Carnet de guerre de Victor Colin

Retranscription du carnet appartenant à M Colin Victor

Présentation

Les pages qui suivent sont la retranscription du carnet de guerre rédigé par l'arrière-grand-père de M. Yoan Gaillemin, témoin et acteur de la Première Guerre mondiale.

Ce carnet manuscrit, précieusement conservé par sa famille depuis plus d'un siècle, constitue un témoignage exceptionnel sur le quotidien d'un soldat durant le conflit de 1914-1918. Au-delà des faits militaires, il retrace avec simplicité et authenticité les épreuves, les espoirs et les émotions vécus au front.

En 2026, alors que Georges Aubry-Coupard était hospitalisé au Centre Hospitalier de Verdun, il a fait la connaissance de M. Yoan Gaillemin, son voisin de chambre. Au cours de leurs échanges, M. Gaillemin lui a fait découvrir ce précieux document familial et a généreusement proposé qu'il soit retranscrit afin d'en préserver la mémoire et de le rendre accessible à un plus large public.

M. Yoan Gaillemin a donné son accord pour la publication intégrale de ce carnet sur le site Internet de Georges consacré à l'histoire de Lissey et à la mémoire locale. Nous le remercions très sincèrement pour sa confiance et pour son souhait de partager ce témoignage avec tous ceux qui s'intéressent à la Grande Guerre.

La présente édition est une retranscription fidèle du manuscrit original. Lorsque cela sera nécessaire, des notes explicatives, des cartes ou des précisions historiques pourront être ajoutées afin d'aider le lecteur à mieux comprendre les événements, les lieux et les personnes évoqués, tout en respectant l'esprit et le contenu du texte d'origine.

Puissent ces pages contribuer à transmettre la mémoire de celles et ceux qui ont vécu la Première Guerre mondiale et rappeler, à travers le destin d'un homme ordinaire, la réalité d'un conflit qui a profondément marqué notre histoire.

Couverture du carnet de Victor Colin

L’ouverture du carnet : page de garde et début du récit.

Page de garde et première page du carnet de Victor Colin — cliquer pour agrandir

«Mémoires d’un soldat de la classe 1914, de Réville (Meuse)

Au commencement de la guerre, qui s’est déclarée le 4 août 1914, j’étais domestique dans une ferme, appelée Sillon Fontaine, à quatre km de mon village.

Le premier jour de la mobilisation, le premier domestique a été mobilisé, et le deuxième ce fut le tour du patron, M. Thierry, qui laissa sa femme seule avec ses quatre enfants, dont le plus jeune avait quatre ans, moi seul comme domestique.

Dès le premier jour de la guerre, nous entendions le canon, grondant au loin, mais chaque jour se rapprochant, et bientôt nous entendîmes la fusillade, et nous voyions déjà beaucoup d’émigrés passer sur la route allant à l’aventure, poursuivit par les Boches qui étaient déjà en France, et qui avançaient rapidement, poursuivant nos troupes en déroutes.

Le 27 août, j’étais à la charrue, tout à coup, je vis arriver la plus âgée des enfants de la patronne, qui venait vers moi en pleurant, et me disant que sa mère l’avait envoyé me dire de rentrer tout de suite, que nous allions partir. Quand j’arrivai à la ferme, la patronne avait déjà préparé le départ, un peu de linge, un matelas, enfin tout ce qui avait de plus précieux dans le ménage, le tout était placé sur un chariot.

En ville, j’avais vu passer ma tante Augustine, la sœur à ma mère, qui me dit que mes parents étaient restés à Réville. Alors je dis à ma patronne que je ne voulais pas partir sans savoir ce que mes parents feraient chez nous, mais ma patronne se mit à pleurer me disant que j’allais la laisser seule, et pourtant, comment faire, mes parents passaient tout de même avant tous les autres. Mais elle m’a tant prié que je suis parti, et j’ai su par la suite que j’ai bien fait, car je serais retourné chez nous, je serais été fait prisonnier.

Donc nous sommes partis, la patronne conduisant les chevaux et le chariot, et moi je conduisais les bêtes à cornes. En passant à la ferme de la Ville Neuve, nous nous sommes arrêtés, car la patronne avait convenu que l’on partirait ensemble, alors nous avons mélangé le bétail, et nous sommes partis pour Montfaucon, où ma patronne avait son beau-frère.

Nous sommes passés par Sivry sur Meuse, où les ponts étaient gardés militairement, la sentinelle a laissé passer les patrons, mais moi, avec le domestique de l’autre ferme, elle nous a fait faire demi-tour, nous disant que nous n’aurions pas le droit de passer avec du bétail, car ils pouvaient sauter, et nous fûmes forcés de retourner, ne sachant où aller.

Nous décidâmes d’aller passer sur le pont de Consenvoye, mais la sentinelle nous fit la même réponse qu’à Sivry, et là nous nous dirigeâmes sur Verdun. Nous avons marché le reste de la journée, et la nuit nous a surpris à Vacherauville.

Nous mîmes nos bêtes dans un champ d’avoine, au bord de la route, car on ne regardait plus à rien, toutes les récoltes étaient déjà saccagées par les troupes. Pendant que mon camarade gardait les bêtes, je suis parti au village, pour aller chercher à manger, mais je n’ai rien pu trouver, et pourtant nous mourrions de faim, nous n’avions pas mangé depuis que nous avons quitté la ferme.

Nous avons été forcés de nous nourrir avec le lait des vaches, et d’un peu de pain que j’avais trouvé sur le bord de la route. Puis nous étions trempés, car il avait plu toute la journée, et nous n’avions rien pour nous changer, car nos hardes étaient restées sur les chars, à dix lieues environ.

Le lendemain matin, nous reprîmes notre marche, et nous avons pu passer sur le pont de Charny, puis nous sommes arrivés à Béthincourt [?] où nous avons passé la nuit, puis nous sommes enfin arrivés à Montfaucon, où nous avons retrouvé nos patrons, qui se demandaient ce que nous étions devenus.

Pendant ce temps la bataille faisait rage, les Boches revenaient toujours à la charge, malgré la ténacité de nos troupes, et au bout de trois jours, ils ont réussi à percer la Meuse et ont marché rapidement vers Montfaucon, d’où nous sommes encore repartis de nouveau notre fuite.

Nous sommes allés coucher à Bouréuilles, mais il a encore fallu partir le lendemain, et nous avons couché à Varennes-en-Argonne [?], puis dans les Argonnes.

