la mitraillette menaçante. L'inquiétude commence à nous gagner, néanmoins nous arrivons à Damvillers sans encombre. Mais là, les difficultés vont commencer, les rues sont littéralement remplies de véhicules militaires avec des soldats poussiéreux, mal rasés, semblant fatigués. Ceux-ci sont habillés, couleur kaki, celle de l'Africa Korps, qui combattait en Afrique du nord (Libye, Tunisie ). Nous sommes en présence d'une armée qui bat en retraite, mais en bon ordre, semble-t-il. Et au beau milieu de cet embrouillamini, les cultivateurs du canton essayaient de se frayer un passage. La livraison terminée, très vite, nous reprenons le chemin du retour et arrivons, tout heureux, en fin d'après midi, à Lissey. Là, autre problème. Voilà qu'apparaît à la fenêtre une dame de Lissey (madame MENU ), l'air inquiet, qui s'adresse à ma mère:

  • - Jean est-il là?
  • - Oui, ils viennent de rentrer de Damvillers!
  • - Je reviens d'Ecurey en me dépêchant. Les allemands du camp réquisitionnent les cultivateurs d'Ecurey, avec chariots et chevaux, pour le déménager, ils vont sans doute venir ici, dit-elle!

          Mon père réfléchi quelques secondes, pris un outil sur son épaule et dit:

  • - S' ils viennent, je suis dans les champs!

          Et il partit. Nous attendîmes, maman et moi, avec inquiétude, leur venue, d'un instant à l'autre. Les minutes puis les heures passèrent. Plus le temps s'écoulait, plus l'espoir grandissait. Finalement, au crépuscule, on était à peu près rassurés; mon père réapparu à la nuit tombante.

  • - Ils ne viendront plus à cette heure, dit-il !

          Et on se coucha à peu près tranquilles.

          Nous fûmes réveillés, le lendemain matin, par des explosions. C'étaient les installations du camp qui sautaient. Une fumée noire apparut dans sa direction, au dessus de la côte. Désormais, c'en était fini du camp, de l'occupation, nous attendions nos libérateurs, le compte à rebours commençait. Mais le lendemain, dans l'après-midi, une unité allemande envahit les rues du village, faisant ouvrir les granges, garages, manifestement pour y cantonner. Soudain apparu un véhicule, un officier debout à l'intérieur, hurlant des ordres d'une voix rauque. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les allemands s'évanouirent, comme une volée de moineaux. La rumeur a immédiatement couru que cette unité était là pour miner le terrain au fur et à mesure de leur retraite, mais la soudaineté de leur fuite ne laissait pas de doute: ils avaient les américains sur les talons. Le 2 septembre, sur le soir, une jeep américaine, avec deux G.I., sur laquelle avait pris place des jeunes gens de Damvillers et une dame de Lissey, ont surgi subitement, c'était les premiers libérateurs. Aussitôt, quelques habitants remplis d'allégresse, entreprirent de sonner les cloches à toute volée, sonnerie vite interrompue par l'attitude des deux américains manifestant visiblement leur mauvaise humeur.

          Que s'est-il passé le 30 août à Ecurey? Un détachement allemand est descendu du camp et à imposé la réquisition des cultivateurs avec leurs attelages, c'est à dire chevaux et chariots, pour se rendre au camp, sans délai, avec pour objectif: l'évacuation et la retraite de la garnison.

          Voici la liste des cultivateurs réquisitionnés: Mrs. Paul WILLAUME, Pol RICHARD, Georges WILLAUME, Emile HEMART, Lucien SIMONIN, Robert FRONIEUX (remplaçant Georges WILLEMIN, malade ) et Arthur RICHARD, de la petite Lissey.

          Lorsque le convoi repassa au village, avec les chariots chargés de soldats avec leurs bardas, ils n'eurent pas même le temps de se rendre chez eux pour embrasser leurs proches et prendre quelques vêtements. Au contraire, ce sont ceux-ci qui accoururent aux chariots pour leur apporter quelques vivres et de quoi se couvrir. Départ pour une destination inconnue et           "schnell". Pendant plusieurs jours, l'inquiétude était à son comble dans les familles. Aucune nouvelle de nulle part. Qu'étaient-ils devenus? Ils pouvaient être exposés aux attaques aériennes des alliés.