Les Boches avançaient toujours et tous les jours il nous fallait fuir comme des bêtes traquées. D’Auzeville nous sommes allés à Aubréville, où nous n’y avons encore passé que la nuit. Le lendemain, nous continuâmes notre fuite, et en passant à Froidos, des officiers nous ont fait garer dans un coin du village, pour laisser passer les troupes, et à cinq heures du soir nous y étions encore. Nous avons repris notre marche, mais à l’aventure, car nos patrons étaient partis devant nous, et ne nous avions… et où ils allaient.

Nous sommes arrivés à Erize la Petite, et facilement nous retrouvons la position de mon camarade, mais la patronne n’y était pas. Je demandai où elle était, il me répondit qu’ils s’étaient déplacés, et qu’elle n’avait pas voulu les suivre, et qu’elle était partie à Rembercourt avec le patron.

Alors j’y suis allé, et je l’ai trouvée, et elle m’a dit que le lendemain elle se dirigerait sur Bar-le-Duc.

Quand je suis rentré à Erize, M. Noël, le patron de mon camarade, avait vendu toutes les bêtes à la boucherie militaire à Rupt devant Saint-Mihiel, même celles de ma patronne, sans lui demander autorisation. De là est venu une discussion, et il me dit que si je ne voulais pas livrer les bêtes, que je n’avais qu’à les démêler et m’en aller, mais pour partir seul avec un troupeau et sans chien, ce n’est pas chose facile, et ayant réfléchi je suis parti avec eux le lendemain matin.

Quand nous sommes arrivés à Rupt, la boucherie militaire était partie, et nous sommes allés aux Paroches, à côté de Saint-Mihiel.

Là, nous sommes restés trois jours, mais ne sachant où était ma patronne, et n’y tenant plus, j’ai été dire à M. Noël que j’allais m’en aller, d’abord pour retrouver ma patronne, puis pour me rendre au bureau de recrutement, car étant de la classe 14, et tous les camarades de ma classe étant partis, j’avais peur d’être appelé comme insoumis.

Je suis allé trouver le maire des Paroches, pour me faire délivrer un laissez-passer pour Saint-Mihiel, et j’ai eu de nouveau un laissez-passer délivré pour Bar-le-Duc, pour aller voir si ma patronne y était. J’ai bien cherché toute la journée, mais je ne l’ai pas vue.

En passant sur un pont, pour rentrer en ville, des sentinelles m’ont arrêté, parce qu’il était plus de dix heures du soir, et m’ont emmené au poste. Un lieutenant m’a questionné et m’a demandé mes papiers, mais comme papiers je n’avais que mon laissez-passer, et il voulait me retenir prisonnier, alors je lui dis que je voulais me rendre au bureau de recrutement, étant de la classe 14, et il m’a laissé partir.

J’ai été couché à la gare, et le lendemain, je suis allé au bureau, qui m’a envoyé à la place, de laquelle j’ai été envoyé à Troyes, où je devais m’acheminer au commissariat militaire de la gare.

À Troyes, le commissariat m’a fait de nouveau passeport pour me rendre au Mans, où je ne suis pas allé, car en passant à Angers, j’ai été au commissariat pour lui demander à manger, car je n’avais pas d’argent pour en acheter, je lui ai montré mes passeports, et il m’a dit que je n’avais pas besoin d’aller au Mans, que je n’avais qu’à aller au bureau de recrutement d’Angers.

J’y suis allé, et j’ai été mis en subsistance au 135e d’Infanterie, caserne Desjardins. Huit jours après, j’ai reçu ma feuille de route, venant de Nantes, où était mon bureau de recrutement, qui était à Château-Gontier [?], et qui m’envoyait au 166e d’Infanterie à Verdun.

Je suis arrivé dans cette ville le 21 septembre 1914, dans la nuit, et j’ai été envoyé à la caserne Jardin Fontaine, où était le dépôt du 166e, et j’ai été affecté à la 30e compagnie.

Le lendemain, j’ai rencontré dans la cour de la caserne, mon camarade d’enfance, Auguste Richier, qui était arrivé depuis quelques jours et était à la 29e compagnie.

Comme il était parent avec ma patronne, je lui ai demandé s’il ne savait pas où elle était, et j’ai appris, par lui, qu’elle devait être à Loigny en Barrois, mais qu’il n’en était pas sûr. J’ai écrit au maire de ce village, et c’est ma patronne qui m’a répondu, me disant qu’elle était à Longeville, près Bar-le-Duc.

Depuis ce jour j’ai eu de ses nouvelles, mais de mes parents ni de mon frère qui était domestique à Levry en Meuse, rien.

J’avais aussi mon deuxième frère au 166e, mais il était au front depuis le début, je lui ai écrit, et j’ai eu aussi de ses nouvelles, mais ne pouvait me dire où il était, vu la censure.

Le 13 novembre j’ai été désigné pour partir au front, j’ai rejoint le régiment, à Manheulles, où j’ai été affecté au 3e bataillon, 9e compagnie, qui était en réserve dans ce pays, qui était déjà en ruine.

Mon frère, Augustin, était au 2e bataillon, 8e compagnie, et était dans les tranchées, et l’on ne pouvait se voir, vu que quand il était dans les tranchées, moi j’étais en réserve.

Trois jours après mon arrivée, je suis parti aux tranchées, mon bataillon achevait la relève, mais je n’ai pu le voir, j’étais en ligne entre Riaville et Marchéville dans la boue, où il y avait de l’eau jusqu’aux genoux.

Un soir j’ai rencontré mon frère, ah ! ce que nous étions heureux de nous embrasser, et il m’a demandé que je veuille bien faire une demande pour entrer dans sa compagnie, étant en réserve. J’ai fait ma demande au capitaine, cette fois nous étions en réserve à Bouconville.

Ma demande a été accordée, et au lieu d’aller aux tranchées faire la relève, j’ai été rejoindre mon frère à Manheulles, où son bataillon était en réserve, le 26 décembre 1914.

Le 18 mars 1915, nous avons attaqué Marchéville, mais nous avons été repoussés, et de ma compagnie, nous ne sommes rentrés qu’à 47, malheureusement mon pauvre frère était du nombre de ceux qui étaient restés sur le champ de bataille.

Nous avons attaqué à 3h de l’après-midi, comme signal d’attaque, nous avions une mine qui devait exploser au moment de l’assaut, j’étais auprès de mon frère, mais la mine a sauté juste devant nous, et j’ai pu voir que ce n’avait été prévu, comme les blocs de terre retombaient sur nous, on s’est tous sauvé à droite et à gauche et dans la mêlée, je n’ai pas vu où était mon frère, puis il a fallu monter le parapet, et depuis ce moment, je ne l’ai jamais revu.

Quant à moi j’en suis revenu sans une égratignure, j’ai essayé de retrouver le corps de mon pauvre frère, mais mes recherches furent vaines, et j’ai su par un camarade de mon escouade qu’il avait été tué sur le parapet des Boches.

Nous sommes allés nous reformer à Châtillon-sous-les-Côtes, et le 24 nous avons de nouveau attaqué au même endroit, nous avons réussi à pénétrer dans les tranchées boches, mais nous n’avons pu les garder.

Le 7 avril nous sommes allés à la côte 233 entre Fresnes-en-Woëvre et Marchéville, et nous avons attaqué dans la nuit, nous n’avons pas pu avancer.

À 10h du matin, le 8, nouvelle attaque, nous n’avons pu déboucher, les mitrailleuses boches nous tiraient d’enfilade de trois côtés, de Marchéville et de Saulx-en-Woëvre.

Le 9, nous attaquons de nouveau, nous avons encore dû forcer de regagner nos lignes. Nous avons été relevés dans la nuit, et nous sommes allés à la ferme d’Amblonville, tout près de Haudiomont, c’est là que j’ai appris que mon pauvre camarade, Auguste Richier, avait été tué à l’attaque du 9.

Vers la fin du mois de mars j’ai reçu une lettre de mes parents, adressée à mon pauvre frère, qui lui annonçaient leurs rapatriements, et qu’ils étaient à Bosc en Chandon, Puy-de-Dôme.

Pauvres parents, comment leur annoncer la mort de mon pauvre frère, et je venais aussi d’apprendre par mon autre frère qu’il venait d’être légèrement blessé à la cuisse, d’une balle explosive, au bois de la Gruerie où son régiment le 161e d’Infanterie était en ligne.

Au mois de septembre nous avons été relevés des tranchées de Riaville, par le 351e, nous sommes allés cantonner à la caserne Chevert, croyant aller au repos, mais le lendemain il a fallu partir pour la tranchée de Calonne, d'où nous avons été relevés par le 273e le 2 octobre, et nous sommes partis au repos à Ville-devant-Belrain, pour six semaines.

Le 13 décembre j'ai obtenu ma permission de six jours que j'ai été passer à Besse auprès de mes parents, j'ai rejoint mon régiment le 24.

Le repos terminé, nous sommes partis à la caserne Marceau à Verdun, où j'ai été nommé de garde, pendant que je dormais sous le râtelier d'armes, un de mes camarades m'a fait tomber un fusil sur moi, en prenant le sien, et dont la baïonnette m'est entrée légèrement dans le cou.

Le lendemain je suis quand même parti avec ma compagnie, jusqu'à Wattonville sous les Côtes, mais comme mon cou était enflé j'ai été évacué, et j'ai été au dépôt d'éclopés de Rembercourt-aux-Pots, à Revigny.

Le 4 février 1916, j'ai rejoint mon régiment, qui était en ligne aux Éparges au point X.

Le 18, les boches ont fait sauter trois mines à 4h du matin, 4 hommes de ma section ont été pris sous un abri écroulé par la force des explosions, dont 2 ont survécu.

Le 20 j'ai été évacué pour un commencement de pieds gelés, et j'ai passé la nuit à l'ambulance d'Haudainville [?].

Le 21 j'ai été dirigé sur l'hôpital d'évacuation de Balaycourt. Le 22 à Bar-le-Duc, le 23 à Revigny, et je suis arrivé le 24 à Vichy, où j'ai été hospitalisé à l'hôpital 42. Le 28 j'ai reçu une lettre de mes parents, m'apprenant que mon frère Henri, que je croyais à l’hôpital au Mont d’Or, était aussi à Vichy à l'hôpital 48.

Le 29 j'ai été désigné pour aller à Thiers [?], mais j'ai été demander au médecin-chef, de vouloir bien me laisser à Vichy, pour être avec mon frère, et me l'a accordé. Trois semaines après, j'ai été de nouveau désigné pour aller à Randan, pour un mois, dans un château, de la comtesse de Paris, nous n'étions que 24, et soigné par un médecin civil et des sœurs, puis je suis rentré à Vichy.

Le 20 avril, j'ai obtenu une convalescence de 15 jours, et j'ai été proposé pour changement d'arme. J'ai été passer ma convalescence auprès de mes parents, et j'ai rejoint mon dépôt à Château-Gontier où je suis arrivé le 5 mai.

Le 27, j'ai passé la commission, dans la même ville, et je suis passé dans l'artillerie.

Le 20 juin, j'ai été envoyé au Mans, où j'ai été affecté au 4e d'artillerie, 68e batterie, et où j'ai fait mes classes comme conducteur.

Pendant ce temps j'ai été en convoi de chevaux à Baugé [?], dans les Vosges, puis à Brest et à la Rochelle. En rentrant de la Rochelle j'ai obtenu une permission agricole de 15 jours, mais au bout de 4 jours, j'ai été rappelé par dépêche, j'étais désigné pour aller au front.

J'ai été envoyé à Nîmes au 38e d'Artillerie, où je suis arrivé le 12 octobre, j'étais désigné pour l'armée d'Orient.

Le 4 novembre, j'ai pris le train à 1h du matin, et arrivé au jour à Marseille, d'où j'ai été dirigé sur Toulon.

Sitôt arrivé, j'ai embarqué à bord du croiseur auxiliaire le Canada, et le lendemain je partais pour Salonique. Après avoir traversé la Méditerranée, et longé les côtes d’Algérie et de Tunisie, il a fallu faire escale à l'île de Malte (île Anglaise), à cause des sous-marins de pirates.

La marche a repris dans la nuit et après avoir longé les côtes de Grèce à travers les Dardanelles, je suis arrivé à Salonique le 10 à 7h du matin.

Après avoir débarqué, j'ai été diriger sur le camp français de Zeïtenlik, tout près de Salonique. Le 27, j'ai été en convoi de chevaux, à Vakufkoy, par étapes : 1 Topsin, 2 Yenidji-Vardar, 3 Serkop [?], 4 Vodovo [?], 5 Ostrovo, 6 Banitza et 7 Vakufkoy, où nous sommes arrivés le 4 octobre, puis je suis retourné à Salonique où je suis arrivé le 5.

Le 8 j'ai été désigné pour partir au front, j'ai été affecté au 8e d'Artillerie, 93e batterie, le groupe était au repos tout près de Salonique.

Le 11 nous sommes partis vers Monastir, par étapes et par la même route, que quand j'ai été en étape convoi.