          Puis, un jour, dans la première semaine de septembre, deux personnes réapparurent: Lucien SIMONIN et Georges WILLAUME, à pied, ayant abandonné leur attelage. Lorsqu'ils franchirent la frontière entre le Luxembourg et l'Allemagne, ils prirent peur et à l'occasion d'une pause, réussirent à fausser compagnie à leurs geôliers. Dés lors, devenus fugitifs, ils durent se cacher à plusieurs reprises dans les fourrés, des patrouilles allemandes les recherchaient avec des chiens. Après bien des péripéties, ils purent rentrer au village et donner des nouvelles des autres qui devaient se trouver près de Trêves, à ce moment-là. Ils n'eurent pas à se plaindre du comportement des allemands qui les traitèrent avec respect.

          Nous sommes dans la première semaine de septembre, lorsqu'un détachement de l'armée américaine composé de quelques chars et autres véhicules plus légers et d'une cinquantaine d'hommes de troupe, vint stationner pour la journée à proximité du village. A partir de ce jour, on put considérer la libération comme effective.

          Dans le petit matin ensoleillé et calme de ce dimanche du 10 septembre 1944, reconduisant les vaches laitières au parc, après la traite, mon attention fut attirée par un bruit de roulement provenant de la route dite de la "Franche Chaux" ou plus communément de la " Thinte". Au fil des minutes, le bruit allait grandissant et on put reconnaître le son caractéristique que font les roues à bandages. Mon attention se porta dans cette direction, mais la configuration du terrain ne me permettait pas de voir la route sauf le sommet de l'ancien pont du chemin de fer qui en émergeait et d'apercevoir, d'abord furtivement, un attelage passer au trot, puis un second, puis un troisième, puis plusieurs autres. Je compris tout de suite qu'il s'agissait des cultivateurs d'Ecurey qui rentraient au bercail ramenant ainsi avec eux, dans leur famille et dans la population, le bonheur de la fin d'un cauchemar. Heureuse coïncidence; c'était la fête patronale ce jour-là. De plus ils ramenaient également les attelages de leurs camarades évadés. Au moment de prendre congé de leurs ravisseurs, certains de ceux-ci dirent leur certitude de revenir de nouveau en France, en vainqueur.

          L'occupation, ce fut avant tout les restrictions, les tickets de rationnement, l'âge d'or du marché noir qui n'a fait qu'empirer tout au long de ces années. Restrictions surtout pour les citadins; le hasard qui m'a fait naître dans une famille d'agriculteurs s'est trouvé être une chance car nous avons traversé ces épreuves sans connaître la faim ce qui n'a pas été le cas de la majorité des français qui devaient se contenter des tickets d'alimentation.

          La population était classée par catégories, selon l'âge ou la pénibilité du travail pour la répartition des rations alimentaires.

  • - J1 de 3à 6 ans
  • - J2 de 6 à 13 ans
  • - J3 de 13 à 21 ans
  • - A : adultes de 21 à 70 ans
  • - T.F: travailleurs de force de 21 à 70 ans
  • - V: vieux de plus de 70 ans
  • - E: enfants de moins de 3 ans

          La catégorie A, par exemple, en 1941, avait droit à:

  • - 240 gr. de pain par jour
  • - 250 gr. de viande par semaine
  • - 75 gr. de fromage par mois
  • - 550 gr. de matière grasse par mois
  • - 500 gr. de sucre par mois
  • - 200 gr. de riz par mois
  • - 250 gr. de pâtes par mois
  • - 3 litres de vin par mois

          Les rations étaient plus conséquentes pour les travailleurs de force et pour les J 3. Différentes aussi pour les jeunes enfants avec des aliments lactés en plus.

          Les gens de la terre firent preuve d'ingéniosité à qui mieux mieux. Le concasseur à grain qui servait à moudre pour les animaux se fit moulin à blé; un vieux bas de soie se transforma en tamis à farine, le four de la cuisinière, en four à pain. Toutes ces opérations se faisaient, naturellement, le plus discrètement possible. A chaque fournée, ma mère gardait une poignée de pâte qui servait de levain pour la prochaine. Le pain du boulanger ne pouvait soutenir la comparaison, celui-ci tenait plus du mastic de vitrier que du pain proprement dit. Il entrait dans la composition de la farine toutes sortes d'ingrédients; y trouver de la paille moulue était chose courante. Les betteraves à sucre, après un traitement particulier, découpées au coupe-racine et ébouillantées, le jus obtenu subissait une seconde cuisson, à feu doux, jusqu'à l'obtention d'une sorte de mélasse pouvant palier au manque de sucre. L'orge grillée suppléait au manque de café, la racine de chicorée grillée à la chicorée. Les colzas, navettes fournissaient l'huile après passage à l'atelier artisanal de Bréhéville. Avec les dépôts, fonds de bidons, vieux saindoux, etc ... additionnés de soude caustique on fabriquait un excellent savon après chauffage et ébullition.