Le 13, quand je suis arrivé à Yenidjé-Vardar, deux officiers aviateurs boches, ont été forcés d'atterrir, pour une panne de moteur et ont été faits prisonniers par les Italiens.

Le 18 nous sommes arrivés à Banitza, où nous sommes restés pour attendre des ordres.

Le 26 j'ai été évacué sur Salonique, par un coup de pied de cheval, que j'avais reçu à la jambe. J'ai passé la nuit à Vertekop et je suis arrivé à Salonique le 27 dans la nuit, et le lendemain j'ai été diriger sur l'hôpital n°4.

Le 23 janvier 1917, j'ai rejoint le dépôt de Zeïtenlik.

Le 27 février, une escadrille d'avions boches, sont venus bombarder le camp anglais, et ont fait nombreuses victimes, dont trois Grecs qui revenaient du travail.

Le 4 mars, 6 avions boches sont de nouveau arrivés, qui ont jeté des bombes sur l'hôpital anglais n°29.

Le 5 je suis parti à Vakufkoy en convoi de chevaux, où je suis arrivé le 13.

Le soir j'ai repris le train pour Salonique, et en passant en gare de Vertekop, j'ai vu les dégâts qu'une escadrille d'avions boches avait fait ; ils ont fait sauter un dépôt de munitions, ce qui a fait circuler la gare, il y eut nombreuses victimes, dont 2 infirmiers anglais.

Le 21, j'ai été désigné pour partir au front.

Le 23 je suis parti, et l'on partait à pied, seulement on avait réquisitionné des Grecs, avec des chars attelés de buffles, pour conduire nos sacs.

À la 2e étape, à Yenidjé-Vardar, mes pieds me faisaient mal, j'ai été à la visite, et je suis parti en auto jusqu'à Vertekop, où nous sommes arrivés le 26, et fait séjour.

Le 28 j'ai pris le train jusqu'à Ostrovo, où j'ai attendu les camarades, et le lendemain jusqu'à Banitza, où nous avons fait de nouveau séjour.

Le 31 nous sommes allés à Sakulevo [?], où nous avons passé la nuit.

Le premier avril, nous sommes partis sur un decauville jusque Brod, où toute la ville — les avions boches étaient venus bombarder, et ont tué des Italiens, et presque tous les chevaux de la 12e section de munitions françaises — de là nous sommes allés jusqu'à Sturica.

Le 2, nous sommes enfin arrivés au col de Yure [?], où les échelons du 2e groupe du 8e d'Artillerie étaient, et il a fallu faire tout le trajet, au moins 25 km à pied dans la montagne, où il n'y avait pas encore de route. J'ai été affecté à la 33e batterie.

Le 5 j'ai été ravitailler les servants en avant, avec mes deux chevaux bâtés, comme j'entrais dans le ravin de Barista [?], les boches ont bombardé, la première marmite a éclaté à une quinzaine de mètres de moi, le 18, nous sommes... [passage raturé, illisible]

Le 5 mai, avant la préparation d'artillerie, pour l'attaque du 9, il y a eu une pièce qui a éclaté, qui a tué le pointeur et le tireur, et blessé 2 pourvoyeurs ; pendant cette préparation d'artillerie, nous ravitaillions de nuit et de jour.

Le 6 une marmite boche a éclaté sur une pièce et a blessé cinq servants ; nous avons été forcés de changer de position.

Le 12 nous avons reçu les échelons en arrière d'Yven [?].

Le 22 une escadrille d'avions ennemis sont venus pour nous bombarder à 11h du matin, mais les bombes sont tombées dans un ravin plus bas que nous.

Le 27 je suis descendu à Sturica, avec des chevaux, au bord de la Cerna, parce qu'il n'y avait presque plus d'eau à Yven.

Le 11 novembre j'ai été envoyé à l'échelon, et je suis redescendu à Sturica, le 19, parce que nous avons eu du renfort.

Le 11 et le 13 décembre, j'ai été chercher des perches au Kaïmakalan, montagne de plus de 3000 mètres d'altitude, avec des mulets bâtés.

Le 1er avril 1918, je suis remonté à Yven.

Le 4 j'ai eu un accès de paludisme, et j'ai été évacué à l'ambulance 5 d'Yven.

Le 27 je suis rentré à ma batterie.

Le 4 mai, on nous a lu la décision, que nous passions au 43e d'Artillerie Coloniale, 46e batterie, à partir du 1er avril.

Le 2 juin j'ai obtenu ma permission de 45 jours, au bout de 19 mois de l'avoir eue.

Le 3 je suis arrivé à Salonique, d'où je suis parti le 8, et arrivé par le train à Bralo, en passant par Larissa, le 9, et d'où je suis parti le même jour pour Itéa, dans des camions.

Le 14 je suis embarqué sur le Guichen, et débarqué le 15 à Tarente en Italie.

Le 16 j'ai pris le train et je suis arrivé à Livourne, en passant par Rome, le 18 ; là nous avons passé la nuit dans une caserne d'Infanterie Italienne.

Le 19, j'ai repris le train, et après avoir longé toute la côte d'azur italienne et française, je suis arrivé le 21 à Marseille, où j'y suis resté deux jours.

Le 22 j'ai pris le train à 11h du soir,

Le 23 je suis passé par Lyon, et je suis arrivé à Clermont-Ferrand, le 24, et à Besse à 1h de l'après-midi.

Le 6 août, je suis été à Annonay voir une de mes tantes, réfugiée avec toute sa famille dans cette ville, où je suis arrivé le 7.

Le 11 je suis parti pour Maisons-Alfort, où je devais me rendre, et j'ai été envoyé au 3e d'Artillerie Coloniale, 32e batterie, fort de Charenton (Seine) où je suis arrivé le 12.

Le 14, j'ai été envoyé par le major, à l'hôpital Pasteur, à Paris, pour me faire faire une prise de sang, parce que j'avais le paludisme ; après l'analysation, il m'a été trouvé négatif.

Le 15 j'ai été déclaré inapte pour tous les fronts, jusqu'à la fin du mois, pour anémie.

Le 24, j'ai passé la visite du médecin inspecteur, qui m'a maintenu inapte jusqu'au 25 septembre.

Le 3 septembre je suis entré à l'infirmerie, et je suis sorti le 10.

Le 1er octobre j'ai obtenu un sursis agricole de quinze jours que j'ai été passer à Besse où je suis arrivé le 2, et je suis rentré le 16 à Charenton.

Le 18 j'ai été à la place de la Concorde, à Paris, pour mettre des pièces boches sur la place, pour la réclame de l'emprunt National.

Le 20 j'ai été voir mon cousin Paul Grenier, qui était en permission chez sa marraine de guerre à Fontenay-aux-Roses.

Le 29 j'ai été à l'enterrement d'une jeune fille de 20 ans, enlevée par la grippe, à Fontenay-aux-Roses.

Le 30 j'ai obtenu un nouveau sursis agricole, que j'ai passé…

Le 11 l'armistice a été signé, pendant que j'étais auprès de mes parents à Besse, je suis rentré le 15 à Charenton.

Le 16 j'ai été voir mon frère à Bourges, où il travaillait dans une pyrotechnie, et rentré à Charenton le 18, j'ai [passage raturé, illisible].

Le 4 décembre je suis parti à St Aubin d'Aubigné, où je suis arrivé le 8, et j'ai été affecté au 1er d'Artillerie Coloniale à la 51e batterie, qui était cantonnée dans une ferme appelée Bois Roux, à 4 km de St Aubin.

Le 20 j'ai obtenu une permission exceptionnelle pour aller voir Reville, mon pays natal, où je suis arrivé le 22, et où je n'ai trouvé que des ruines, dans tout le village pas une maison habitable.

Le 23 je suis allé à Damvillers [?], puis à Étraye [?], où je n'ai aussi trouvé que des ruines.

Puis je suis repassé à Reville, et j'ai été prendre le train à Consenvoye en passant par Ste Menehould, toujours des ruines, et je suis arrivé à Verdun, le soir, où j'ai été couché à la citadelle.

Le 2, j'ai pris le train pour Bar-le-Duc, et de là j'ai été voir la sœur à ma mère, sa fille et ses trois enfants, ainsi que son fils Maurice, qui venait de rentrer d'Allemagne, et qui était réfugié à Nant-le-Grand [?], d'où j'en suis parti le 5 et arrivé au Bois Roux le 27 à 11h du matin.

Le 31 j'ai obtenu ma permission de détente de 10 jours, et je suis arrivé à Paris le 1er janvier 1919 au matin, et je suis allé voir trois de mes cousines qui venaient d'être rapatriées des pays envahis, et qui étaient restées avec les boches depuis 1914. J'ai quitté Paris le soir et je suis arrivé le 2 auprès de mes parents, et de mon frère qui était en permission illimitée, à Besse.

J'ai quitté mes parents le 14 janvier 1919 et je suis rentré au Bois Roux le 16.

Le 17 février je suis parti en renfort pour l'Allemagne. Je suis passé par Rennes, Le Mans, Versailles, Noisy le sec, Chalons, Nancy, passé la frontière à Avricourt, Saverne, Strasbourg, Landau, Darmstadt, Speyer, Mayence, Bingen et je suis arrivé, après 6 jours de voyage, le 23 à Münster, à la 22e batterie du 29e Artillerie Coloniale.

Le 9 mars nous avons changé de place et nous sommes arrivés à Niederlaustadt [?] le 4 en passant par Worstadt et Alzey.

Le 10 nous sommes de nouveau partis, et arrivés à Schifferstadt le même jour.

Le 25 avril j'ai obtenu ma permission de détente de 20 jours, je suis arrivé à Besse le 27, d'où je suis parti le 22 mai.

Arrivé à Schifferstadt, ma section n'y était plus, j'ai été envoyé à Mayence, en passant par Worms ; je suis arrivé à Mayence le 24 à 9h du soir, où j'ai appris que ma section était à Geinsheim sur l'autre rive du Rhin, je suis descendu du train à Oppenheim, et ai passé le fleuve sur un transbordeur, et arrivé à Geinsheim le 5.

Le 9 juin j'ai été en promenade en bateau sur le Rhin, j'ai pris le tram à Gross-Gerau jusqu'à Mayence, d'où j'ai pris le bateau jusqu'à Boppard à 40 km de Mayence, ce qui a été une très jolie promenade surtout que le temps était très beau, et j'ai vu de très jolies antiquités et de jolis pays.

Le 17, nous sommes encore changer de pays, parce qu'il y avait beaucoup de troupes qui passaient le Rhin, au cas où les boches n'auraient pas voulu signer la paix, pour l'avancer de l'avant nous sommes allés cantonner à Wallerstadt à 5 km de Geinsheim.

Le 26 juillet le régiment est rentré en France, nous avons embarqué à Mayence, nous sommes passés par Metz, Conflans, Étain, Verdun, St Menehould, Chalons, Paris, et nous sommes arrivés à Cherbourg, où nous sommes allés cantonner à la caserne de Querqueville.

Le 9 août [1919], fin juin, après 59 mois de service, avec ma classe, et suis été envoyé à Clermont-Ferrand, où j'ai été démobilisé le 11, et suis arrivé le même jour à Besse auprès de mes parents.

J'ai fait une demande de rapatriement, pour moi et mes parents, et nous sommes partis de Besse le 27 septembre, et sommes arrivés à Reville, mon pays natal, le 30. »


Photographie et carte postale jointes au carnet

Victor Colin en uniforme

Photographie du soldat en uniforme, sans texte au verso.

Carte postale (verso)

Verso de la carte postale

Correspondance :

« Souvenir de votre fils pour la vie. Charenton le 29-11-18. Colin Victor »

Adresse :

Monsieur Colin François, Besse-en-Chandesse, près de Riom (Puy-de-Dôme

ANNEXE — Itinéraire détaillé et faits marquants

Cette annexe présente, pour chacune des sept étapes du parcours de Colin Victor, la carte correspondante et le détail chronologique des lieux traversés, avec les faits marquants qui s'y rattachent.

Carte 1 – L'exode (août-septembre 1914)

Sous-titre : De Réville à Verdun, en fuyant devant l'avancée allemande

Carte 1

• Réville (Meuse) — point de départ, village natal

• Ferme de Sillon Fontaine (4 km de Réville) — il y est domestique

• Ferme de la Ville-Neuve — halte, fusion des troupeaux avec une autre ferme

• Sivry-sur-Meuse — PASSAGE REFUSÉ. La sentinelle laisse passer les patrons mais refoule Colin Victor et l'autre domestique à cause du bétail (risque que le pont saute). Ils doivent faire demi-tour.

• Consenvoye — PASSAGE À NOUVEAU REFUSÉ, exactement pour la même raison qu'à Sivry.