          Il en fut de même pour les vêtements grâce à la récupération d'effets militaires. A ce sujet, en fin d'été 1940, une rumeur persistante, prétendait qu'un énorme dépôt de vêtements militaires était abandonné dans la forêt d'Haraumont. Une partie de la population organisa une "expédition", le terme n'était pas exagéré compte tenu de l'éloignement : plus d'une douzaine de kilomètres aller et retour, car l'épreuve en valait le déplacement. Chacune des personnes en ramena d'énormes baluchons de vêtements, chandails, vestes, pantalons, chaussures, capotes,, ceintures de flanelle rouge qui équipaient certaines troupes coloniales et qui une fois teintes servirent à la fabrication de maints vêtements féminins par de nombreuses couturières improvisées. Les capotes au tissu épais fournirent de remarquables et confortables pantoufles.

          Il fallu attendre 1949 pour voir disparaître les derniers tickets de rationnements, avec l'espoir de ne jamais revoir pareilles calamités.

          Les restrictions concernaient également les chaussures lesquelles n'étaient délivrées que contre des bons. Ce fut l'age d'or des semelles de bois, ce qui donnait à la démarche un déhanchement particulier, surtout chez les femmes lesquelles étaient plus nombreuses que les hommes à porter ce genre de chaussures.

          Il ne faut pas non plus oublier le manque presque total de carburant, ce qui favorisa l'avènement du gazogène qui se caractérisait par le montage d'une chaudière cylindrique d'environ 2 mètres de haut sur 0,50 de diamètre, sur le côté du véhicule. Il était approvisionné par du charbon de bois pour le gazogène ou par de petites bûches de bois pour le gazobois. En fait peu de voitures particulières en furent équipées pour une raison d'encombrement. Le fonctionnement de cet appareil était le suivant: la combustion du charbon ou du bois se faisait avec un minimum d'oxygène, de telle sorte que se dégageait, après filtration, un gaz combustible ( appelé gaz pauvre ), branché sur l'admission du moteur et alimentant celui-ci. Le rendement était infiniment plus faible que le carburant ordinaire; la boite de vitesse était souvent sollicitée et bien des côtes ne pouvaient être franchies qu'en première. Les autocars des Rapides de la Meuse qui assuraient les lignes Verdun - Monmédy étaient dotées de ce procédé, pendant la durée de la guerre. Périodiquement, il était indispensable d'alimenter la chaudière, même en rase campagne, si le besoin s'en faisait sentir. Aussi pour parcourir des distances relativement longues cela nécessitait l'embarquement d'une quantité de sacs de charbon ou de bûches très importante. Une grande partie du parc de poids lourds et transport en commun français a roulé au gazogène toute la durée de la guerre. Pour le département de la Meuse, il a été octroyé 584 licences pour les véhicules en circulation , ayant fait la demande à la préfecture pour l'installation d'un dispositif " gaz ", pour l'année 1941. Peu à peu une modification permit d'utiliser des petites bûches de bois, procédé moins onéreux que le charbon mais à condition d'utiliser du bois bien sec.

          Les restrictions s'étendaient également aux pneus de vélos qui ne s'obtenaient que par bons avec priorité aux personnes pour qui la bicyclette était indispensable pour travailler ( facteurs, gendarmes...). Pour les autres, il restait le marché noir: ce fut l'époque des emplâtres ( pneus usagés, découpés en pièces et glissés entre la chambre et le pneu ) ce qui avait pour effet, pour peu que la pièce fut un peu épaisse de donner des secousses dans le guidon. Chez les quincailliers les stocks de tuyaux d'arrosage furent rapidement épuisés, ceux-ci étaient à l'époque en caoutchouc toilé, coupés à la longueur voulue et raboutés à l'aide d'une agrafe en fil de fer. Avec un tel équipement, inutile d'envisager de battre le record de l'heure...! Tout juste descendre les côtes, à la limite faire le plat à condition de ne pas avoir le vent contraire, quant à monter les côtes...?

          Restrictions encore sur le tabac. Une carte est délivrée, aux hommes seulement, au-dessus de 16 ans, qui donnait droit à un paquet de tabac et deux paquets de gauloises par mois, si mes souvenirs sont exacts. Aussi, c'est l'époque des expériences: reine des prés, armoise, feuilles de noyer, barbe de maïs, etc, etc..., qui empestaient l'atmosphère des grands fumeurs. Petit à petit, on vit croître des plants de tabac dans les jardins; chacun y allant de sa recette concernant le traitement des feuilles, mais jamais la qualité de ces ersatz n'égala le tabac de la SEITA....