• (après ce second refus, ils se dirigent vers Verdun, changement de direction forcé)

• Vacherauville — nuit ; ils n'ont rien mangé depuis le départ de la ferme, se nourrissent de lait de vache et de pain trouvé au bord de la route ; trempés par la pluie, sans vêtements de rechange

• Pont de Charny — passage réussi le lendemain matin (donc après la nuit à Vacherauville, pas avant)

• Béthincourt — nuit (lecture déduite du manuscrit, à noter comme raisonnablement fiable mais non certaine)

• Montfaucon — c'est ici qu'ils retrouvent leurs patrons (pas à Béthincourt)

• (les Allemands percent la Meuse trois jours plus tard : nouvelle fuite forcée)

• Bouréuilles — nuit

• Varennes-en-Argonne — nuit (lecture déduite du manuscrit, à noter comme raisonnablement fiable mais non certaine)

• Argonne (traversée)

• Auzéville-en-Argonne

• Aubréville — nuit

• Froidos — halte forcée dans un coin du village pour laisser passer les troupes

• Erize-la-Petite — il y retrouve son camarade mais pas sa patronne (partie à Rembercourt)

• Rembercourt — il y retrouve enfin sa patronne, qui annonce vouloir aller à Bar-le-Duc

• Rupt-devant-Saint-Mihiel — conflit : M. Noël (patron de son camarade) vend tout le bétail à la boucherie militaire sans autorisation, y compris celui de la patronne de Colin Victor ; dispute, menace de le laisser partir seul sans chien

• Les Paroches (près Saint-Mihiel) — 3 jours d'attente

• Saint-Mihiel — obtient un laissez-passer

• Bar-le-Duc — recherche infructueuse de sa patronne toute la journée ; arrêté de nuit par des sentinelles sur un pont (il est plus de 22h), emmené au poste, interrogé par un lieutenant qui veut le retenir prisonnier faute de papiers, puis relâché ; il dort à la gare

• Troyes — commissariat militaire de la gare, nouveau passeport

• Angers — passe d'abord par le commissariat, puis affecté en subsistance au 135e Régiment d'Infanterie, caserne Desjardins

• (mentionnés sans déplacement personnel : Nantes et Château-Gontier, sièges de son bureau de recrutement — à représenter en encadré séparé, hors du tracé)

• Verdun — arrivée le 21 septembre 1914 dans la nuit, caserne Jardin Fontaine, affecté à la 30e compagnie du 166e RI

Carte 2 – Le secteur de Verdun (novembre 1914 – décembre 1915)

Sous-titre : Manheulles, Marchéville, et la mort du frère Augustin

Carte 2

• Manheulles — 13 novembre 1914, rejoint le régiment (3e bataillon, 9e compagnie), en réserve dans un village déjà en ruine

• Tranchées entre Riaville et Marchéville — en ligne dans la boue, eau jusqu'aux genoux (anciennement transcrit « Réville » — corrigé après comparaison de l'écriture manuscrite ; Riaville est une commune réelle à 1,75 km de Marchéville, alors que le Réville natal de Colin Victor se trouve à plus de 40 km, ce qui n'aurait aucun sens pour une ligne de tranchées)

• Bouconville — en réserve ; retrouve son frère Augustin (2e bataillon, 8e compagnie) ; demande de mutation dans sa compagnie

• Manheulles — rejoint son frère, 26 décembre 1914

• Marchéville — 18 mars 1915 : ATTAQUE, MORT DU FRÈRE AUGUSTIN. Une mine destinée à signaler l'assaut explose juste devant eux au lieu de l'endroit prévu ; les blocs de terre retombent sur les hommes qui se dispersent dans la confusion ; Colin Victor perd son frère de vue à cet instant précis et ne le reverra jamais. Sur toute la compagnie, seuls 47 hommes reviennent. Il cherchera en vain le corps de son frère ; un camarade lui apprendra plus tard qu'Augustin a été tué sur le parapet ennemi.

• Châtillon-sous-les-Côtes — reformation de la compagnie

• Marchéville — nouvelle attaque le 24 mars ; ils pénètrent dans les tranchées allemandes mais ne peuvent les tenir

• Côte 233 (entre Fresnes-en-Woëvre et Marchéville) — attaques des 7 et 8 avril, sans succès ; le 8, tirs de mitrailleuses en enfilade venant à la fois de Marchéville ET de Saulx-en-Woëvre (trois côtés de tir croisé). Note historique : c'est cette même attaque de la côte 233, dans la nuit du 7 au 8 avril 1915, qui a coûté la vie à l'écrivain Louis Pergaud (prix Goncourt 1910, auteur de « La Guerre des boutons ») — un fait à mentionner en encart de contexte historique si souhaité.

• Nouvelle attaque le 9 avril, repli forcé

• Ferme d'Amblonville (près Haudiomont) — après relève de nuit, apprend la mort de son ami d'enfance Auguste Richier, tué le 9 avril

• (fin mars : lettre de ses parents — repatriés à Besse, Puy-de-Dôme — adressée par erreur à son frère déjà mort ; il apprend aussi que son second frère, au 161e RI, vient d'être blessé légèrement à la cuisse au bois de la Gruerie — épisode parallèle, hors de son propre trajet)

• Tranchées de Riaville — jusqu'en septembre 1915 (idem, anciennement « Réville »)

• Caserne Chevert (Verdun) — cantonnement bref, cru être au repos

• Tranchée de Calonne — envoyés dès le lendemain

• Ville-devant-Belrain — repos de 6 semaines, 2 octobre à mi-décembre

• Besse (Puy-de-Dôme) — permission de 6 jours chez ses parents, 13-24 décembre (lieu hors zone de guerre, à représenter en encart séparé ou par une flèche distincte vers le sud)

• Caserne Marceau (Verdun) — accident : un camarade laisse tomber son fusil sur lui pendant son sommeil, la baïonnette le blesse légèrement au cou

• Wattonville-sous-les-Côtes — part malgré tout avec sa compagnie

• Dépôt d'éclopés de Rembercourt-aux-Pots, à Revigny — évacué, le cou enflé

Carte 3 – Les Éparges et la longue convalescence (février-mai 1916)

Sous-titre : Du front à l'hôpital, puis le passage à l'artillerie

Carte 3

• Les Éparges (point X) — rejoint le régiment le 4 février 1916

• (18 février : les Allemands font sauter trois mines à 4h du matin, 4 hommes de sa section ensevelis sous un abri écroulé, 2 survivants — épisode vécu sur place, sans déplacement)

• Évacué le 20 février pour un commencement de pieds gelés — passe la nuit à l'ambulance d'Haudainville [?] (anciennement « Haumeromont [?] » — corrigé par déduction géographique, village au sud de Verdun sur la route de l'évacuation vers Balaycourt)