          Pendant ces années noires que devenait la jeunesse? Les jeunes citadins bénéficiaient du cinéma mais pour les ruraux, aucune distraction. Bals et réunions de toutes sortes interdits, couvre-feu, il restait les promenades du dimanche après-midi. Toutefois, à partir de 1942, il fut possible de faire du théâtre, au profit des prisonniers de guerre, par l'intermédiaire de la Croix rouge, qui envoyait de temps à autre, des colis dans les "Stalags". Les communes voisines, Bréhéville, Ecurey, commencèrent les premières. Handicapée par l'absence de salle suffisamment grande, Lissey , pendant un temps, est restée à l'écart de ce mouvement ( la salle des fêtes actuelle n'existait pas encore ). Par la suite, on emménageât une grange, avec les portes roulantes de la halle aux marchandises de l'ancienne gare du "Tacot". On installa des tréteaux faisant une scène  tout à fait acceptable et sous l'impulsion de quelques personnes dévouées, se créa une troupe capable de jouer de petites saynètes pour les plus grands et des chants folkloriques pour les plus jeunes. Ce local n'existe plus, il se situait à l'arrière du  n°1 de la rue du général Dupuy, aujourd'hui effondré. Dès la fin de la guerre, la jeunesse s'est précipitée dans les bals publics dont elle était sevrée depuis si longtemps, du même coup, le théâtre disparut des distractions, brisant peut-être de futures carrières de comédiens... Deux représentations furent données au printemps 1943 et une un an plus tard.

          Ce récit serait incomplet si l'on occultait la prise de possession par l'autorité allemande d'une partie des terres productives de la région. A partir de 1941, chaque exploitation d'une certaine importance, dont le mari était absent, la plupart du temps prisonnier de guerre, était expropriée par l'intermédiaire de la société " Ostland"; presque toutes les fermes de la région l'ont été, sans dédommagement. A Lissey, la ferme de la Bergerie avec sa voisine de la Roche, territoire de Bréhéville, furent réquisitionnées. Toutes les terres, appartenant à des cultivateurs des deux communes, contiguës à ces fermes ont été également expropriées. Ainsi mes parents ont du céder, environ 6 hectares à la Bergerie. Un chef de culture allemand commandait ces deux fermes. Au début il logeait à Lissey, par la suite il s'installa à Ecurey. La main d'œuvre était recrutée sur place et plusieurs habitants trouvèrent là du travail. Les allemands finirent par faire main basse sur certaines maisons inoccupées avant d'y loger des polonais. Ainsi, dès 1943, près de 6000 polonais, femmes, enfants et hommes âgés, déportés de Pologne, furent répartis dans le nord meusien. Ces esclaves des temps modernes fournirent la main d'œuvre de ces fermes. Pour Lissey, 36 polonais, essentiellement des femmes et des enfants travaillèrent à la Bergerie et à la Roche, logeant à la petite Lissey pour la plupart. Trois familles résidaient à Lissey, venant de Belgique. Céréales, choux et pommes de terre étaient les principaux assolements. Il est intéressant de savoir que seule la zone interdite était soumise à ce régime; région qui s'étalait de Rethel dans les Ardennes à Dole dans le Jura en passant par Vouziers, Ste Menehould, St Dizier, Chaumont, en vue de l'annexion pure et simple de ces territoires par l'Allemagne si celle-ci était sortie victorieuse de la guerre. Les premiers tracteurs apparurent à cette époque.

          Il y a quelques années, Monsieur le maire a reçu une lettre de Pologne émanant d'une polonaise ayant séjourné à Lissey pendant les années de guerre, demandant la signature de deux témoins pouvant attester de cette présence et son appartenance à la "Ostland" qui exploitait les fermes de la Bergerie et de la Roche. A cette époque, elle avait à peine 20 ans. Récemment la république fédérale d'Allemagne, a décidé d'indemniser les survivants de ces populations déportées. L'ayant moi-même connue visuellement, j'ai témoigné ainsi que Monsieur Agoyer R. qui l'avait également bien connue puisqu'il travaillait à la Bergerie à l'époque. Cette personne a envoyé des remerciements depuis et je suis particulièrement heureux d'avoir accompli ce geste (parmi d'autres sans doute ) ce qui a permis de redonner un peu de dignité humaine à ces malheureuses populations.