• Hôpital d'évacuation de Balaycourt — 21 février

• Bar-le-Duc — 22 février

• Revigny — 23 février

• Vichy — arrivée 24 février, hôpital n°42 ; apprend par lettre que son frère Henri (qu'il croyait au Mont d'Or) est aussi hospitalisé à Vichy, à l'hôpital n°48

• Thiers [?] — désigné pour y être transféré, mais obtient du médecin-chef de rester à Vichy pour être avec son frère

• Randan — château de la comtesse de Paris, un mois, soigné par un médecin civil et des religieuses (24 patients seulement)

• Vichy — retour

• Besse (Puy-de-Dôme) — convalescence de 15 jours chez ses parents, à partir du 20 avril ; pendant cette convalescence, il est proposé pour un changement d'arme

• Château-Gontier — rejoint son dépôt le 5 mai ; passe la commission le 27 mai et passe officiellement dans l'artillerie

Carte 4 – Vers l'Armée d'Orient (juin-octobre 1916)

Sous-titre : Du Mans à Salonique, formation d'artilleur et traversée de la Méditerranée

Carte 4

• Le Mans — arrivée le 20 juin, 4e Régiment d'Artillerie, 68e batterie, classes de conducteur (dresseur/meneur de chevaux)

• Baugé [?] (Maine-et-Loire) — convoi de chevaux, à environ 40 km du Mans où il vient de commencer ses classes d'artilleur. Le texte du carnet situe ce lieu « dans les Vosges », mais cette précision géographique est très probablement erronée : Baugé est en réalité dans le Maine-et-Loire, à environ 40 km du Mans (cohérent avec le contexte de sa formation), alors que les Vosges sont à plus de 500 km, sans lien logique avec cette période. Conserver le point d'interrogation par prudence, mais positionner le lieu à Baugé (Maine-et-Loire) plutôt que dans les Vosges.

• Brest — convoi de chevaux

• La Rochelle — convoi de chevaux ; permission agricole de 15 jours accordée, mais interrompue au bout de 4 jours seulement (rappelé par dépêche : désigné pour le front)

• Nîmes — arrivée le 12 octobre, 38e Régiment d'Artillerie ; désigné pour l'Armée d'Orient

• Marseille — 4 novembre, train pris à 1h du matin

• Toulon — dirigé aussitôt vers ce port

• Embarquement à bord du croiseur auxiliaire *Le Canada* — départ le lendemain pour Salonique

• Traversée de la Méditerranée, le long des côtes d'Algérie et de Tunisie

• Escale forcée à Malte (île anglaise) — à cause de la menace des sous-marins ennemis

• Reprise de la route de nuit, le long des côtes de Grèce, à travers les Dardanelles

• Salonique — arrivée le 10 novembre 1916 à 7h du matin

Carte 5 – Le front de Macédoine (novembre 1916 – juin 1918)

Sous-titre : L'Armée d'Orient face aux Bulgares, du Vardar au Kaïmakalan

Carte 5

Plusieurs toponymes sont des transcriptions phonétiques, écrites par Colin Victor tel qu'il les a entendus sur place — aucun soldat français de l'époque ne connaissait à l'avance l'orthographe de ces villages grecs ou macédoniens. L'orthographe exacte et parfois la localisation précise restent incertaines, comme c'est le cas dans la plupart des carnets de l'Armée d'Orient. Les lieux suivis de [?] sont des lectures incertaines du manuscrit original.

• Salonique — débarquement, camp français de Zeïtenlik

• Convoi de chevaux vers Vakufkoy, par étapes nommées dans le texte : Topsin → Yenidji-Vardar → Serkop [?] → Vodovo [?] → Ostrovo → Banitza → Vakufkoy (arrivée le 4 octobre)

• Salonique — retour, 5 octobre

• Repos près de Salonique ; le 8, désigné pour le front, affecté au 8e Régiment d'Artillerie, 93e batterie

• Départ vers Monastir par étapes, le 11 octobre, par la même route que le convoi précédent

• Yenidjé-Vardar — 13 octobre : deux officiers aviateurs allemands, en panne moteur, sont forcés d'atterrir et faits prisonniers par les Italiens

• Banitza — 18 octobre, attente d'ordres

• Évacué le 26 octobre sur Salonique après un coup de pied de cheval à la jambe — nuit à Vertekop, arrivée à Salonique le 27, hôpital n°4

• Zeïtenlik — rejoint le dépôt le 23 janvier 1917

• (27 février et 4 mars 1917 : bombardements aériens allemands sur le camp anglais et l'hôpital anglais n°29, nombreuses victimes dont des civils grecs — épisodes vécus sur place, sans déplacement)

• Vakufkoy — convoi de chevaux, 5-13 mars

• Salonique — retour en train ; en passant en gare de Vertekop, constate les dégâts d'un bombardement qui a fait sauter un dépôt de munitions, nombreuses victimes dont 2 infirmiers anglais

• 21 mars : désigné pour repartir au front

• Départ à pied le 23 (chars à buffles réquisitionnés pour porter les sacs)

• Yenidjé-Vardar — 2e étape à pied, pieds douloureux ; termine le trajet en automobile jusqu'à Vertekop

• Vertekop — arrivée le 26 mars, séjour

• Ostrovo — 28 mars, en train

• Banitza — 29 mars, séjour

• Sakulevo [?] — 31 mars, nuit

• Brod — 1er avril, trajet en decauville ; la ville est bombardée par des avions allemands, des Italiens tués, presque tous les chevaux de la 12e section de munitions françaises détruits

• Sturica

• Col de Yuré [?] — 2 avril : rejoint les échelons du 2e groupe du 8e Régiment d'Artillerie après 25 km à pied en montagne, sans route existante ; affecté à la 33e batterie

• Ravin de Barista [?] — 5 avril : en ravitaillant les servants avec ses chevaux bâtés, une marmite explose à une quinzaine de mètres de lui seulement

• (5 mai, préparation d'artillerie pour l'attaque du 9 : une pièce éclate, tue le pointeur et le tireur, blesse 2 pourvoyeurs)

• (6 mai : une marmite allemande éclate sur une pièce, blesse 5 servants, position changée de force)

• (12 mai : réception des échelons en arrière d'Yven)

• (22 mai : bombardement aérien, bombes tombées sans dommage dans un ravin plus bas)

• Sturica — 27 mai, descend avec des chevaux au bord de la rivière Cerna (manque d'eau à Yven)

• Sturica — 19 novembre, redescend de nouveau (arrivée de renforts)

• Kaïmakalan (montagne de plus de 3000 m d'altitude) — 11-13 décembre, corvée de perches avec des mulets bâtés