          Début de l'automne 1944, la libération est maintenant effective pour l'ensemble du département de la Meuse. La ligne de front s'est stabilisée devant Metz; de temps à autre quelques bombardiers allemands se risquent à quelques raids nocturnes occasionnant des dégâts, en particulier à Verdun, détruisant quelques immeubles.

          Dans la soirée d'un des derniers jours de septembre, le bruit d'un avion attira l'attention des habitants du quartier, suffisamment pour nous retrouver dehors en compagnie de nos voisins. Cet avion décrivait des cercles au-dessus de la région et essuyait régulièrement le tir de barrage anti-aérien américain dès qu'il se dirigeait vers le sud. La nuit était maintenantcomplètement tombée et la lune, grosse, était levée depuis quelques temps, en direction de l'est, éclairant la campagne de sa pâle lumière. Soudain le vrombissement de l'avion cessa et apparut l'espace de quelques fractions de seconde, sa silhouette passant devant la lune en plongeant légèrement. A l'instant même s'alluma dans la nuit une rafale de flashs dans la direction de Damvillers. On se regarda tous d'un air interrogatif alors que des voix s'élevaient dans l'assistance - " Ce sont des bombes sur Damvillers !!! " - Au même moment claquèrent le bruit des explosions tandis que l'avion remettant en marche ses moteurs vrombissait à nouveau et s'évanouissait dans la nuit. Chacun de nous se coucha ce soir là, s'interrogeant sur l'inquiétante question: où étaient tombées toutes ces bombes? Aussi, dès le réveil, je me précipitai à l'observatoire de la veille. Aucune fumée résiduelle ne planait sur le bourg, donc probablement pas d'incendie, tandis que le clocher de l'église brillait sous les rayons du soleil levant. Enfin des nouvelles rassurantes parvinrent en fin de matinée. Les bombes, une vingtaine, étaient tombées derrière le village, en chapelet, non loin du carrefour de la route de Dombras et Romagne et de la scierie près du cimetière, parallèlement à la rue Carnot. Le bombardier avait raté sa cible d'assez peu, peut-être trompé par le faible éclairage lunaire, sinon c'était toute la rue prise en enfilade. Fort heureusement ces raids ne se renouvelèrent pas, cela semblait tenir plus des représailles que de la stratégie.

          Décembre 1944. Est-ce qu'ils ne vont pas nous refaire le coup de mai 1940..? Question angoissante que tout le monde se pose en ce matin froid et humide de la mi- décembre. Les communiqués de la T.S.F nous annonce que l'armée allemande lance une puissante offensive sur les frontières belges et luxembourgeoises, le matin à l'aube et comme quatre ans et demi plus tôt, le canon ne tarde pas à tonner dans la même direction. Les troupes américaines, surprises, se replient rapidement. Vont-ils tenir ? Certes l'armée américaine n'a rien de commun avec son homologue française de 1940; déjà rompue aux combats de Normandie et pour certaines unités par la campagne d'Italie; une aviation maîtresse du ciel; donc des atouts incontestables. Malheureusement, les conditions atmosphériques détestables ne permettent pas la sortie de l'aviation; la pluie, le brouillard et bientôt la neige permettent aux allemands de profiter de cette situation qui dure pour progresser jusqu'à proximité de la Meuse en aval de Dinant mais heureusement sans franchir le fleuve. Nous reprenons espoir lorsque le temps se met soudain au froid sec, permettant à l'aviation d'attaquer les colonnes allemandes. Les troupes au sol réagissent et l'offensive s'essouffle et tourne court. Cet épisode a duré environ un mois. Enfin nous respirons, car la question hantait tous les esprits: allaient-on, de nouveau, être jetés sur les routes de l'exode, comme quatre ans et demi auparavant ? Heureusement, la situation était bien différente puisque nous étions à cinq mois de la capitulation et c'était bien le chant du cygne de l'armée allemande auquel nous venions d'assister.

 

Commentaires (2)

1. Bernard ROUYER 04/04/2010

Bravo Marc !
Ton exode est aussi celle de mon père et de mes grands-parents, puisque vous étiez tous ensemble. Mon père n'ayant jamais été très prolixe sur la question, j'en ai appris pas mal en te lisant.
Merci.
Bernard

2. Sarda christian marie (site web) 16/04/2015

Bien , très bien et sans faute ( 1!); très bon témoignage, et style coulant, facile à lire. S C.M.

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