• Yven — 1er avril 1918, remonte

• Ambulance n°5 d'Yven — 4 avril : accès de paludisme

• (27 avril : retour à sa batterie ; 4 mai : passage au 43e Régiment d'Artillerie Coloniale, 46e batterie)

Carte 6 – Le long retour et l'Armistice (juin-novembre 1918)

Sous-titre : De Salonique à Charenton, en passant par l'Italie

Carte 6

• Salonique — obtient enfin une permission de 45 jours le 2 juin, après 19 mois sans en avoir eu

• Bralo — en train, via Larissa, arrivée le 9 juin

• Itéa — en camions, le 9 juin également

• Embarquement sur le *Guichen* — 14 juin

• Tarente (Italie) — débarquement le 15 juin

• Livourne — 16 juin, via Rome ; nuit dans une caserne d'infanterie italienne

• Marseille — arrivée le 21 juin, après avoir longé toute la côte d'azur italienne et française ; reste 2 jours

• Lyon — passage, 23 juin (train pris à 23h la veille)

• Clermont-Ferrand — 24 juin

• Besse — 24 juin, 13h (retrouvailles familiales)

• Annonay — 6-7 août, visite à une tante réfugiée avec toute sa famille

• Maisons-Alfort — destination fixée, 11 août

• Fort de Charenton (Seine) — arrivée le 12 août, affecté au 3e Régiment d'Artillerie Coloniale, 32e batterie

• Hôpital Pasteur, Paris — 14 août : prise de sang pour dépister le paludisme, résultat négatif

• 15 août : déclaré inapte pour tous les fronts jusqu'à fin août, pour anémie ; confirmé inapte jusqu'au 25 septembre après une seconde visite le 24 août

• Infirmerie de Charenton — 3-10 septembre

• Besse — sursis agricole, 1er-16 octobre

• Charenton — retour le 16 octobre

• Place de la Concorde, Paris — 18 octobre : exposition de pièces d'artillerie allemandes pour la réclame de l'Emprunt National

• Fontenay-aux-Roses — 20 octobre, visite à son cousin Paul Grenier chez sa marraine de guerre ; 29 octobre : assiste à l'enterrement d'une jeune fille de 20 ans, emportée par la grippe (épidémie de grippe espagnole)

• Besse — nouveau sursis agricole à partir du 30 octobre

• 11 novembre 1918 : vit l'annonce de l'Armistice auprès de ses parents, à Besse

• Charenton — retour le 15 novembre

Carte 7 – Le Rhin occupé et le retour à Réville (décembre 1918 – septembre 1919)

Sous-titre : Des ruines de la Meuse à l'occupation de la Rhénanie

Carte 7

• Bourges — 16 novembre 1918, visite à son frère qui travaille dans une pyrotechnie

• Charenton — retour le 18 novembre

• Saint-Aubin-d'Aubigné — arrivée le 8 décembre, affecté au 1er Régiment d'Artillerie Coloniale, 51e batterie, cantonné à la ferme « Bois Roux » (4 km de Saint-Aubin)

• Réville — permission exceptionnelle, arrivée le 22 décembre : « je n'ai trouvé que des ruines, dans tout le village pas une maison habitable »

• Damvillers [?] — 23 décembre, « je n'ai aussi trouvé que des ruines » (anciennement « Lamarllers » — corrigé : bourg principal du secteur, proche de Réville-aux-Bois)

• Étraye [?] — même constat (anciennement « Ethayes » — corrigé : commune directement voisine de Réville-aux-Bois)

• Réville — repasse une seconde fois

• Consenvoye — reprend le train, via Sainte-Menehould, « toujours des ruines »

• Verdun — couche à la citadelle

• Bar-le-Duc — 2 janvier, en train

• Nant-le-Grand [?] — visite à la sœur de sa mère, sa fille et ses trois enfants, ainsi que son cousin Maurice, qui venait de rentrer d'Allemagne (rapatriement de prisonnier). (Anciennement transcrit « Nançois-le-Grand » ; manuscrit : « Nançoy le Grand », deux mots séparés. Confusion très probable entre deux villages voisins à ~12 km de Bar-le-Duc — Nant-le-Grand et Nançois-sur-Ornain — dont les noms partagent la racine gauloise « nanto » (la vallée). « Le Grand » correspond exactement à Nant-le-Grand ; Nançois-sur-Ornain reste une alternative proche et plausible.)

• Bois Roux — retour le 27 janvier, 11h

• Paris — 1er janvier 1919 (incohérence de date dans le texte original, à signaler), visite à trois cousines qui venaient d'être rapatriées des pays envahis, où elles étaient restées avec les Allemands depuis 1914

• Besse — 2 janvier (retrouvailles), puis départ le 14 janvier

• Bois Roux — retour le 16 janvier

• 17 février 1919 : part en renfort pour l'Allemagne, traversée en 6 jours : Rennes → Le Mans → Versailles → Noisy-le-Sec → Châlons → Nancy → Avricourt (passage de la frontière allemande) → Saverne → Strasbourg → Landau → Darmstadt → Speyer → Mayence → Bingen

• Münster — arrivée le 23 février, 22e batterie, 29e Régiment d'Artillerie Coloniale

• Niederlaustadt [?] — 9 mars, via Worstadt et Alzey

• Schifferstadt — 10 mars

• Besse — permission de détente de 20 jours, 27 avril au 22 mai

• Schifferstadt — retour ; sa section a déménagé entre-temps

• Worms — passage

• Mayence — 24 mai, 21h ; apprend que sa section est à Geinsheim, sur l'autre rive du Rhin

• Oppenheim — descend du train, traverse le Rhin en transbordeur

• Geinsheim — arrivée le 5 juin

• 9 juin : promenade en bateau sur le Rhin — tram jusqu'à Gross-Gerau, puis bateau de Mayence à Boppard (40 km) ; « une très jolie promenade », antiquités et beaux paysages

• Wallerstadt — 17 juin, nouveau cantonnement (5 km de Geinsheim), par précaution au cas où les Allemands refuseraient de signer la paix

• 26 juillet : le régiment rentre en France — embarquement à Mayence, via Metz, Conflans, Étain, Verdun, Sainte-Menehould, Châlons, Paris

• Cherbourg — cantonnement à la caserne de Querqueville

• Clermont-Ferrand — 9 août, après 59 mois de service

• Besse — démobilisé le 11 août, retrouve ses parents

• Réville — rapatriement définitif : départ de Besse le 27 septembre, arrivée le 30 septembre 1919, pays natal

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